Illustration du basculement vers une société de gaspillages payés très chers par les Réunionnais

La Réunion noyée sous les déchets : à quand le retour à l’économie circulaire ?

16 février, par Manuel Marchal

À Saint-Denis, des bénévoles ramassent en quelques heures des centaines de kilos de déchets, symbole d’un modèle basé sur le gaspillage, importé par le néocolonialisme français. Autrefois tournée vers la réutilisation, La Réunion subit aujourd’hui les ravages de la société de consommation. Face à l’impasse de l’enfouissement et de l’incinération, l’économie circulaire redevient une urgence.

e week-end dernier, une vingtaine de bénévoles de l’association PropRéunion ont arpenté le centre-ville de Saint-Denis, pour une nouvelle opération « Coup de Prop ». En quelques heures, ils ont rempli une quinzaine de sacs, collectant des centaines de kilos de déchets : verre, plastique, métal, mégots, batteries. Ce constat est alarmant. Il révèle une réalité quotidienne : La Réunion est submergée par ses déchets.

Pourtant, cette situation n’a rien d’une fatalité. Avant l’importation du modèle de consommation occidental, les Réunionnais pratiquaient naturellement l’économie circulaire. Les objets étaient réparés, réutilisés, transformés. Rien ne se perdait. Cette ingéniosité populaire limitait la production de déchets et préservait les ressources.

Le gaspillage, un système rentable… mais destructeur

Aujourd’hui, le gaspillage est devenu la norme. Ce modèle profite à certains acteurs économiques à
chaque étape : lors de la vente du produit, lors du traitement des déchets, et enfin via les financements publics mobilisés pour gérer leurs conséquences. Les Réunionnais paient donc plusieurs fois : à l’achat, via la taxe sur les ordures ménagères, et par la dégradation de leur environnement. L’incinérateur est présenté comme une solution par certains. En réalité, il s’agit surtout d’une fuite en avant. Brûler les déchets ne supprime pas le problème : cela génère des résidus, des pollutions et maintient un système basé sur le gaspillage. Ce choix profite aux entreprises du traitement des déchets, mais certainement pas à la population ni à la nature.

À Madagascar, la consigne montre une autre voie

Pourtant, un autre modèle existe à proximité immédiate. À Madagascar, le système de consigne du verre est toujours en vigueur. Lorsqu’une bouteille est achetée, une partie importante de son prix — entre 25 % et 50 % — correspond à la consigne. Cette somme est récupérée lorsque le contenant est rendu.

Ce mécanisme simple change tout. Il encourage la réutilisation, réduit les déchets et crée une activité économique locale. Le consommateur économise de l’argent, les commerçants participent au circuit, et l’environnement est protégé. Une bouteille n’est plus un déchet, mais une ressource. Au lieu d’aller en France pour aller voir des incinérateurs et de coûteuses usines de recyclage vendus par des sociétés françaises qui profitent déjà largement du système néocolonial à La Réunion, les voyages d’études feraient mieux de choisir Madagascar pour essayer de comprendre comme fonctionne ce recyclage et comment l’adapter dans notre île

À La Réunion, la disparition de la consigne a aggravé la crise

Sur notre île, la consigne a disparu. Le plastique à usage unique s’est imposé. Résultat : les déchets
s’accumulent partout, dans les rues, les ravines et les océans. C’est un gaspillage à grande échelle : l’électroménager et les voitures anciennes n’est plus réparé, les banques françaises installées dans notre pays vendent des crédits pour acheter du neuf importé. Certes, certains ramasseurs collectent des bouteilles, mais leur rémunération est dérisoire. Ils doivent ramasser des centaines de contenants pour gagner quelques euros. Ce système repose sur la précarité, l’exploitation de la pauvreté et non sur la valorisation du recyclage.

Pendant ce temps, à Madagascar, la récupération des emballages constitue une véritable filière économique. Les bouteilles sont réutilisées ou transformées, créant des revenus et limitant les importations de matières premières.

Retrouver le chemin de l’économie circulaire à La Réunion

La situation actuelle n’est pas une fatalité. La Réunion peut redevenir un modèle d’économie circulaire. Cela passe par des choix politiques courageux : rétablir la consigne sur le verre, limiter les emballages inutiles, responsabiliser les importateurs en faisant payer ceux qui importent la pollution et encourager la réutilisation. Il est également nécessaire de regarder au-delà du modèle français et de s’inspirer des solutions adaptées à notre environnement régional. Madagascar démontre qu’un autre système est possible, plus juste, plus efficace et plus respectueux de la nature.

Les opérations citoyennes comme celles de PropRéunion sont essentielles. Elles sensibilisent et mobilisent. Mais elles ne suffiront pas à elles seules. La lutte contre les déchets doit devenir une priorité collective. Notre île a déjà montré sa capacité à vivre sans gaspillage. Elle peut retrouver cette voie. L’économie circulaire n’est pas seulement une alternative écologique : c’est une nécessité sociale, économique et environnementale pour l’avenir de La Réunion.

M.M.

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Messages

  • Une très bon article mais je ne suis hélas pas du tout convaincu que les choses changeront, c’est bien dommage. Enseignant j’aimais dire à mes élèves et à leurs parents responsables de leur éducation :" mais au fait, vous l’aimez vraiment votre île ?" Pour la grande majorité, c’était soit de la surprise ou bien des sourires, quand ce n’était pas du mépris ou de la résignation. J’avais alors vraiment le sentiment d’avoir affaire à de justes soit disant citoyens mais en fait, de stupides consommateurs ne ne posant jamais des questions pourtant utiles d’actualité comme :

    " que vont devenir tous ces objets techniques qui polluent de plus en plus, entre leur fabrication, le transport jusqu’ici, les énergies qu’ils ont ou consomment jusqu’à leur fin de vie, obsolescence programmée oblige. "
    " combien a-t-on employé, exploité d’enfants, sans droits, ni syndicats voire même carte d’identité pour que je puisse suivre la mode, faire des affaires, le kéké comme on dit aussi ?
    " commet ça marche ces objets ? Rien, aucune curiosité ni même émerveillement, les consommateurs veuillent faire des affaires, sans se poser des questions.

    La mode, ça se démode, n’oublions pas. Résultats effectivement, c’est une ile remplie de déchets, de plus en plus, idem en pire à Mayotte, faut pas oublier. Parfois, un se contente d’enfouir les poubelles sous une couche de terre pour les oublier, faire croire que le problème est réglé, mais même là, c’est pas sérieux, c’est du superficiel, dans les deux sens du terme. Aucun souci pour l’avenir, celui des futures générations à naitre ou qui le sont déjà, sur notre planète Terre qui souffre à cause de nous, de l’argent à tout prix, alors qu’elle est unique, c’est peut-être pour ça qu’un milliardaire américain le number one, qui est né pas loin d’ici, en Afrique du Sud, rêve de partir sur Mars pour coloniser cette planète, la nôtre devenant à ces yeux invivable. Bonne continuation, et élections à venir qui donnerait de l’espoir en un futur meilleur. Frédéric.


Témoignages - 82e année


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