Mieux récupérer l’eau de pluie, entretenir et moderniser forages et canalisations

Crise de l’eau à La Réunion : utilisons nos ressources

29 août, par Manuel Marchal

La crise de l’eau qui frappe La Réunion ne se résume pas au manque de pluie. Elle pose une question plus large : comment gérer durablement une ressource abondante lors des épisodes pluvieux, mais de plus en plus fragile face aux sécheresses et au changement climatique ? Dans les foyers comme dans les collectivités, des économies sont possibles. Mais elles supposent des investissements, de l’entretien des réseaux et une véritable politique de récupération de l’eau de pluie.

Dans de nombreuses familles réunionnaises, certaines habitudes restent fortement consommatrices. Le lavage répété du riz, le nettoyage des cours et des abords des maisons au jet d’eau, ou encore l’arrosage des jardins à grande eau représentent autant de consommations qui pourraient être réduites. Des équipements simples, comme les réducteurs de débit, permettent également de diminuer la consommation domestique. Mais encore faut-il qu’ils soient connus et utilisés.
La question est aussi culturelle. Pendant longtemps, l’eau a semblé disponible en abondance. L’éducation à sa préservation devient donc indispensable, notamment dans les écoles, les quartiers et les lotissements. Faire des économies ne signifie pas renoncer à l’hygiène ou au confort, mais apprendre à utiliser la bonne quantité d’eau au bon endroit.
Autre sujet sensible : les piscines privées. Leur remplissage et leur entretien peuvent représenter des volumes importants. La question de leur existence doit donc être intégrée à toute politique de gestion de la ressource.

Plus de 30 % de l’eau potable perdue à cause des fuites dans les réseaux

Mais demander aux habitants d’économiser ne peut pas masquer les responsabilités collectives. Une part considérable de l’eau potable produite à La Réunion, plus de 30 % se perd dans les réseaux. Lorsque les canalisations sont anciennes ou mal entretenues, chaque fuite transforme les efforts des consommateurs en économies dérisoires. Les rapports techniques remis régulièrement aux élus des Mairies par les exploitants devraient être considérés comme de véritables feuilles de route à respecter pour les investissements.
La récupération des eaux pluviales constitue une autre piste. Des particuliers ont installé des citernes alimentées par les toitures pour arroser les jardins ou les autres usages usages ne nécessitant pas d’eau potable. Des dispositifs permettent même d’utiliser l’eau par gravité, sans recourir à une pompe. Cette solution réduit directement la pression sur le réseau.

Un récupérateur d’eau de pluie condition de délivrance d’un permis de construire

L’expérience de certaines communes montre également qu’il est possible d’agir sur le stockage. Dans les hauteurs du Tampon, des retenues collinaires ont permis de mobiliser d’importants volumes d’eau. Dans cette commune, la délivrance d’un permis de construire de maison individuelle était conditionnée à la présence d’un récupérateur d’eau de pluie dans la construction. Pourquoi ne pas généraliser cette obligation à La Réunion, pour toute nouvelle construction d’habitation, individuelle ou collective (HLM) ? Pourquoi ne pas multiplier les retenues collinaires dans l’Est, où les ravines peuvent fournir des volumes considérables lors des épisodes cycloniques ?

Réhabiliter les forages

La question des captages abandonnés mérite elle aussi d’être posée. À Saint-Benoît et dans d’autres communes, d’anciens forages pourraient constituer des ressources de secours s’ils étaient rééquipés. Il en va de même pour certains ouvrages existants mais insuffisamment exploités. Dans une île confrontée à des coupures d’eau, disposer de plusieurs sources de secours apparaît comme une nécessité stratégique.

Stocker l’eau apportée par les cyclones

Enfin, il faut sortir d’une vision uniquement défensive de la crise. La Réunion connaît des épisodes de sécheresse, mais elle reçoit aussi des précipitations extrêmement importantes lors des cyclones. Le défi consiste à mieux capter et stocker cette eau.
La sobriété est nécessaire. Une politique de l’eau doit associer éducation, lutte contre le gaspillage, récupération des eaux pluviales, entretien des réseaux, sécurisation des captages et stockage. Demander à la population de fermer le robinet ne suffit pas : il faut aussi réparer les tuyaux, remettre en service les ressources disponibles et préparer l’île aux conditions climatiques de demain.

M.M.

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