Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Importants dégâts chez nos voisins
12 février, par

Neuf morts et 19 blessés à Madagascar après le cyclone Gezani. Au-delà du drame humain, cette catastrophe révèle surtout notre vulnérabilité à La Réunion : urbanisation incontrôlée, artificialisation des terres agricoles à cause de la spéculation foncière et investissements concentrés sur le littoral aggravent les risques.
Neuf morts. Dix-neuf blessés. Des centaines de familles déplacées. Le passage du cyclone tropical intense Gezani laisse un bilan humain insupportable, concentré notamment dans le district de Toamasina II. Huit districts, répartis dans quatre régions — Atsinana, Analamanga, Analanjirofo et Alaotra Mangoro — ont été frappés. Les chiffres restent provisoires, précisent les autorités. Mais une chose, elle, est certaine : ce drame n’est pas seulement météorologique. Il est aussi politique.
Chaque saison cyclonique révèle les mêmes failles, les mêmes fragilités structurelles, les mêmes choix d’aménagement contestables. À La Réunion comme dans l’ensemble de notre région, la vulnérabilité face aux intempéries n’est pas une fatalité naturelle : elle est le produit d’années d’urbanisation mal maîtrisée et d’artificialisation accélérée des sols.
Le moindre épisode de fortes pluies suffit à transformer le réseau routier en piège. Routes inondées, radiers submergés, axes coupés : situation illustrant le sous-développement. Notre réseau routier, hérité d’une logique de pays sous-développé et jamais repensé à la hauteur des enjeux climatiques actuels, devient dangereux dès que la pluie s’intensifie. Au lieu d’investir prioritairement dans la résilience et la sécurité, le lobby du tout-automobile voit ses intérêts primer.
Plus grave encore, l’artificialisation des terres agricoles s’est poursuivie à un rythme soutenu, souvent sous couvert de développement économique. Des parcelles fertiles ont été intégrées dans des opérations immobilières, alimentant une spéculation effrénée. Des terres changent de statut, prennent de la valeur par simple décision administrative, et génèrent un enrichissement sans cause pour leurs propriétaires — sans qu’aucune taxe significative ne vienne compenser cette manne. Ce système, traduit des pratiques clientélistes, détourne la planification du bien commun au profit d’intérêts particuliers.
Résultat : des sols imperméabilisés qui n’absorbent plus l’eau, des ruissellements amplifiés, des quartiers construits dans des zones exposées. Quand le cyclone frappe, l’eau ne trouve plus sa place. Elle envahit les maisons, déstabilise les infrastructures, menace les vies.
À cela s’ajoute un autre choix lourd de conséquences : la concentration d’investissements publics et privés sur le littoral. Hôtels, résidences, équipements structurants — tout converge vers des zones pourtant identifiées comme vulnérables à l’érosion, aux submersions marines et aux houles cycloniques. On continue de bâtir au plus près de la mer, comme si l’élévation du niveau des océans et l’intensification des phénomènes extrêmes relevaient de la fiction.
Gezani doit être un signal d’alarme. Les 1 379 personnes déplacées, les familles endeuillées, les blessés ne sont pas des statistiques abstraites.
A Madagascar,les autorités annoncent des mesures d’assistance et de surveillance. C’est indispensable. Mais l’urgence à côté de chez nous ne doit pas masquer le débat de fond dans notre pays : repenser l’aménagement du territoire, protéger réellement les terres agricoles, mettre fin à la spéculation favorisée par des décisions opaques, et investir massivement dans des infrastructures adaptées aux réalités climatiques.
Face aux cyclones, la nature impose sa loi. Face à nos vulnérabilités, en revanche, nous avons le choix. Continuer comme avant, ou enfin placer la sécurité collective et la justice territoriale au cœur des décisions.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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