L’eau étiquetée

25 août 2006

La production alimentaire est très forte consommatrice d’eau et certains préconisent un étiquetage en conséquence.

"Il faut éveiller les consciences sur le fait que la nourriture nécessite beaucoup d’eau", a déclaré mardi dernier à Stockholm un expert qui prône un étiquetage précisant combien il a fallu d’eau pour fabriquer chaque aliment.
Par exemple, un kilo de viande industrielle exige 10.000 litres d’eau contre 500 à 4.000 litres pour un kilo de céréales.

Proposition d’étiquetage alimentaire

"Une sorte d’étiquetage des produits alimentaires sur leurs exigences en eau pourrait être une première mesure à prendre. Ainsi, les gens pourront voir d’eux-mêmes", estime Andres Berntell, chef de l’Institut national de l’eau de Stockholm. Avec des étiquettes, "si l’on hésite entre une entrecôte, un filet de poulet ou du poisson - qui n’a presque pas besoin d’eau puisqu’il vit déjà dans l’eau - on pourra faire son choix de façon plus éclairée", note-t-il. Cet expert rappelle que les efforts pour économiser l’eau se concentrent essentiellement sur les modes d’irrigation, qui représente les trois quarts de l’eau utilisée par l’Homme. Mais, déplore-t-il, il est encore rare d’inciter les consommateurs à repenser leurs modes de vie et leur alimentation.

"Au-delà de la rivière - le partage des bénéfices et des responsabilités"

Un rapport agréé par l’ONU publié lundi à Stockholm, où se tient la conférence mondiale de l’eau jusqu’au 26 août, indique qu’une personne sur trois vit dans des régions affectées par des pénuries d’eau. Et les exigences en eau seront multipliées par 2 d’ici 2050. Thème officiel de la conférence qui réunit des experts venus de 140 pays : "Au-delà de la rivière - le partage des bénéfices et des responsabilités". Elle aborde aussi les questions de l’agriculture, de la corruption, de l’environnement, des catastrophes naturelles ainsi que des politiques de l’eau.

La gestion de l’eau mise en cause...

Lundi, l’ouverture de la manifestation avait été marquée par les critiques concernant la mauvaise gestion de l’eau. "Le monde n’est pas confronté à une pénurie d’eau... nous gérons incroyablement mal l’eau", a déploré Asit Boswas, le Président de l’Institut du tiers-monde de la gestion de l’eau à Mexico. Ce scientifique a appelé à prendre en considération les changements de l’économie mondiale et dans la démographie pour faire face aux problèmes de la gestion de l’eau. Selon lui, la croissance économique et démographique, les techniques agricoles et la croissance des petites villes dépourvues d’infrastructures adéquates sont autant de facteurs qui vont compliquer la gestion de l’eau à l’avenir. Une transformation radicale de la gestion de l’eau est indispensable pour que la population croissante de la planète ne soit pas confrontée à des pénuries d’ici 50 ans, avertit une étude d’experts qui doit être présentée à Stockholm.

... À la pénurie d’eau croissante

À l’heure actuelle, "un habitant sur trois de la planète souffre de pénuries d’eau, sous une forme ou une autre", selon cette "Évaluation complète de la gestion de l’eau pour l’agriculture", réalisée par 700 spécialistes du monde entier au cours des 5 dernières années. "Cela est beaucoup plus étendu que nous ne pensions. C’est très inquiétant", explique Frank Rijsberman, Directeur général de l’Institut international de gestion de l’eau (IWMI), qui a coordonné les travaux de l’évaluation. L’expert cite, à titre d’exemple, les "crises de l’eau" sévissant actuellement en Australie et en Chine, ou encore en Inde l’an passé. Selon lui, il existe 2 types de pénuries : celles observées dans des régions où les ressources en eau sont surexploitées, causant l’abaissement des nappes et l’assèchement des rivières ; celles observées dans les pays ne disposant pas de moyens techniques ou financiers de capter l’eau (des pluies, des rivières...), pourtant abondante. Pour Frank Rijsberman, le problème de l’eau est lié à la gestion bien plus qu’à la disponibilité de la ressource vitale. Les manques d’eau ont "à 98% des causes humaines et à 2% des causes naturelles", affirme-t-il.

Quelles solutions ?

Sachant que la population mondiale (actuellement 6,1 milliards d’habitants) devrait augmenter de 2 à 3 milliards d’individus d’ici 2050, il apparaît clairement que les politiques de gestion de l’eau doivent être revues, souligne l’étude. Dans les pays où l’on observe une surexploitation de l’eau, la solution semble être l’optimisation de l’utilisation de la ressource. "Les gens vont devoir faire plus avec moins, en quelque sorte (...). Produire davantage de céréales avec la même quantité d’eau", résume M. Rijsberman.
L’extension et l’amélioration de l’agriculture basée sur les eaux de pluie, l’introduction de variétés de céréales adaptées aux faibles quantités d’eau ainsi que le développement de systèmes d’irrigation et de barrages à petite échelle figurent aussi parmi les recommandations pour certaines régions. Mais la priorité, selon M. Rijsberman, est de changer les mentalités et les politiques gouvernementales de l’eau souvent trop anciennes. "Les politiques gouvernementales et leur façon d’aborder les questions de l’eau sont certainement la chose la plus urgente à changer à court terme", affirme-t-il. Car paradoxalement, selon les conclusions de l’évaluation, "il y a suffisamment de terre, d’eau et de capacités humaines pour produire assez de nourriture pour une population croissante dans les 50 prochaines années". L’un des défis qui se posent également est de réussir à répondre aux besoins d’eau pour l’agriculture sans toutefois dégrader l’environnement. "D’un côté, nous devons protéger l’environnement (...), mais de l’autre, les personnes pauvres ont toujours besoin de plus d’eau pour se nourrir et vivre", résume le Directeur général de l’Institut international de gestion de l’eau..


Deuxième congrès "l’eau en montagne" à Megève

Il se tiendra du 20 au 23 septembre 2006 et accueillera conjointement un colloque scientifique et technique sur "la gestion intégrée des hauts bassins versants" et la 4ème conférence européenne "Euro Riob 2006" du groupe européen du Réseau International des Organismes de Bassins pour une meilleure application de la Directive cadre sur l’eau.


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