Après Madagascar, manifestation à Maurice

La pénurie d’eau, nouveau facteur d’instabilité politique ?

23 juin, par Manuel Marchal

Après Madagascar, Maurice connaît à son tour des manifestations liées à la pénurie d’eau. Face à la colère des habitants, le gouvernement prévoit 117 millions d’euros d’investissements pour sécuriser l’approvisionnement. Cette crise rappelle que l’eau devient un enjeu social et politique majeur dans l’océan Indien. À La Réunion, où la consommation atteint 180 litres par jour et par habitant et où 35 % de l’eau se perd dans les réseaux, le risque de pénurie est réel.

Après Madagascar depuis l’an dernier, c’est désormais à Maurice que la question de l’eau devient un sujet de tension sociale. Le samedi 20 juin, des habitants de La Caverne, à Vacoas, sont descendus dans la rue pour protester contre une interruption prolongée de l’approvisionnement en eau potable. Selon le journal « L’Express », des résidents excédés par plusieurs jours de pénurie ont bloqué la circulation afin d’alerter les autorités sur une situation devenue difficilement supportable.

Enjeu économique, social et politique majeur

Cette mobilisation illustre une réalité qui touche de plus en plus les pays de notre région : l’eau, longtemps considérée comme une ressource acquise, devient un enjeu économique, social et politique majeur.

Face à cette situation, le gouvernement mauricien a annoncé un vaste programme d’investissements. Près de 6,4 milliards de roupies mauriciennes, soit environ 117 millions d’euros, doivent être mobilisés au cours des trois prochaines années. L’objectif est de renforcer la sécurité de l’approvisionnement grâce à la construction d’un nouveau réservoir de grande capacité, de nouvelles usines de traitement, au forage de nouveaux puits et à la réparation de canalisations défectueuses.
L’importance de cet effort financier montre que les autorités mauriciennes considèrent désormais la question de l’eau comme une priorité politique essentielle.

À l’origine du coup d’État militaire à Madagascar

Dans notre région, les difficultés d’accès à l’eau peuvent rapidement prendre une dimension politique. À Madagascar depuis l’an dernier, les tensions liées aux coupures d’eau et d’électricité contribuent à alimenter un climat de mécontentement social déjà marqué par de nombreuses difficultés économiques. Le gouvernement a été renversé par un coup d’État militaire profitant de ces manifestations. Il avait également évoqué le rôle de campagnes de désinformation et d’opérations numériques venues de l’étranger dans l’amplification des tensions.

Une crise de l’eau peut-elle fragiliser la stabilité d’un pays ?

L’histoire montre que lorsque les populations n’ont plus accès à des droits essentiels comme l’eau potable, le logement, l’emploi, la confiance envers les institutions peut rapidement s’éroder. Les difficultés du quotidien deviennent alors un facteur de contestation susceptible d’alimenter des mouvements plus larges.
La Réunion n’est pas à l’abri de ces évolutions. Certes, les coupures observées actuellement restent limitées et ne provoquent pas de troubles. Mais les indicateurs sont préoccupants. La saison des pluies 2025-2026 a été l’une des plus sèches jamais enregistrées. Les nappes phréatiques diminuent, plusieurs communes sont soumises à des restrictions et les premiers plans de coupures sont déjà mis en œuvre dans certains secteurs.

Près de 180 litres d’eau potable par jour par habitant gaspillés à La Réunion

Surtout, la situation réunionnaise se caractérise par une consommation particulièrement élevée. Chaque habitant utilise en moyenne près de 180 litres d’eau potable par jour, record d’Afrique. En tenant compte des pertes dans les réseaux, estimées à environ 35 %, il faut produire près de 250 litres d’eau potable quotidiennement par personne pour satisfaire les besoins du système actuel contrôlé par des entreprises extérieures qui rapatrient les profits en France.
Alors que les épisodes de sécheresse risquent de devenir plus fréquents sous l’effet du changement climatique, la sécurisation de la ressource ne pourra pas reposer uniquement sur la construction de nouvelles infrastructures. Elle passera également par une réduction des pertes, une meilleure valorisation des eaux de pluie et une réflexion sur les usages de l’eau potable.
Les manifestations observées à Maurice rappellent qu’au-delà des questions techniques, l’eau est aussi un enjeu de cohésion sociale. Dans toute la région, la capacité des pouvoirs publics à garantir un accès durable à cette ressource essentielle est l’un des grands défis de notre temps.

M.M.

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