Environnement

Biomasse importée : greenwashing pour empêcher l’autonomie énergétique de La Réunion

L’avis de l’Autorité environnementale met le doigt sur le scandale

Manuel Marchal / 14 mai 2021

L’avis de l’Autorité environnementale sur la PPE de La Réunion dévoile les dessous de l’importation de biomasse, qui ne s’avère qu’un moyen de maintenir en place un système en remplaçant une importation par une autre. Le but reste toujours d’empêcher l’autonomie énergétique de La Réunion. D’où l’importance d’une alternative à ce vieux système qui maintient les Réunionnais sous la dépendance des importations. Cette alternative est possible, car la technologie permet maintenant à La Réunion d’aller vers l’autonomie énergétique sur tous les plans. Les Réunionnais sont capables de produire eux-mêmes l’énergie nécessaire à leur développement et à leurs emplois, pourquoi s’y opposer ?

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Dans son avis du 5 mai dernier sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) de La Réunion, l’Autorité environnementale fait part de grandes interrogations sur le projet de remplacer le charbon par de la biomasse importée pour produire de l’électricité dans les centrales thermiques d’Albioma.

D’où vient la biomasse et quelle quantité nécessaire ? Pas de réponse
« L’analyse de l’état initial n’appelle pas de remarques pour ce qui concerne La Réunion. Elle ne fait cependant pas état des zones géographiques où sera prélevée la biomasse importée ni des volumes nécessaires. Or, il est important de connaître l’état initial dans ces zones, afin d’évaluer l’impact que peuvent avoir les prélèvements de biomasse, qu’il s’agisse des incidences sur la biodiversité ou des autres effets possibles (qualité de l’air en cas de brûlage des déchets végétaux, trafic routier…).
L’Ae recommande de préciser l’origine de la biomasse importée qui devra d’ailleurs être indiquée dans l’autorisation d’exploitation. »

La papeterie plus rémunératrice que la vente aux centrales thermiques
« Concernant la biomasse solide, l’évaluation environnementale laisse entendre que l’approvisionnement proviendrait des États-Unis dont les granulés seraient les seuls à répondre aux exigences d’approvisionnement à partir de forêts gérées durablement, d’absence de compétition avec des cultures alimentaires et de traitement permettant de ne pas introduire d’espèces exotiques à La Réunion. L’approvisionnement à partir des territoires les plus proches (Madagascar, Afrique australe…) est écarté pour des raisons économiques (la biomasse y est exploitée aujourd’hui pour l’exportation vers des papeteries, marché plus rémunérateur).
Des questions similaires se posent pour la biomasse liquide (éthanol) qui serait importée, selon les informations fournies aux rapporteurs, en grande partie d’Europe. »

Rendement plus faible qu’annoncé
« La biomasse importée sera utilisée pour la production électrique sans cogénération de chaleur, contrairement à la bagasse qui alimente les centrales pendant la saison sucrière et valorise la chaleur dans les sucreries voisines.
Le rendement énergétique de la biomasse importée n’est pas indiqué dans le dossier, mais doit être faible, compris entre 25 à 30 %. Le rendement final est plus faible encore, une fois prise en compte l’énergie nécessaire à la production, à la transformation et au transport de la biomasse jusqu’à la centrale thermique. Les possibilités d’amélioration de ce rendement par la recherche d’un débouché pour la chaleur ou l’utilisation de techniques à plus fort rendement thermodynamique, comme l’utilisation de la biomasse dans une centrale à cycle combiné gaz (CCG) après gazéification ne semblent pas avoir été étudiées. »

Risque de pénurie de biomasse importée : retour aux énergies fossiles
« L’utilisation de biomasse importée pourrait être remise en cause en cas d’évolution des conditions de marché (augmentation du prix des agrocarburants, accroissement de la demande de biomasse solide pour l’énergie ou la papeterie …). Cela pourrait fragiliser les résultats de la PPE en justifiant le retour à une utilisation de combustibles fossiles dans la production électrique.
Le choix de l’importation massive de biomasse pour la production d’électricité soulève des questions majeures, en particulier alors que le gisement de biomasse locale ne semble pas exploité au mieux, même s’il est clair qu’il ne suffira pas aux besoins de la production thermique d’électricité, présente un risque de déforestation importée. »

Commentaire

Ces remarques de l’Autorité environnementale soulignent donc que l’importation de biomasse n’est pas une solution allant dans le sens du développement de La Réunion.
Rappelons aussi que la biomasse n’est pas une énergie renouvelable à court terme, car les gaz à effet de serre produits par la combustion des plantes ne sont pas immédiatement absorbées par la croissance d’autres végétaux. Comme la pollution automobile, celle des centrales thermique, biomasse comprise, s’accumule dans l’atmosphère et contribue au changement climatique.
Outre ce bilan environnemental négatif, il s’agit simplement de substituer une importation par une autre. Ceci ne change pas fondamentalement le système énergétique à La Réunion, toujours entre les mains d’entreprises extérieures au pays dirigées par des actionnaires pour qui la priorité est le profit, pas le développement de La Réunion.
En effet, comme le charbon, la biomasse est un marché. Si les promoteurs de ce projet affirment que les importations doivent venir d’un autre continent, c’est parce que sur le nôtre, les vendeurs de biomasse travaillent avec la papeterie et pas les centrales thermiques, car les producteurs de papiers proposent de meilleurs tarifs. La biomasse est également utilisée comme agrocarburant.
Il suffit que les cours du pétrole augmentent rendant plus attractifs les agrocarburants, ou que la demande en papier suive la même tendance pour que le prix de la biomasse s’envole, ou que la ressource devienne carrément indisponible. Dans ces conditions, il faudra de nouveau importer du charbon ou du fioul, note l’Autorité environnementale.
Il s’avère que cette opération biomasse s’apparente à une énième opération de greenwashing d’un secteur qui tire d’importants profits de sa présence à La Réunion et veut maintenir telle quelle cette structure néocoloniale. D’où l’importance d’une alternative à ce vieux système qui maintient les Réunionnais sous la dépendance des importations. Cette alternative est possible, car la technologie permet maintenant à La Réunion d’aller vers l’autonomie énergétique sur tous les plans. Les Réunionnais sont capables de produire eux-mêmes l’énergie nécessaire à leur développement et à leurs emplois, pourquoi s’y opposer ?

M.M.