Environnement

Autorité environnementale : 80 % de l’énergie sera importée à La Réunion en 2028

Conséquence des choix faits avec Didier Robert président de la Région Réunion

Manuel Marchal / 11 mai 2021

Le 5 mai, l’Autorité environnementale a rendu un avis critique sur la programmation pluriannuelle de l’énergie de La Réunion, et pour cause : pour des raisons obscures, le scénario d’autonomie énergétique n’a pas été retenu au profit d’une PPE basée sur les importations de biomasse et la conversion espérée du parc automobile à l’électricité. Résultat : La Réunion devra importer 80 % de la matière première nécessaire à la production d’énergie en 2028. En 2018, les importations énergétiques atteignaient 87,2 %, en augmentation constante depuis le départ des communistes de la direction de la Région Réunion.

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Dans son avis sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie de La Réunion (PPE), l’Autorité environnementale fait un état des lieux de la situation actuelle de La Réunion, et donne son point de vue sur la PPE 2019-2028.
Tout d’abord, l’Autorité environnementale note une progression constante de l’importation de matière première destinée à la production d’énergie. La Réunion est donc de plus en plus dépendante :

« La consommation d’énergie primaire est estimée à 1 400 ktep9 en 2018, pour une dépendance énergétique, mesurée par la part d’énergie primaire importée, de 87,2 % (84,7 % en 2000 et 86,2 % en 2013). Les importations énergétiques sont pour 70 % des produits pétroliers et 30 % du charbon. La production d’énergie renouvelable (EnR), essentiellement hydraulique, biomasse (bagasse) et solaire (thermique et photovoltaïque), représente 12,8 % de la production d’énergie primaire. L’énergie primaire est destinée pour 43 % à la production d’électricité, 47 % au transport et 10 % à la production de chaleur. »
Voici comment les promoteurs du PPE comptent améliorer la situation :
« Les modélisations du gestionnaire du réseau donnent des parts d’EnR dans le mix électrique de 99,7 % en 2023 et de 99,8 % à 99,9 % en 2028 avec :
- la conversion d’ici 2023 des trois centrales thermiques (420 MW) à la biomasse, en grande partie importée ;
- l’augmentation de la puissance photovoltaïque installée de 30 MW/an d’ici 2023 et de 20 à 30 MW/an entre 2024 et 2028 ;
- le renouvellement des deux champs éoliens existants et le développement de nouveaux sites représenteront 25 MW supplémentaires en 2023 et 50 MW en 2028 ; les objectifs pour l’éolien off-shore à partir d’éoliennes flottantes sont limités à un maximum de 40 MW ;
- la création d’une unité de production électrique à partir de combustibles solides de récupération (CSR), pour 16,7 MWe ;
- à l’horizon 2028, divers petits projets de valorisation de la biomasse pour une puissance totale de moins de 5 MW. Des optimisations d’ouvrages hydroélectriques et le turbinage sur certaines adductions d’eau potable et d’irrigation pour 1 MW ;
- énergie thermique de la mer, houle marine, géothermie ou énergies de récupération sont comptabilisées pour un objectif compris entre 2 et 15 MW en 2028. »

Analysés par l’Autorité environnementale, ces chiffres amènent cette conclusion :
« Si les 100 % d’EnR dans le mix électrique semblent bien inscrits dans la PPE (99,9 % en 2028), ce n’est pas le cas de l’autonomie énergétique : le taux de dépendance aux importations d’autres pays sera encore de 49 % pour la production électrique (importation de biomasse) et de 80 % pour le transport routier (carburants). »

« Ni l’autonomie énergétique, ni même l’indépendance au regard des combustibles fossiles ne sont retenues par la PPE. La production électrique voit sa dépendance au regard des combustibles fossiles remplacée par une dépendance à la biomasse importée. La réduction de la dépendance à l’égard des carburants pétroliers dans les transports est à peine engagée. », souligne l’Autorité environnementale, qui précise :
« L’évaluation environnementale ne présente pas vraiment de solutions alternatives aux choix de la PPE, considérant qu’un scénario réaliste a été retenu. Son annexe méthodologique évoque trois scénarios, établis sur les échanges réalisés lors des comités stratégiques, sans les détailler :
- un scénario privilégiant à l’horizon 2030 l’objectif de 100 % d’énergie renouvelable et non simplement 100 % d’électricité renouvelable sur la base d’une étude Ademe ;
- un scénario privilégiant l’augmentation des capacités de stockage des stations de transfert d’énergie par pompage ;
- un scénario voisin du projet de PPE.
Il n’est pas précisé pourquoi l’analyse de ces scénarios a conduit au choix final, si ce n’est qu’il a été établi à la suite d’échanges avec EDF et des porteurs de projets ayant des retours d’expérience solides sur des expériences similaires sur les territoires insulaires (Guadeloupe notamment). »

EDF décide-t-elle de la politique énergétique de La Réunion ?

Ce qu’écrit l’Autorité environnementale interpelle. En effet, « à la suite d’échanges avec EDF et des porteurs de projets ayant des retours d’expérience solides sur des expériences similaires sur les territoires insulaires », il a été décidé de refuser l’autonomie énergétique de La Réunion pour privilégier un scenario maintenant les Réunionnais sous la dépendance de fournisseurs extérieurs à notre île. Est-ce à dire que c’est EDF qui décide de la politique énergétique de La Réunion ? Ce point doit en tout cas être éclairci car EDF n’est plus une entreprise publique. EDF est une société cotée en Bourse, avec des actionnaires dont l’objectif est de réaliser le plus grand profit possible.

En tout état de cause, la PPE présentée à l’Autorité environnementale n’a rien à voir avec le PRERURE, feuille de route qui prévoyait l’autonomie énergétique de La Réunion en 2025. Mise en œuvre sous la présidence de Paul Vergès à la Région Réunion, elle s’appuyait sur une réforme structurelle des transports avec la reconstruction d’un train, et le développement de toutes les énergies renouvelables disponibles à La Réunion, en particulier l’énergie thermique marine et la géothermie pour remplacer le charbon, et une croissance bien plus grande de l’énergie solaire, gratuite et pas importée.

10 ans de perdus, comment rattraper ?

L’arrivée de Didier Robert à la Région depuis 2010 a porté un coup d’arrêt à cette politique. Au lieu de baisser, la part des énergies importées ne cesse d’augmenter pour atteindre aujourd’hui près de 90 %. La PPE version Didier Robert à la Région, c’est atteindre à peine 20 % d’énergie renouvelable en 2028 ! Avec Paul Vergès, c’était 100 % en 2025.

Voilà qui rappelle l’importance d’avoir à la direction de la collectivité responsable de l’énergie un élu réunionnais capable de défendre les intérêts de la population, et non pas être à la remorque des intérêts de sociétés privées telles que EDF, comme le laisse entendre l’Autorité environnementale.

M.M.



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Messages






  • Tout cela confirme que l’on doit changer au plus vite de paradigme, faire basculer la courbe qui mène à rien de bon pour tous, petits en grands qui soit-disant aiment et agissent pour un avenir meilleur de la Réunion. Il n’y a quà voir tout ce que l’on consomme de plastiques, gaspille comme objets démodés ou obsolètes, dans les déchetteries, les ravines, les trottoirs, une honte visible aussi par les touristes qui ne sont pas aveugles mais de plus en plus sensibles sur la protection de l’environnement, Sur les plages, plein de mégots, de cannettes, de barquettes, quand ce n’est pas des couches culottes !
    L’énergie, on en consomme de plus en plus, elle devient chère à importer raison de plus pour la produire sur place. Rappel d’une énergie renouvelable : elle est déjà présente sur place, donc disponible, gratuite, et inépuisable à notre échelle, par la Nature, choses que l’on a ici entre le soleil, le volcan, le vent, la mer, alors qu’est-ce qu’on attend pour arrêter d’importer donc de déjà polluer pour ensuite polluer de nouveau en brulant. Un hérésie !

    Pour le future train péi TER Ste Rose-St Joseph, il faut du courant, donc le créer, la géothermie en plus, c’est non stop, jour et nuit, le soleil apportera un surplus bienvenu.

    Qu’en pensez-vous, les élections approchent, si je croise un(e) candidat(e), je ne manquerais pas de poser la question.
    Arthur, qui reste confiant en des gens intelligents, soucieux de l’avenir à partager en lieu et place du " chacun pour soi" et du " moi d’abord, je suis le centre du monde", "moi d’abord" comme le système nous encourage à croire, à faire sans réfléchir.

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