Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Loi littorale
3 août 2006

Nous ne sommes pas, bien entendu, à marcher le long des plages du littoral mauricien où des gardiens en uniformes nous rabrouent en nous intimant l’ordre de circuler pour cause de "plage privée". Notre côte réunionnaise est bien loin de ces clichés. Depuis pas mal d’années maintenant, une panoplie de lois et autres réglementations nous protègent de la privatisation de notre "Domaine Public Maritime". Pourtant, si vous longez la mer de Saint-Gilles à la Saline, bien des surprises vous attendent ! Notre littoral est pratiquement bouclé !
Je ne vous parle pas des constructions à la limite de la légalité, mais des accès à la mer qui sont tracés et existants entre chacune de ces villas cossues qui abritent de riches familles capables de payer des loyers prohibitifs pour profiter de privilèges dignes des plus grandes années de notre royauté. On pensait que tous ces privilèges étaient tombés avec la tête de Louis XVI, et bien, il semblerait que non ! Cela se passe ici et maintenant ! Mais sont-ils au courant tous ces occupants du "DPM" (Domaine Public Maritime) que depuis Colbert, l’accès du public au littoral doit être préservé ? Sont-ils au courant que le renforcement de la loi littorale et le Code de l’environnement rendent obligatoire le respect d’un chemin piéton entre chacune des constructions ?
Eh bien, vous voulez que je vous dise, ces chemins piétons existent ! Ils sont même, devrai-je dire, dessinés au cordeau. Il n’est qu’à vous aventurer le long de la mer, au tout début du lagon en partant de la plage des Roches Noires, vous verrez, qu’entre chaque habitation, un chemin droit, rectiligne est tracé. Mais là où le bât blesse, c’est que ces petits chemins sont le plus souvent fermés par une barrière qui arbore une pancarte "propriété privée". Mais de quelle propriété s’agit-il ? Cette langue de terre encadrée de deux murs qui peuvent tout juste laisser passer une famille à la queue leu-leu serait-elle à elle seule une propriété ? Non, c’est que voyez-vous, il est des personnes qui n’aiment pas être dérangées, le bruit de marmailles se rendant à la plage entre deux villas, c’est que voyez-vous, ma bonne-dame, mon bon monsieur, ça dérange, surtout lorsque l’on est au bord de sa piscine à rôtir au soleil. Et puis toute cette piétaille, qu’est ce qu’elle y connaît à la loi littorale ?
Alors, les années passant, les occupants ont fini par s’approprier ce petit bout de terre qui jouxte leurs maisons et c’est pourquoi depuis, on voit des chemins tracés par deux grands murs et fermés à chaque extrémité par de petites grilles.
Nul n’est besoin de marcher le long des plages pour nous apercevoir de cette privatisation illégale du DPM. Il vous suffit de traverser le petit village de la Saline en direction de Saint-Pierre, en tournant la tête sur votre droite, vous retrouverez ces petits chemins proprets, certains pour la minorité sont ouverts et vous pouvez voir au loin la plage, d’autres sont cadenassés. Désormais lorsque vous verrez ces bandes de terres grillagées, dites-vous que c’est arbitrairement que l’on nous prive de l’accès inaliénable de tout citoyen au bord de mer. Dites vous qu’il suffirait que les autorités fassent respecter la loi littorale pour que vous ne soyez plus obligés de faire de longs détours pour profiter d’une côte qui dans notre République est le bien de tous.
Que disent les textes ?
Le DPM naturel répond à un principe fondamental et ancien, celui du libre usage par le public pour la pêche, la promenade, les activités balnéaires et nautiques. Ce qui fonde les principes de gestion du littoral : favoriser les activités liées à la mer et qui ne peuvent se développer ailleurs, au premier rang desquelles l’accès du public à la mer.
L’article 30 de la loi littorale, devenu l’article L321-9 du Code de l’environnement - Partie Législative, dispose notamment : "L’accès des piétons aux plages est libre sauf si des motifs justifiés par des raisons de sécurité, de défense nationale ou de protection de l’environnement nécessitent des dispositions particulières. L’usage libre et gratuit par le public constitue la destination fondamentale des plages au même titre que leur affectation aux activités de pêche et de cultures marines."
Demain nous poursuivrons dans cette voie, en parlant toujours de l’occupation illégale du DPM avec ses conséquences environnementales. Il semblerait que lorsqu’il s’agit de l’accès à notre patrimoine maritime, le silence se fasse, les dos se font ronds, on n’accepte pas de vagues sauf celles de la mer. Alors maintenant que vous avez pris connaissance de ce que sont ces trois lettres "DPM", dites-vous qu’elles représentent votre droit à aller et venir sans contraintes, de la terre à la mer.
Philippe Tesseron
http://www.espaceblog.fr/teletesseron/
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