180 litres d’eau potable par jour et par personne

Crise de l’eau à La Réunion : sortir du modèle occidental importé du gaspillage

7 mars, par Manuel Marchal

La crise de l’eau à La Réunion ne relève pas seulement du climat. Elle révèle surtout les dérives d’un modèle occidental importé de consommation qui banalise le gaspillage d’eau potable. Avec près de 180 litres utilisés par jour et par habitant, l’île subit les conséquences d’un système qui privilégie la vente de volumes au profit de sociétés exogènes qui enrichissent des actionnaires en France au détriment des Réunionnais plutôt que la préservation d’une ressource vitale, pendant que les pénuries s’aggravent.

La crise de l’eau que connaît régulièrement La Réunion ne peut être expliquée uniquement par la sécheresse ou par les caprices du climat. Elle met en lumière les limites d’un modèle occidental importé de gestion et de consommation qui encourage un usage excessif d’une ressource pourtant précieuse et limitée. Sur l’île, la consommation moyenne atteint environ 180 litres d’eau potable par jour et par personne, alors que les besoins essentiels d’un être humain sont bien inférieurs. Cette situation illustre un système où l’eau potable, bien commun indispensable à la vie, est trop souvent utilisée pour des usages secondaires.

Système néocolonial

Cette organisation s’inscrit aussi dans un cadre économique particulier. La distribution et l’assainissement de l’eau sont en partie confiés à des groupes français dans le cadre de délégations de service public décidées par les Mairies. Les superprofits sont ensuite rapatriés en France, illustrant le système néocolonial. Dans ce système, les revenus reposent largement sur les volumes d’eau consommés. Une logique qui peut entrer en contradiction avec la nécessité de préserver la ressource et de promouvoir la sobriété.

Crise climatique

Dans le même temps, la situation climatique rappelle la fragilité des équilibres naturels. Les pluies tombées récemment ont apporté un répit bienvenu après plusieurs mois marqués par un déficit hydrique. Elles contribuent progressivement à améliorer les niveaux des réserves. Mais cette embellie reste fragile.
La nappe souterraine du Port, essentielle pour l’alimentation en eau potable de plusieurs communes de l’Ouest, se reconstitue lentement et demeure en dessous des normales saisonnières. Dans le Sud, le débit du Bras de la Plaine, qui alimente notamment Saint-Pierre, Le Tampon, Petite-Île, l’Entre-Deux et Saint-Joseph, reste sous surveillance.
La saison des pluies, qui semblait bien engagée après un mois de décembre et un début janvier arrosés, s’est essoufflée depuis février. Les fortes précipitations attendues ne sont pas venues. L’air reste sec et chaud, sous l’influence de hautes pressions installées sur l’ouest du bassin de l’océan Indien qui empêchent l’arrivée d’air humide.
Dans les champs, les conséquences commencent déjà à se faire sentir. La terre se dessèche et les agriculteurs s’inquiètent pour leurs cultures. Les quelques averses nocturnes ne suffisent pas à soutenir la croissance des plantations. Beaucoup redoutent que la sécheresse et les restrictions d’usage ne s’installent durablement.

Déjà la pénurie

Les premiers effets apparaissent également dans les rivières. Depuis la mi-février, les débits observés sont inférieurs aux niveaux habituellement enregistrés à cette période. Aujourd’hui, la majorité des cours d’eau de l’île sont placés sous vigilance.
Face à cette situation, les communes de Saint-Paul, Le Port et La Possession restent placées en niveau d’alerte pour les eaux souterraines, avec des restrictions d’usage de l’eau. Dans le Sud, plusieurs communes sont placées en vigilance.

Pour des mesures anti-gaspillage

Mais au-delà des restrictions ponctuelles, la question centrale reste celle du gaspillage. Pour préserver durablement la ressource, plusieurs pistes pourraient être explorées : l’installation de limiteurs de débit chez les très gros consommateurs, notamment là où l’eau potable sert à remplir des piscines ou à arroser des pelouses ; notamment dans les habitations où l’eau potable sert à remplir des piscines ou à arroser des pelouses.
Une autre proposition serait de garantir à chacun un quota de base d’eau quotidienne, par exemple une vingtaine de litres par personne, correspondant aux besoins essentiels voire bien plus, soit l équivalent d’un jerrycan. Au-delà de ce seuil, la consommation excessive pourrait être fortement limitée ou interrompue. Les volumes supplémentaires devraient alors être acheminés par camion-citerne, aux frais du consommateur concerné. Une telle mesure viserait à responsabiliser les usages les plus gaspilleurs.
Ou encore le développement massif de la récupération des eaux de pluie pour les usages ne nécessitant pas d’eau potable.

Dans de nombreux pays de l’océan Indien, comme à Madagascar ou aux Comores, la récupération des eaux pluviales permettent déjà de réduire la pression sur la ressource. Ils pourraient inspirer des solutions adaptées à La Réunion.

Car une évidence s’impose : dans une île aux ressources limitées, l’eau ne peut plus être considérée comme une ressource inépuisable. Sa préservation dépend autant des choix collectifs que des aléas climatiques. Préserver l’eau, c’est préserver l’avenir du peuple réunionnais.

M.M.

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Témoignages - 82e année


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