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4 juin, parNos peines
Traitement des déchets et Recyclage
15 novembre 2007

Les importateurs et les professions de l’automobile, appuyés par l’ADEME, ont mis en place une filière de collecte et réexpédition des batteries usagées. « La filière est pleinement opérationnelle », assurent-ils, en donnant le mode d’emploi. Mais les patrons de l’automobile s’inquiètent des « carences » des centres d’enfouissement technique et des déchetteries dans l’élimination de ces déchets polluants.
À l’initiative de quelques importateurs réunionnais, conscients que notre situation d’insulaires engage à des responsabilités spécifiques pour la sauvegarde de l’environnement, une filière batteries s’est construite depuis quelques années, en particulier depuis l’introduction de la notion de Responsabilité élargie des Producteurs (REP). « Cette notion signifie que ceux qui mettent des produits sur le marché ont une responsabilité dans leur élimination, en fin de vie », a précisé Philippe Beutin, le Délégué régional de l’ADEME.
Le Syndicat de l’Importation et du Commerce (SICR) et le Conseil National des Professions de l’Automobile - CNPA, syndicat patronal de la branche - se sont unis pour créer, avec le soutien de l’ADEME, une Association pour le Traitement des Batteries de La Réunion (ATBR), dont l’activité a démarré en 2001. « Dans une démarche pragmatique et plutôt discrète », a souligné Christiane Albert, déléguée générale du SICR-CNPA.
« Cette filière existe ; elle repose sur l’exportation des batteries, ce qui suppose qu’on ne vienne pas réveiller des velléités de traiter les batteries sur place, ce qui représente de gros risques », estime pour sa part Frédéric Foucque, le Président du SICR. L’expérience malheureuse de la société Verdi, entre 2002 et 2005, vient rappeler la difficulté de traiter sur place certains produits dangereux.
Exportées vers des pays agréés
Créée il y a plus de 6 ans, l’ATBR est devenue pleinement opérationnelle en janvier 2006, avec le démarrage de l’export. Il a fallu pour cela valider un procédé de conditionnement, identifier les itinéraires maritimes et trouver une compagnie qui accepte de transporter ce type de produits. Les déchets dangereux ne peuvent être exportés que vers des pays signataires du Traité de Bâle, ce qui, pour le moment, élimine les pays de la région océan Indien, comme l’Inde ou l’Afrique du Sud. Les batteries partent actuellement vers la France, mais les responsables n’excluent pas qu’elles puissent aussi aller vers un autre point d’Europe, selon les aléas des routages maritimes.
ATBR est responsable de la collecte, effectuée avec le concours d’un camion spécial de la SNTM, transporteur agréé. Les batteries sont ensuite prises en charge par une société de la Zone économique de La Mare, la CRMM, qui a aménagé une plateforme de conditionnement et de stockage où elle réceptionne les bacs de collecte - ATBR a acheté 200 bacs, avec une aide publique - et prépare les conteneurs de réexpédition.
Aujourd’hui, l’association gérée par le SICR fédère 45 importateurs représentant 85% des accumulateurs mis sur le marché. Elle a collecté 1.764 tonnes de batteries en 2006-2007, y compris les opérations de déstockage effectuées l’année dernière pour le compte des collectivités. Au 1er novembre 2007, l’évaluation portait sur 1.290 tonnes collectées. Mais il reste encore environ 15% de “batteries orphelines” pour lesquelles les responsables de la filière appellent à une mobilisation plus active des pouvoirs publics et des consommateurs.
Les CET et déchetteries pas assez « citoyens »
« En 2006, devant l’épidémie de chikungunya et l’urgence d’une mesure de salubrité publique, l’ATBR a accepté de reprendre gratuitement les batteries déposées en déchetteries ; aujourd’hui, nous leur demandons de participer », explique Jean-Jacques Durou, le Président de l’ATBR. L’éco-participation est passée ces dernières années de 1,50 à 3 euros, niveau auquel l’ATBR parvient à équilibrer le poids économique de ses actions. Comme celles-ci sont financées par l’éco-taxe et les cotisations des importateurs-adhérents, l’ATBR cherche aujourd’hui à sensibiliser le plus grand nombre à la diffusion d’un label, créé avec le soutien de l’ADEME, pour aiguiller les consommateurs vers les distributeurs du réseau ATBR : une garantie que les batteries en fin de vie seront collectées par la filière et pas balancées dans une ravine ou déposées nuitamment à la porte d’une déchetterie.
Le label bleu et vert 2007-2008 permettra d’identifier les entreprises respectueuses de l’environnement. « La filière est ainsi identifiée, les importateurs sont incités à s’engager dans une démarche citoyenne, les associations de consommateurs invitées à développer l’achat éco-responsable et ainsi limiter de fait les pratiques frauduleuses ! », explique l’ATBR, qui espère plus d’engagement des consommateurs sur le choix des fournisseurs labellisés.
Mais, selon eux, il faudrait aussi un engagement plus ferme des gestionnaires des Centres d’enfouissement techniques (CET), dans les décharges - ou les déchetteries - où sont encore déversés ces produits dangereux. « Il y a une carence », estime Frédéric Foucque, selon qui « le secteur public n’a pas encore compris que son rôle citoyen était aussi engagé. Il pourrait très bien trouver une ligne budgétaire pour traiter ces batteries orphelines », ajoute-t-il.
L’Etat aussi est appelé à la rescousse - DRIRE, Douanes et Direction de la répression des fraudes - pour une chasse plus rigoureuse aux pratiques frauduleuses et plus de contrôle à l’entrée sur le territoire.
L’interception, fin 2006, de 6 conteneurs pleins de batteries usagées prêtes à être expédiées dans la région OI a rappelé la réalité des exportations illégales.
L’action de l’Etat peut aussi se faire sentir dans le contrôle des coûts de traitements, pour minimiser le surcoût lié au transfert transfrontalier de batteries qui sont moins chères sur le marché métropolitain qu’ici. « Dans la mesure où le cours du plomb est favorable, le surcoût est aujourd’hui minimisé », relève l’ATBR. Mais la disparité pourrait devenir insoutenable si le cours du plomb s’effondrait. Enfin, des accords bilatéraux peuvent être recherchés avec les pays de la zone Océan Indien pour le traitement des déchets dangereux. Aujourd’hui, la réglementation en vigueur impose une exportation vers l’Europe, et c’est une filière née d’une initiative privée de La Réunion, appuyée par l’ADEME, qui assure la continuité territoriale.
P. David
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