EDF : Rénovation sous tension de la ligne Langevin/Saint-Pierre

Une première en France

10 juillet 2007

Afin de maintenir la qualité de l’alimentation en électricité de la région Sud de l’île, EDF entame la rénovation de la ligne 63.000 volts Langevin/Saint-Pierre, longue de 18 kilomètres, qui dessert Saint-Joseph, Saint-Philippe, Petite-Île. Durant 3 mois, ces travaux seront réalisés sous haute tension selon une technique innovante expérimentée pour la première fois en France par l’équipe locale “Travaux sous tension” du centre EDF Réunion.

Luc Maillot, responsable de l’équipe “Travaux sous tension” essaie ici la combinaison conductible, matériel indispensable pour travailler sur la ligne haute tension. A ses côtés, Eric Beaujean, chef opérateur des réseaux de transport de l’île.
(Photos SL)

Bien qu’elle ait su résister à toutes les intempéries, à 45 ans, la ligne Langevin/Saint-Pierre a logiquement besoin d’un petit rafraîchissement. Hors tension, un mois de travaux aurait été nécessaire pour changer les isolateurs, vérifier les deux disjoncteurs situés à ses deux extrémités et remplacer un poteau. Mais il est impensable de priver aussi longtemps les foyers du Sud de l’île d’alimentation électrique. C’est donc traversés par un courant de 63.000 volts que les techniciens locaux se sont mis à l’oeuvre hier et ce jusqu’en octobre.

« Le risque est maîtrisé »

Présentée ainsi, l’expérimentation semble risquée mais, comme le soulignait vendredi Eric Beaujean, chef opérateur des 380 kilomètres de réseaux de transport du centre EDF Réunion : « Il n’y a pas de risque puisque le risque est maîtrisé. » Plusieurs mois de travail ont été nécessaires au centre EDF pour assurer, en amont, la préparation des 91 supports que comptent les 18 kilomètres de ligne et prendre toutes les dispositions pour que chaque manipulation soit sécurisée.
Avec le concours de la SERECT (Service national des travaux sous tension) - qui met à disposition un de ses experts qui accompagnera les techniciens durant toute la durée des travaux -, un protocole très rigoureux a été élaboré. Comme son nom l’indique, l’équipe de “Travaux sous tension” dirigée par Luc Maillot, a déjà l’habitude de travailler sous tension mais jusque-là, uniquement sur les réseaux qui transportent du 15.000 volts et à distance, à l’aide d’une perche. Pour ces opérations-ci, elle a dû suivre une formation préalable, théorique et pratique, pour intervenir non plus seulement à distance mais aussi directement au potentiel, en contact avec la ligne, à l’aide d’un matériel adapté.
Contrairement aux interventions hélitreuillées sur les lignes 400.000 volts, pour le 63.000 volts, EDF Réunion a fait venir de métropole un élévateur spécifique muni d’une nacelle conductrice mais d’un bras isolant pour contenir la poursuite du courant jusqu’au sol, lui qui cherche toujours à atteindre le potentiel zéro. Chaque technicien (deux au maximum dans la nacelle) sera vêtu d’une combinaison également conductrice, style cotte de maille ou “retour vers le futur”, reliée au fil et de divers accessoires de protection (gants, lunettes...). C’est donc parcourus par 63.000 volts de courant, que les techniciens oeuvreront, guidés au sol par l’expert de la SERECT, protocole en main, où figure au millimètre près le positionnement de la nacelle suivant le support, la fiche technique de chaque manipulation. L’approche de la ligne avec un engin mécanique rend les travaux complexes, exige précision et minutie.

Une matinée de coupure le dimanche 14 octobre

Si cette technique, déjà éprouvée à l’étranger par EDF, comme en Suède, est mise en oeuvre d’abord à La Réunion, c’est parce que le centre EDF local a réagi plus vite que la métropole qui elle aussi va être amenée à rénover des lignes identiques. « L’aboutissement de cette démarche permettra aux services nationaux d’EDF de valider cette méthode pour ensuite l’appliquer sur les réseaux identiques en métropole, explique Eric Beaujean. On demandera une dérogation au Comité des travaux sous tension pour poursuivre sur les autres réseaux de l’île mais cette fois sans contrôle d’un expert national, en toute autonomie. »
La durée des travaux est limitée à 3 mois, délai qui comprend les éventuels retards dus à la météorologie. Elle correspond volontairement à la période de la coupe de la canne pour permettre aux techniciens d’accéder plus facilement aux supports. Les propriétaires dont le terrain se situe sur le tracé de la ligne ont également été sensibilisés afin de favoriser leur accès. « Il est important que les propriétaires nous aident, insiste Eric Beaujean. Nous avons trois mois pour faire ce chantier. » Trois mois sans coupure de courant pour les usagers du Sud à l’exception du dimanche 14 octobre au matin pour le changement d’un poteau qui ne peut se faire sous tension. Des groupes électrogènes seront, si nécessaire, mis à la disposition des personnes qui, pour des raisons médicales par exemple, ont besoin du courant.
Enfin, le coût de la rénovation qui s’élève à 600.000 euros ne sera pas reporté sur la facture des usagers, comme on peut légitimement s’en inquiéter. « La rénovation de cette ligne était prévue, elle relève de notre métier de concessionnaire qui investit 14 millions par an dans l’entretien des réseaux de l’île. La consommation électrique augmente de 5 à 7% par an, précise encore Eric Beaujean. Il est important donc d’avoir des ouvrages rénovés pour assurer l’alimentation en électricité des usagers dans de bonnes conditions. »

Stéphanie Longeras


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