Environnement

La pollution pourrait être la cause du décès d’une fillette à Londres

Un procès inédit contre la pollution de l’air

Témoignages.re / 16 décembre 2020

Un procès s’est ouvert au Royaume-Uni pour savoir si la pollution de l’air est la cause de la mort d’Ella, il y a sept ans. La justice est en train d’étudier les circonstances de la mort de cette fillette de neuf ans dans une affaire qui pourrait créer un précédent.

Ella Adoo-Kissi-Debrah est décédée le 15 février 2013 d’une grave crise d’asthme après trois années de crises répétées et plus de 30 hospitalisations liées à cette maladie.

A l’issue d’une première série d’audiences en 2014, la justice a déterminé qu’elle était morte d’une insuffisance respiratoire aiguë causée par un asthme sévère. Mais ces conclusions ont été annulées en 2019 et une nouvelle enquête a été ordonnée en raison de nouveaux éléments scientifiques.

En effet, le médecin légiste, chargé d’identifier la raison du décès, a commencé à étudier les niveaux de pollution auxquels Ella a été exposée. Il déterminera s’ils ont provoqué sa mort ou non.

Si le médecin légiste conclut que la pollution de l’air a directement causé la mort d’Ella, cela constituerait une première au Royaume-Uni. D’ailleurs, la mère d’Ella, Rosamund Adoo-Kissi-Debrah, espère obtenir "enfin la raison de son décès sur son certificat de décès" et pousser les autorités à agir contre la pollution de l’air.

Cette dernière a expliqué que certains jours, Ella avait "des crises extrêmement sévères, elle arrêtait de respirer". Interrogée par l’AFP avant le début des audiences, Rosamund Adoo-Kissi-Debrah a expliqué que le reste du temps, elle "menait une vie normale".

Ella vivait à moins de 30 mètres du South circular, une voie très empruntée du sud londonien, où les niveaux de pollution pourraient être très élévés. En 2018, le professeur Stephen Holgate, expert britannique en pollution de l’air, a noté un "lien frappant" entre les hospitalisations en urgence d’Ella et les pics enregistrés de dioxyde d’azote (NO2) et de particules en suspension, les polluants les plus nocifs.

L’enquête examinera d’éventuels manquements des autorités à agir pour réduire la pollution et informer le public sur les risques pour la santé.

Lors du premier jour d’audience, le 30 novembre, l’avocat de la famille, Richard Hermer, a accusé les autorités du quartier de Lewisham de ne pas avoir prit de mesures contre la pollution dont les niveaux grimpaient.

Le conseil local a évalué la qualité de l’air de l’arrondissement, mais il a fallu trois ans pour qu’un plan d’action soit conçu et quatre années supplémentaires pour que celui-ci soit formellement adopté.

"C’est un rythme glacial dans le contexte d’une urgence de santé publique, n’est-ce pas ?" a déclaré Richard Hermer, interpellant le responsable des questions environnementales de Lewisham, David Edwards.

"Quand on regarde cela dans le contexte actuel, certainement, oui", a répondu David Edwards. Des responsables des ministères des Transports, de l’Environnement et de la Santé seront entendus, ainsi que le professeur Stephen Holgate.

D’autant plus que, les données de la mairie de Londres montre que 99% de la ville dépasse les limites recommandées par l’OMS en termes de pollution de l’air. En octobre 2020, la directrice exécutive du Clean Air Fund, Jane Burston, a relevé "que les enfants de Londres sont 4,2% plus susceptibles d’être hospitalisés pour asthme les jours où la pollution au dioxyde d’azote est élevée".