Energies

Un essai informatif sur les énergies renouvelables

Témoignages.re / 29 juin 2007

Robert Bell a publié récemment un livre intitulé “La bulle verte. La ruée vers l’or des Energies renouvelables”, aux éditions Scali. Il y livre une analyse intéressante sur la pénurie de pétrole et les coûts exorbitants, ignorés des consommateurs.

Un des grands thèmes de cet ouvrage consiste à montrer que l’augmentation des investissements dans les énergies renouvelables culminera dans quelques années. Selon l’auteur, les investissements seront déconnectés de leur valeur réelle : il s’agira donc d’une énorme bulle boursière, comparable à celle qui a explosé, en 2000, dans le secteur d’Internet. Néanmoins, cet aspect du livre est assez décevant puisque l’auteur est peu convaincant dans son argumentation. C’est pourquoi, cette note est consacrée au diagnostic sur la fin du pétrole et sur les éléments concernant les énergies renouvelables avancés par l’auteur, Président du Département des sciences économiques de Brooklyn College à New York.

La fin rapide du pétrole

Selon l’auteur : « Le changement risque d’être brutal car quatre problèmes surgissent au même moment : le pic pétrolier, les ruptures de stock, l’augmentation de la demande et le réchauffement de la planète. Tout cela ne mène qu’à une seule et même conséquence : la fin rapide de l’ère du pétrole. » (p15). L’essayiste est tout à fait pertinent en rappelant à quel point le pétrole est plus cher que le prix du baril. En effet, au-delà du prix du pétrole en tant que tel, Robert Bell souligne qu’il faut ajouter toutes les baisses d’impôt dont bénéficient les compagnies pétrolières qui constituent autant d’argent qui n’alimente pas les caisses de l’État. Or, selon le principe pollueur-payeur, ces dernières devraient payer pour le rejet de gaz carbonique qu’elles provoquent. À cet égard, l’auteur met en évidence que des collectivités commencent à attaquer des gros émetteurs de pollution pour leur rôle dans l’apparition fréquente de catastrophes naturelles. Il indique qu’à l’avenir, « les compagnies d’assurance pourraient rejoindre ou intenter un procès contre un gros émetteur de CO2, afin de récupérer l’argent perdu en dédommageant un client ayant contribué au réchauffement. » (pp.42-43).

Intérêt des entreprises : faire monter les prix

Il critique également les grandes entreprises pétrolières qui, au lieu d’investir dans de nouveaux forages pour baisser le prix du pétrole, rachètent leurs propres actions afin de faire monter leur prix et ainsi augmenter le dividende pour l’actionnaire.
Enfin, Robert Bell stigmatise le prix militaire que représente le pétrole. Pour assurer les approvisionnements, les États-Unis se sont impliqués dans la guerre en Irak. Actuellement, ils ne peuvent en sortir, à moins de laisser l’Iran occuper une place très importante dans ce pays. Au Nigeria, il faut payer la sécurité des travailleurs. En Arabie Saoudite, on paie un pétrole qui finance un pays antidémocratique dont l’argent alimente des groupes qui ne favorisent pas la paix, etc. En gros, l’auteur montre donc les externalités du coût de l’or noir. Si le contribuable connaissait non seulement son prix à la pompe, mais également ce qu’il paie comme impôt pour assurer la pollution et la sécurité de son approvisionnement, il se rendrait compte qu’il faut absolument se tourner vers d’autres sources d’énergie. Ce coût est tellement important que le président Bush lui-même a déclaré, dans son discours de l’État de l’Union, le 31 janvier 2006 : « L’Amérique est accro au pétrole, qui est souvent importé de régions instables du monde. »

Matthieu Damian


La sortie du pétrole

Les lenteurs de la première puissance mondiale

Les grands constructeurs américains de voiture que sont General Motors ou Ford ont largement misé, depuis de nombreuses années, sur les ventes de 4X4, gros consommateurs de carburants. Or, avec la hausse du prix du pétrole et la prise de conscience progressive des dégâts causés à l’environnement par ce liquide, les Américains achètent nettement moins de véhicules de ce type et privilégient notamment Toyota. En effet, cette marque possède la meilleure voiture, et de loin, pour la réduction de gaz à effet de serre, au niveau rapport qualité/prix : la Prius. Selon les mots de l’auteur, celle-ci « peut marcher au tout électrique (ou à l’essence, ou au mélange des deux). C’est ce qu’on appelle un véhicule hybride parallèle » (p64). Cependant, l’auteur stigmatise les nombreux cadeaux fiscaux octroyés par une mesure votée par le Congrès pendant l’été 2005 afin de protéger les marques américaines qui « aurait dû être appelé l’accord anti-Toyota 2005. C’est clairement une subvention à General Motors, Ford et Chrysler qui n’ont vendu pratiquement aucun hybride » (p99).
On remarquera que le documentaire Who killed the electric car ? (Qui a tué la voiture électrique ?) n’est pas cité alors que son propos consiste à montrer comment les lobbies de l’automobile ont délibérément renoncé à des énergies propres au profit du pétrole.
Robert Bell rend compte du changement qui se produit actuellement au sein de la “société civile” américaine concernant le réchauffement climatique. A cet égard, il cite le succès rencontré par le film d’Al Gore intitulé “Une vérité qui dérange”, les actions de certaines associations telles que “Set America Free” ou encore les sermons du Révérend Jim Ball. Néanmoins, l’auteur critique vertement l’administration Bush pour le peu de mesures pro-environnementales. Il dénonce aussi bien la non-ratification du protocole de Kyoto, que les dépenses faibles réalisées dans le secteur de l’éolien ou des voitures hybrides.

M. D.


Les énergies renouvelables

Un secteur qui attire les investisseurs

Robert Bell montre à quel point les investisseurs s’intéressent de plus en plus aux entreprises qui opèrent dans le secteur “vert”. Par exemple, British Petroleum a décidé d’investir beaucoup plus dans les énergies renouvelables depuis 2005. Néanmoins, l’auteur souligne avec raison que les montants consacrés à ce secteur demeurent très faibles en comparaison du chiffre d’affaires total de l’entreprise. Jeff Immelt, le PDG de General Electric, la deuxième entreprise américaine par sa capitalisation boursière, a décrit le marché des énergies renouvelables par ces mots : “vert, c’est vert”, mettant ainsi en évidence que les produits écologiques font gagner de l’argent. Robert Bell montre aussi comment une politique fiscale incitative joue un grand rôle dans le développement de ces firmes. A cet égard, il évoque comment une mesure prise en Allemagne en 2004, a contribué à faire de ce pays le leader mondial dans les cellules photovoltaïques.
Sur les biocarburants, on trouvera l’auteur assez léger. Il passe trop vite (p121) sur la consommation d’énergie que représente la production de ces récoltes. Or, les engrais azotés proviennent du gaz naturel dont le prix a grandement augmenté. Les phosphates utilisés sont issus pour leur part du pétrole. La demande en maïs ou en sucre devrait tirer les prix de ces deux matières à la hausse, défavorisant les pays pauvres. Ce n’est pas pour rien que George Monbiot, l’éditorialiste du “Guardian”, journal anglais réputé, a proposé qu’un moratoire de cinq ans soit réalisé sur les biocarburants. Néanmoins, il cite aussi l’exemple de l’Inde qui souhaite valoriser le jatropha, une plante qui pousse dans des sols peu favorables et sans beaucoup d’entretiens et dont l’huile pourrait diminuer la dépendance de ce “sous-continent” au pétrole.
Au final, cet essai nous en apprend beaucoup, même si on peut regretter les redites, le manque de structure de l’ouvrage ou encore le refus ou l’oubli de présenter des technologies qui sont en cours de développement telles que les hydroliennes ou l’énergie thermique des mers.

M. D.