Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Pénurie d’eau à Cilaos : mesures de rationnement
9 janvier

La crise de l’eau à La Réunion ne peut être réduite à un simple manque de pluie. Elle révèle surtout les limites d’un modèle de consommation importé et gaspilleur, où chaque habitant utilise en moyenne 180 litres d’eau potable par jour. Ce système, fondé sur la vente de volumes d’eau, peine à encourager la sobriété et pénalise les usagers et les agriculteurs. Tant que l’eau sera traitée comme une marchandise et non comme un bien commun, les pénuries se répéteront.
La Civis a annoncé l’activation immédiate d’un plan de gestion de l’eau, invoquant une faible pluviométrie et des niveaux de consommation jugés excessifs. Derrière cette communication institutionnelle se cache pourtant une réalité plus profonde et plus inquiétante : la pénurie d’eau à La Réunion n’est pas seulement le produit du climat, elle est avant tout le résultat d’un modèle de consommation et de gestion imposé, inadapté et profondément inégalitaire.
Sur un territoire insulaire aux ressources limitées, chaque habitant consomme en moyenne près de 180 litres d’eau potable par jour. Une aberration, quand on sait que les besoins vitaux se limitent à environ deux litres quotidiens. Ce chiffre n’est pas le fruit du hasard : il est le symptôme d’un système qui banalise le gaspillage et traite l’eau comme une marchandise ordinaire, et non comme un bien commun vital.
Pour faire face à cette situation, la Civis annonce des mesures qui pénalisent une fois de plus les usagers et le monde agricole. Les antennes agricoles situées chemin Gueule Rouge, Mare Affourches et chemin de la Vigne seront fermées temporairement, tandis que des coupures nocturnes pourraient toucher l’ensemble des réseaux d’eau potable et agricole entre 22 heures et 5 heures du matin. Autrement dit, ce sont les populations et les petits producteurs qui paient le prix fort, pendant que les causes structurelles du problème restent soigneusement évitées.
Car la question centrale est bien celle de la gestion de l’eau. À La Réunion, la distribution est confiée à de grands opérateurs privés dans le cadre de délégations de service public. Ce modèle repose sur une logique simple : plus on vend d’eau, plus on génère de revenus. Dans ces conditions, comment prétendre encourager réellement la sobriété ? Comment lutter efficacement contre le gaspillage quand le système économique lui-même repose sur la vente de volumes toujours plus importants ?
Sans accuser individuellement les acteurs, force est de constater que ce modèle favorise des tarifs peu dissuasifs pour les plus riches qui gaspillent le plus, un manque d’investissement dans la réduction des pertes sur les réseaux et une absence de politiques ambitieuses d’éducation populaire à la sobriété hydrique. Résultat : l’eau potable continue d’être utilisée pour arroser des pelouses, laver des voitures, remplir des piscines, laver les sols, évacuer les toilettes ou alimenter des usages non essentiels, pendant que l’on invoque la sécheresse pour justifier des restrictions.
Les pluies abondantes de décembre et début janvier ont certes permis une amélioration temporaire de la situation hydrologique. Le préfet a levé les restrictions renforcées dans sept communes et allégé les limitations sur une grande partie de l’île. Mais cette embellie ne doit pas masquer l’essentiel. Comme l’a rappelé le préfet lui-même, la prudence reste de mise si les prochains mois s’inscrivent dans des normales saisonnières incertaines.
La crise de l’eau à La Réunion n’est donc pas une fatalité climatique. Elle est le résultat de choix politiques, économiques et sociaux. Tant que l’eau sera gérée comme une source de profit plutôt que comme un bien commun, les pénuries se répéteront. Il est temps d’engager une véritable rupture : une gestion publique, transparente et démocratique de l’eau, fondée sur la sobriété, la justice sociale et le respect des limites naturelles de l’île.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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