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Le débat autour du choix du futur site d’enfouissement des déchets ultimes des communes du Nord et de l’Est rappelle une conséquence d’un mode de consommation inadapté à notre île. La Réunion croule sous des déchets issus principalement de produits importés. Les exemples adaptés à notre insularité ne manquent pas pourtant chez nos voisins. C’est notamment le cas à Madagascar où la nécessité fait de ce pays un des champions de l’économie circulaire. Pourquoi ne pas envoyer dans ce pays des missions d’études plutôt que d’importer à La Réunion un système très coûteux pour la population et l’environnement ?
Le débat autour du choix de l’emplacement du futur centre de stockage de déchets ultimes de SYDNE, syndicat de gestion des déchets de la CINOR et de la CIREST, rappelle que La Réunion croule sous le déchets. Le lieu actuellement utilisé se situe à Bel Air à Sainte-Suzanne. Il arrivera à saturation en 2027. Comme il faut s’y attendre, aucune commune ne veut accueillir ce type d’installation. Le maire de Sainte-Marie dit compter utiliser tous les recours pour empêcher l’implantation de ce site dans sa commune.
Avant l’importation à La Réunion de la société de consommation à l’occidentale, un tel problème ne se posait pas. Les Réunionnais faisaient preuve d’imagination pour réutiliser ce qui ne servait plus. Mais cette ingéniosité va à l’encontre du capitalisme. Le gaspillage est en effet source d’importants profits. Ce gaspillage est payé par le consommateur à plusieurs niveaux. C’est tout d’abord dans le prix du produit. C’est ensuite par le versement d’une taxe pour financer le traitement des déchets. C’est enfin par l’impact environnemental : il faut trouver un lieu pour enfouir les déchets dits ultimes.
L’incinérateur est la solution de facilité. C’est une solution proposée par les mêmes sociétés qui font des profits sur le traitement des produits gaspillés par le mode de production et de consommation capitaliste. Elle est financée par les Réunionnais, via la taxe sur les ordures ménagères. Au-delà des interrogations sur l’impact environnemental de ces chaudières qui brûlent des ordures, se pose la question du devenir des déchets dits ultimes, les résidus de ce traitement.
Il existe tout près de La Réunion un autre modèle : l’économie circulaire. Cette économie vertueuse est une nécessité pour les pays qui ne disposent pas du pouvoir d’achat offerts aux Réunionnais via notamment les transferts publics et les subventions versées aux entreprises.
Ainsi à Madagascar, les contenants en verre ont encore de beaux jours devant eux. Lorsqu’une bouteille en verre est achetée, elle est consignée. Pour une bouteille d’un litre de limonade coûtant environ 1 euro, la consigne est de 25 centimes. Le prix est donc réduit de 25 % pour encourager la réutilisation du contenant. Quand le volume de la bouteille est de 33 centilitres, son coût est d’environ 50 centimes, mais la consigne reste à 25 centimes, soit la moitié du prix d’achat du produit.
Les commerçants sont tenus de payer la consigne. Le consommateur est gagnant et l’environnement aussi. Ainsi, une matière première transformée pour être un emballage n’est pas voué à une simple utilisation.
A La Réunion, la consigne a disparu et les contenants en plastique ont proliféré. Le recyclage du plastique est bien plus complexe et coûteux que le nettoyage d’une bouteille en verre. Des ramasseurs de bouteille existent à La Réunion. Ce sont généralement des travailleurs au chômage ou des retraités ayant une faible pension. Mais ils sont loin d’être payé à 25 % du prix du produit d’origine qu’ils contribuent à recycler. Il faut ramasser des centaines de bouteilles pour gagner un peu d’argent, c’est l’exploitation de la pauvreté.
A Madagascar, les bouteilles en plastiques connaissent rarement une simple utilisation. Elles sont recyclées pour d’autres usages. La vente de bouteilles en plastique vides est même une activité génératrice de revenu.
Dans la Grande île, le recyclage des emballages est une véritable industrie à l’échelle du pays.
Pourquoi ne pas envoyer à Madagascar des missions étudier ces exemples d’économie circulaire ? Pourquoi ne pas lutter pour imposer le retour de la consigne, payée au moins à 25 % du prix du produit d’origine ?
Certes, ces mesures ne feront pas les affaires des profiteurs du gaspillage, mais elles vont dans le sens de l’intérêt de la population. Cela contribuera également à réduire les importations d’emballages.
Enfin, il est urgent qu’une réglementation spécifique incite les importateurs à limiter la part des emballages inutiles dans les marchandises qu’ils vendent aux Réunionnais. Si cela n’est pas possible dans le cadre actuel, alors il est important d’imaginer comment faire de cette proposition une réalité.
Notre île était exemplaire en termes d’économie circulaire. Elle peut le redevenir à condition de s’inspirer d’exemples adaptés à sa situation, et pas aux profits des capitalistes.
M.M.
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