Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
La flambée des prix des carburants n’a rien d’une fatalité
1er avril, par

La flambée des prix des carburants n’a rien d’une fatalité. Elle résulte d’une stratégie : profiter de la guerre au Moyen-Orient pour gonfler les profits. La preuve ? Plus de 60 % d’augmentation du prix du gazole hors taxe. Les transporteurs ont des aides publiques. Pourquoi ne s’attaquent-ils pas aux compagnies pétrolières et à leurs actionnaires, plutôt que de menacer la population par des blocages ? Une autre question se pose : les maires, la Région et le Département vont-ils exiger des comptes aux compagnies pétrolières ? Ou se contenter d’accompagner la hausse ? L’urgence est d’affronter les profiteurs et de bâtir des alternatives : transports collectifs performants, reconstruction du train, relance de l’autonomie énergétique. Il est temps de rompre avec la dépendance.
Depuis plusieurs semaines, la hausse des carburants est présentée comme une conséquence mécanique des tensions internationales. La guerre au Moyen-Orient servirait d’explication évidente, presque naturelle, à l’envolée des prix. Pourtant, les chiffres racontent une autre histoire : le prix du gazole hors taxe a augmenté de plus de 60 %. Hors taxe. Autrement dit, avant même l’application des prélèvements publics.
Cette réalité met en lumière la responsabilité directe des compagnies pétrolières et de leurs actionnaires. La crise géopolitique devient un prétexte commode pour accroître les marges et satisfaire les exigences de rentabilité. Dans un marché concentré, où quelques grands groupes contrôlent l’importation et la distribution, la tentation est forte de transformer chaque conflit lointain en opportunité financière.
À La Réunion, pays dépendant des importations et du transport routier, les conséquences sont immédiates. Chaque hausse se diffuse dans toute l’économie : alimentation, matériaux, services. Ce sont les Réunionnais qui paient le prix fort.
Dans le même temps, les transporteurs disposent de dispositifs d’assistance : report de cotisations sociales, étalement fiscal, prêts de trésorerie via Bpifrance, aide exceptionnelle équivalente à 20 centimes par litre. Ces mécanismes, financés par l’argent public, visent à amortir le choc.
Alors une question s’impose : pourquoi la pression de ces patrons est-elle dirigée vers l’État plutôt que vers les compagnies pétrolières ? Pourquoi organiser des opérations escargot, ralentir la circulation, faire planer la menace de perturbations qui pénaliseraient d’abord la population, à l’image de ce qui s’est produit en France ?
Les transporteurs sont des acteurs économiques structurés. Ils ont un poids réel dans la chaîne logistique. S’ils veulent défendre leurs intérêts, qu’ils exigent la transparence sur les prix d’importation, qu’ils réclament un encadrement des marges, qu’ils interpellent directement les groupes pétroliers sur leurs profits.
Prendre la population en otage en perturbant la circulation ne s’attaque pas à la racine de la hausse. Cela détourne la colère vers l’État et fragilise encore davantage les travailleurs qui, eux, ne bénéficient d’aucun guichet dédié pour compenser la flambée des prix.
La hausse brutale des prix du carburant n’est pas une fatalité naturelle. Elle résulte de choix économiques et de rapports de force. Dans ce contexte, les responsabilités locales sont pleinement engagées. Les 24 maires de l’île, ainsi que les présidents de la Région et du Département, peuvent-ils rester spectateurs pendant que les compagnies pétrolières imposent leurs hausses ?
Vont-ils demander des comptes précis sur la formation des prix, sur les marges réalisées, sur l’augmentation de plus de 60 % du gazole hors taxe ? La transparence doit devenir une exigence politique. Lorsqu’un secteur aussi stratégique que l’énergie conditionne l’ensemble de la vie économique et sociale, l’intérêt général doit primer sur les dividendes.
Mais demander des comptes ne suffit pas. Il faut proposer une alternative crédible à la dépendance routière et pétrolière qui fragilise La Réunion. Chaque hausse rappelle notre vulnérabilité : tout circule par camion, faute d’un réseau ferroviaire opérationnel et d’un maillage suffisant de transports collectifs performants.
Pourquoi ne pas accélérer le développement d’un véritable réseau de transports en commun à haut niveau de service, reliant efficacement les bassins de vie et d’emploi ? Pourquoi ne pas inscrire, dès maintenant, la reconstruction du train dans une stratégie pluriannuelle ambitieuse, créatrice d’emplois et de cohésion territoriale ? Le rail n’est pas un souvenir du passé, mais une réponse moderne aux défis climatiques, économiques et sociaux.
Dans le même esprit, la relance de l’autonomie énergétique ne peut plus être un slogan. Solaire, éolien, biomasse, stockage : les potentiels existent. Réduire la dépendance aux importations d’hydrocarbures, c’est protéger durablement le pouvoir d’achat et renforcer la souveraineté du territoire. Chaque euro investi dans les énergies renouvelables est un euro qui ne part pas grossir les profits de multinationales éloignées des réalités locales.
La crise actuelle peut devenir un tournant. Soit les collectivités se limitent à gérer l’urgence et à amortir les chocs successifs. Soit elles prennent l’initiative politique, en interpellant fermement les compagnies pétrolières et en engageant la transition structurelle dont l’île a besoin.
Les élus ont sollicité la confiance des citoyens pour défendre leurs intérêts. L’heure est venue de la traduire en actes. Exiger la transparence, encadrer les dérives, investir massivement dans les transports collectifs et l’autonomie énergétique : voilà des choix à la hauteur des enjeux.
La dépendance n’est pas une fatalité. C’est une construction historique. Elle peut être déconstruite, si la volonté politique est au rendez-vous.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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