Mesures anti-gaspillage maintenues malgré les pluies récentes

Crise de l’eau à La Réunion : un répit fragile ne doit pas masquer les responsabilités

25 février, par Manuel Marchal

La crise de l’eau à La Réunion révèle les limites d’un modèle de consommation gaspilleur, avec 180 litres utilisés par jour et par habitant au plus grand profit des sociétés françaises qui contrôlent la vente de l’eau potable et l’assainissement . Les pluies récentes apportent un répit, mais la nappe du Port et plusieurs rivières du Sud restent fragiles. L’Etat maintient des restrictions à Saint-Paul, Le Port et La Possession, et appelle à la vigilance dans le Sud. Cette situation rappelle l’urgence de préserver l’eau comme un bien commun, face à un système qui peine à encourager la sobriété.

Les pluies tombées ces dernières semaines apportent un soulagement après des mois de sécheresse qui ont durement éprouvé La Réunion. Les ravines reprennent vie, les sols respirent à nouveau, et les réserves en eau amorcent une lente remontée. Mais derrière ce répit, la réalité demeure préoccupante : la ressource reste fragile, et les déséquilibres structurels qui ont conduit à cette crise sont toujours présents.
La nappe souterraine du Port, essentielle à l’alimentation en eau potable de plusieurs communes de l’Ouest, reste à un niveau inférieur aux normales saisonnières. Sa reconstitution est lente, insuffisante pour garantir une sécurité durable. Dans le Sud, le débit du Bras de la Plaine, qui alimente notamment Saint-Pierre, Le Tampon, Petite-Île, l’Entre-Deux et Saint-Joseph, continue de diminuer malgré les pluies récentes. Cette situation confirme une évidence : la dépendance de l’île à des ressources naturelles limitées impose une gestion rigoureuse et responsable.

Face à cette réalité, le préfet, représentant de l’Etat a décidé de maintenir le niveau d’alerte pour les eaux souterraines à Saint-Paul, Le Port et La Possession. Les mesures anti-gaspillage restent en vigueur, notamment pour l’arrosage et le lavage des véhicules à l’eau potable. Dans le Sud, un niveau de vigilance est instauré. Si aucune interdiction n’est encore appliquée, les autorités appellent la population à faire preuve de responsabilité.

Un modèle de distribution et consommation inadapté

Mais ces appels à la sobriété ne peuvent suffire s’ils ne s’accompagnent pas d’une remise en question plus profonde du modèle actuel. Depuis des décennies, l’eau est gérée selon des logiques qui privilégient la consommation plutôt que la préservation. L’eau potable, ressource vitale, continue d’être utilisée pour des usages non essentiels, pendant que les réseaux vieillissants laissent échapper des quantités considérables dans la nature, au moins 30 %. Si cela se passait dans un autre pays africain, certains ici parleraient de corruption et de branchements pirates.
Une fois encore, ce sont les citoyens qui sont appelés à faire des efforts, à réduire leur consommation, à surveiller leurs gestes quotidiens. Bien sûr, ces actions sont nécessaires. Limiter les arrosages, privilégier des usages raisonnés, signaler les gaspillages : chacun peut et doit contribuer à la préservation de cette ressource commune. Mais la responsabilité ne peut reposer uniquement sur les usagers.

Remettre en cause la logique de profit favorable aux sociétés françaises qui contrôlent la vente de l’eau potable

La crise actuelle révèle surtout les conséquences d’un système qui a longtemps considéré l’eau comme une ressource inépuisable au profit des sociétés françaises qui contrôlent la vente de l’eau potable et l’assainissement avant le rejet à la mer. Dans un territoire insulaire particulièrement exposé aux dérèglements climatiques, cette illusion n’est plus tenable. La gestion de l’eau doit devenir une priorité collective, fondée sur l’intérêt général et non sur des logiques de court terme.
Les pluies récentes rappellent une vérité essentielle : la nature peut offrir des répits, mais elle ne peut corriger indéfiniment les erreurs humaines. La Réunion doit tirer les leçons de cette crise. Préserver l’eau, c’est préserver la vie, la dignité et l’avenir du peuple réunionnais.

M.M.

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Témoignages - 82e année


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