Mettre fin aux privilèges de classe

Crise de l’eau à La Réunion : remettre à plat un système qui favorise le gaspillage

25 août, par Manuel Marchal

La crise de l’eau impose de rompre avec un modèle fondé sur le gaspillage et les inégalités. Alors que l’Est, traditionnel « château d’eau » de La Réunion, connaît la pénurie, 180 litres d’eau potable sont consommés par habitant chaque jour et plus de 30 % peuvent être perdus dans les réseaux. Il faut tout remettre à plat : plafonner les consommations excessives des riches gaspilleurs, rénover les réseaux et garantir à tous l’accès à l’eau, bien commun essentiel.

À La Réunion, la pénurie d’eau n’est plus une alerte passagère. Elle révèle les failles d’un modèle qui gaspille une ressource vitale, organise des transferts entre territoires et laisse les pauvres, la classe la plus nombreuse, en subir les conséquences. L’heure est venue de tout remettre à plat.
La situation est désormais suffisamment grave pour ne plus se contenter d’appels aux « petits gestes ». Depuis Belal en 2024 et Garance en 2025, le déficit pluviométrique s’accumule. Les nappes et les rivières restent à des niveaux préoccupants. Le comité sécheresse a maintenu les restrictions et Salazie est passée en alerte renforcée en raison des difficultés d’approvisionnement en eau potable.

Le gaspillage du basculement des eaux

Le symbole est puissant : l’Est, longtemps considéré comme le château d’eau de La Réunion, manque aujourd’hui d’eau. Saint-André, Bras-Panon, Saint-Benoît, Salazie et Saint-Joseph sont parmi les communes confrontées aux restrictions. Des habitants doivent parfois acheter de l’eau en bouteille pour satisfaire leurs besoins essentiels.
Dans le même temps, il faut s’interroger sur les choix opérés au nom du développement de l’île. Le basculement des eaux de l’Est vers l’Ouest, défendu notamment par Jean-Paul Virapoullé, a représenté un chantier de plus d’un milliard d’euros à l’origine. Il devait notamment permettre d’irriguer les terres agricoles de l’Ouest, il remplit aujourd’hui les piscines des riches dans l’Ouest. Avec le changement climatique, la question de la répartition de cette ressource entre les territoires doit désormais être posée sans tabou.

Et de la centrale EDF de Sainte-Rose

Même interrogation concernant certains usages industriels. La centrale EDF de Sainte-Rose prélève de l’eau dans la rivière de l’Est pour son fonctionnement avant de la rejeter en mer. Quand la ressource devient rare, peut-on continuer à gérer l’eau comme si elle était inépuisable ? Cette question mérite un débat public.

Revoir le modèle de consommation importé

Mais le gaspillage se trouve aussi au cœur du modèle de consommation importé d’Occident. Environ 180 litres d’eau potable sont consommés par habitant et par jour. Une eau traitée et rendue potable sert à tirer les chasses d’eau, nettoyer les sols, laver les voitures, arroser les jardins ou remplir les piscines. Et plus de 30 % de l’eau peut être perdue dans des réseaux vieillissants.
Alors pourquoi demander les mêmes efforts à tous ? L’eau est un bien commun. En période de pénurie, la priorité doit être donnée à l’accès de chacun à l’eau potable, pas au maintien des consommations de confort.

Couper l’eau aux riches grands gaspilleurs

Il faut donc instaurer des règles équitables. Les usages essentiels doivent être garantis. En revanche, les consommations très élevées liées notamment aux piscines privées, à l’arrosage des pelouses ou à d’autres usages de confort doivent pouvoir être plafonnées. Au-delà d’un volume déterminé, l’alimentation pourrait être interrompue temporairement en période de crise.
Il ne s’agit pas de désigner une classe sociale comme responsable. Il s’agit au contraire de refuser qu’une classe sociale puisse, par son pouvoir d’achat, s’affranchir des restrictions qui s’imposent au reste de la population.

Réformer globalement

La réforme doit être globale : rénovation massive des réseaux, suppression des fuites, récupération des eaux de pluie, réutilisation des eaux usées traitées, évolution des usages industriels et agricoles, plafonnement des consommations excessives. Les grands ouvrages doivent également être réévalués à la lumière du changement climatique.
Lorsque le château d’eau de La Réunion est à sec, continuer comme avant n’est plus possible. La crise de l’eau impose un choix de société : laisser la pénurie creuser les inégalités ou construire une politique fondée sur la sobriété, la solidarité et l’égalité d’accès. L’eau appartient à tous, pas à une classe sociale qui a les moyens de payer pour gaspiller. Sa gestion doit donc servir l’intérêt de tous.

M.M.

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