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Forage pétrolier en Guyane : le néocolonialisme français passe avant le respect de l’Accord de Paris

La communication du gouvernement sur l’environnement face à la réalité d’un scandale en préparation

mardi 5 juin 2018, par Manuel Marchal


Plus de 18 mois après l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, le gouvernement continue de délivrer des permis de polluer l’atmosphère. C’est ce que rappelle le projet de forage pétrolier en Guyane impulsé par Total et autorisé par une loi qui interdit tout forage exploratoire sur le territoire de la République… sauf dans les anciennes colonies devenues départements français le 19 mars 1946.


En Guyane, le gouvernement soutient une politique qui est à l’opposé de l’Accord de Paris, ce qui fait les affaires de Total.

En 2015, la France a accueilli la COP21. Cette conférence sur le climat a débouché sur l’adoption de l’Accord de Paris. Cet accord est entré en vigueur le 4 novembre 2016 car il a recueilli un nombre suffisant de ratifications venant des Etats membres de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique. L’Accord de Paris s’impose donc désormais aux Etats, aux collectivités, aux institutions, aux associations et aux citoyens, comme l’a rappelé hier le PCR dans sa conférence de presse.

Le respect de l’Accord de Paris signifie de mener une politique visant à limiter la hausse de la température de 1,5 degré par rapport à son niveau de l’époque préindustrielle. Il est reconnu que le réchauffement climatique provient de la consommation massive d’énergies fossiles telles que le pétrole. Le respect de l’Accord de Paris a donc pour conséquence d’aller vers une société capable de fonctionner sans pétrole. Les pollueurs historiques tels que la France doivent sur ce point montrer l’exemple. C’est le chemin que semblait prendre ce pays quand une loi promulguée le 30 septembre dernier interdisait tout nouveau forage pétrolier en France. Mais ce texte rappelait que La Réunion ou la Guyane, ce n’est pas la France, puisqu’il autorise l’exploitation pétrolière en Guyane. C’est en effet ce que rappelle un communiqué de l’Autorité environnementale rendant compte d’un avis rendu le 30 mai dernier. Cet avis portait sur les « Travaux d’exploration pétrolière dans la zone de Nasua en Guyane. Voici un extrait du communiqué :

Autorisation confirmée

« Dans le contexte de la loi n° 2017-1839 du 30 décembre 2017 mettant fin à la recherche ainsi qu’à l’exploitation des hydrocarbures en France en 2040, le projet de forage d’exploration dans la zone de Nasua au large de la Guyane (973), porté par Total Exploration & Production Guyane française (TEPGF), constitue un des deux derniers permis d’exploration pétrolière offshore.

TEPGF prévoit successivement un forage d’exploration, puis un test de production dans le cas où les résultats d’exploration détectent des réservoirs suffisamment prometteurs. Si les résultats de ce test sont favorables, le dossier prévoit la réalisation de quatre autres puits dits « d’appréciation ». Une concession ne pourra être accordée par la collectivité territoriale de Guyane (CTG), que si le titulaire du permis d’exploration en fait la demande avant l’expiration du permis (1er juin 2019). Pour la complète information du public au moment de l’enquête publique, l’Ae recommande à l’ensemble des parties concernées (État, CTG, TEPGF) de préciser l’articulation entre les travaux projetés et une éventuelle demande de permis d’exploitation, y compris en ce qui concerne l’organisation prévue, conformément à la directive 2013/30/UE, pour garantir à tout moment, l’indépendance et l’objectivité de l’autorité compétente dans l’exercice de ses fonctions de régulation au titre de la sécurité.

Dans son ensemble, le dossier est bien construit. L’étude d’impact témoigne d’une réelle volonté d’améliorer l’état des connaissances. Néanmoins, pour certains volets, la démarche « éviter, réduire, compenser » est très partielle, alors que les retours d’expérience pour des projets de même nature et particulièrement ceux du précédent forage d’exploration dans le secteur Est du permis (mais aussi ceux de la catastrophe Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique en 2010) permettraient de mieux les analyser, de mieux démontrer les conclusions proposées. (...) »

Total plus fort que l’Accord de Paris

Ceci confirme donc que les profits de Total, puissante société pétrolière à direction française, passent avant le respect de l’Accord de Paris. Rappelons également que Nicole Bricq, ministre de l’Ecologie, nommée lors de l’alternance de 2012, avait dû démissionner de ce poste au bout de quelques semaines à la suite de son opposition à l’exploration pétrolière en Guyane.

Cela rappelle aussi que pour Paris, les anciennes colonies devenues départements le 19 mars 1946 sont avant tout des marchés pour assurer les profits des entreprises françaises. Autrement dit, le forage pétrolier en Guyane est une nouvelle illustration du régime néocolonial dans ce pays, avec la complicité de responsables politiques guyanais car ils sont associés à la décision de lancer cette nouvelle entreprise de pollution de l’atmosphère.

Face à un tel scandale, il est urgent que le gouvernement français mette ses actes en cohérence avec ses discours et prenne la décision d’interdire la poursuite du forage pétrolier en Guyane.

M.M.


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