Face à la crise climatique, La Réunion doit rompre avec un modèle à bout de souffle
29 juin, parRespecter le traité de Paris sur le climat
Un manque cruel de données
1er septembre 2022

L’étude « 4 pour 1000 outre-mer » a publié ses premiers résultats sur le site de la Cirad. Selon le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, les sols ultramarins stockent globalement 2 à 3 fois plus de carbone par hectare que ceux de France.
Cependant, des données manquent encore, il faut donc "combler ses lacunes permettra notamment aux agricultrices et agriculteurs d’outremer de certifier leur exploitation avec le label français Bas-Carbone", selon le Cirad.
Les sols peuvent devenir un important réservoir de carbone pouvant atténuer le réchauffement climatique dans les outremers. "Cette solution low-tech est au cœur de l’initiative 4 pour 1000, lancée par la France lors de la COP21 en 2015".
En 2019, des travaux d’études ont fait le lien sur le potentiel de stockage additionnel des sols français. Pour compléter les travaux réalisés, une étude équivalente pour l’outre-mer, et coordonnée par le Cirad, a démarré fin 2020 dans sept territoires : Guyane, Martinique, Guadeloupe, Réunion, Mayotte, Saint-Barthélemy et Saint-Martin.
« L’objectif est de dresser un état des lieux des connaissances sur le carbone du sol dans l’outre-mer français », a expliqué Julien Demenois, coordinateur de l’étude et chargé de mission « 4 pour 1000 » au Cirad.
« Mais il s’agit aussi d’identifier ce qu’on ne sait pas. Ces lacunes seront importantes à combler, notamment pour élaborer des politiques publiques préservant les stocks de carbone dans les sols ou encore, transposer dans les territoires ultramarins, les méthodes développées dans le cadre du label Bas-Carbone », d’après ce dernier.
Selon le site de la Cirad, l’étude explore le niveau de mise en œuvre des pratiques identifiées comme favorables au stockage de carbone dans les sols : apport de matière organique, substitution de fertilisation minérale par une fertilisation organique, reforestation des sites miniers, insertion de prairies temporaires en maraîchage, cultures en agroforesterie. Les scientifiques cherchent également les leviers et contraintes qui favorisent ces pratiques.
Les sols des territoires d’outre-mer sont tropicaux, avec majoritairement des sols volcaniques comme à La Réunion, en Guadeloupe ou en Martinique, ou des sols riches en oxydes comme en Guyane. Grâce à leurs propriétés minéralogiques, ces sols piègent beaucoup de matière organique. De plus, ils stockent une grosse quantité de carbone.
« Probablement 2 à 3 fois plus par hectare que les sols de métropole. La Guyane stocke près de 15% du carbone des sols français et 50% du carbone des forêts françaises, alors que la superficie du territoire représente un peu plus de 10% de la superficie de la France et 30% de sa couverture forestière », a indiqué Julien Demenois.
Cependant, « les tendances d’occupations des territoires et de diversification des cultures indiquent une tendance à la baisse des stocks de carbone dans les sols ultramarins », a noté le Cirad. L’enjeu de ces territoires ultramarins est donc de maintenir ces stocks élevés davantage qu’à les augmenter, comme c’est le cas en France, selon le centre.
Dans un rapport intermédiaire, l’étude souligne un manque de connaissance important sur environ 4 500 km2 et 3 des 7 territoires de l’étude (Mayotte, Saint-Barthélemy et Saint-Martin).
Il s’agit principalement de forêts n’ayant fournies aucunes données. Julien Demenois a indiqué qu’« il n’existe encore aucune étude sur l’impact de l’exploitation de bois d’œuvre en Guyane sur le carbone du sol. Ou encore qu’à la Réunion, il n’y a jamais eu de calculs sur les stocks de carbone dans les écosystèmes forestiers ».
Le chercheur a déploré un manque cruel d’étude et d’analyse sur les systèmes agroforestiers. « C’est d’autant plus dommage que ce sont des systèmes utilisés en outre-mer : les jardins créoles des Antilles ou les systèmes d’abattis-brulis en Guyane ».
Un des objectifs de l’étude menée dans le cadre du "4 pour 1000" est de favoriser le partage de connaissances, de méthodologie et d’outils de calculs entre territoires ultramarins. « Nous avons constaté qu’un outil de modélisation de la dynamique du carbone dans les sols, développé par INRAE pour la métropole, pourrait tout à fait être utilisé à La Réunion avec seulement quelques ajustements ».
D’ailleurs, les chercheurs se posent des questions sur la transposition des méthodes développées dans le cadre du Label Bas-Carbone à l’outre-mer, car il existe de nombreux points de blocage.
Par exemple, l’outil de modélisation à utiliser pour bénéficier du label Bas-Carbone évalue les stocks de carbone des sols métropolitains en grandes cultures. Mais cet outil ne fonctionne pas dans les sols ultramarins, car des plantes cultivées et les contextes pédologique et climatique y sont très différents.
Respecter le traité de Paris sur le climat
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