Environnement

Le dépassement de la Terre

Les ressources de la nature diminuent

Jean-Michel Folio / 25 mai 2018

Les ressources biologiques de la Terre sont consommées par l’Homme et se reconstituent. Si la demande est supérieure à l’offre, alors notre planète est en situation de dépassement (ou de déficit) écologique. Le jour du dépassement de la Terre est le jour où l’humanité a épuisé toutes ses ressources régénérables en un an.

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La décision de privilégier le tout-automobile plutôt que la reconstruction du train à La Réunion accentue la contribution de notre île à la dette de l’humanité envers la nature.

En 2017 ce jour s’est produit le 2 août. Cela signifie qu’en 7 mois l’humanité a utilisé tout son capital renouvelable et que pour terminer les 5 mois restant elle a puisé dans ses réserves. Elle est dans la même situation qu’une famille qui a dépensé tous ses revenus avant la fin du mois, c’est-à-dire elle vit au-dessus des moyens dont elle dispose. Jusqu’à quand ?
Il est possible aussi d’établir le jour du dépassement par pays (en considérant que toute l’humanité a le même type de consommation que ce pays) ou par territoire. On connaît déjà celui de la France pour 2018 : il a eu lieu le 5 mai, soit 3 mois plus tôt qu’en 2017. Le dépassement de la France est à peu près le même que la moyenne de l’Europe occidentale, mais largement au-dessus de la moyenne mondiale.
Il est intéressant d’ interpréter tout cela d’une autre manière : en 2017 l’humanité a consommé au-delà des capacités de la Terre à hauteur de 1,7 planète comme la Terre. Avec le même niveau de vie que les Français pour l’année 2018, l’humanité aurait besoin de 3 planètes comme la Terre. Cette présentation souligne l’endettement de l’humanité (ou le déficit de la Terre) sur le plan écologique.

Des inégalités profondes

La dette écologique du monde a commencé dans les années 70. Elle n’est pas la même dans chaque pays. Plus un pays est développé, plus il est surendetté vis-à-vis de la Terre.

Australie : 5,2 Terres
USA : 5 Terres
Russie : 3,4 Terres
France : 3 Terres
Chine : 2,1 Terres
Brésil : 1,8 Terre
Inde : 0,6 Terre
Nigeria : 0,4 Terre
Monde : 1,7 Terre

Ces chiffres cachent d’autres inégalités. La consommation est fonction des revenus ou de la disponibilité des ressources vitales, des échanges commerciaux… Il s’en suit des inégalités sociales profondes dans les pays riches et encore plus par rapport aux pays pauvres.

Comment expliquer une telle situation ?

L’alimentation, les transports et le logement constituent les principaux postes de la consommation humaine. Ils impactent l’environnement à travers les usages de l’agriculture, l’élevage, la pêche, la forêt, l’eau, les sources d’énergie,
Les énergies fossiles sont largement utilisées sur toute la planète pour produire de l’électricité et faire tourner des moteurs, mais aussi, hélas, pour émettre des gaz à effet de serre. Ces derniers sont responsables du réchauffement climatique qui est le premier facteur aggravant de la biodiversité.
La surconsommation de viande (issue en grande partie de l’élevage industriel), les pratiques de cultures et de pêche intensives, la déforestation, les pressions exercées sur l’eau… appauvrissent de plus en plus les espaces et les ressources naturels.
Les modes de construction et de fonctionnement des bâtiments et des infrastructures, les nouveaux besoins créés par les progrès scientifiques et techniques, le gaspillage contribuent aussi à aggraver le déficit écologique.
Cette situation catastrophique est le résultat du développement capitaliste qui prévaut dans le monde (depuis la révolution industrielle). Il est basé sur l’exploitation maximum des ressources pour faire des profits en poussant les gens à consommer toujours plus et en créant des inégalités entre les êtres humains.
La démographie influe également sur la consommation. Elle constitue en particulier un enjeu dans les pays émergents et encore plus dans les pays sous-développés. Les pays du nord, où la démographie est faible, représentent 20 % de la population mondiale et consomment 80 % des ressources de la planète.

Peut-on redresser cette situation ?

Les capacités de la Terre sont limitées et il n’y a pas d’autres planètes pour s’y ravitailler. L’humanité ne peut pas faire autrement que d’adapter ses besoins aux possibilités de la Terre, sinon elle court à sa perte. Pour cela il faut s’engager dans la voie du désendettement écologique. Si on fait reculer le jour du redressement de 4,5 jours tous les ans, la dette serait remboursée en 2050. Bien entendu il ne s’agit pas pour les uns d’arrêter complètement de manger de la viande, de se déplacer en vélo ou d’éteindre la lumière à 20 heures, et encore moins pour les autres (la majorité) de rester dans l’insatisfaction des besoins essentiels.
Le premier levier se trouve dans la libération de notre consommation de la dépendance aux énergies carbonées en les remplaçant par les énergies renouvelables. Le savoir faire dans ce domaine existe et marche très bien là où il a été expérimenté.
En pratiquant une agriculture raisonnée, sans intrants (engrais, pesticides, herbicides,…), sans OGM, proche du bio, de même qu’en mangeant moins de viande les ressources naturelles s’amélioreront et également notre santé.
Le poisson est la principale source de protéines. Il faut mettre fin aux prélèvements contre-productifs. La pêche doit être organisée dans un cadre règlementaire ayant pour préoccupation première la préservation des espèces. Il faut également développer davantage l’aquaculture.
Les forêts diminuent alors qu’elles ont une fonction d’épuration de la planète. Elles doivent être remplacées systématiquement et étendues. C’est aussi une solution pour l’habitat.
L’eau est un enjeu à la fois mondial et local. Toutes les contraintes qu’elle subit doivent être levées ou corrigées.
Un tiers de la production alimentaire mondiale est gaspillé. C’est doublement indécent : d’une part pour les gens qui meurent ou souffrent de la faim et d’autre part parce que cela représente des émissions de gaz à effet de serre en trop. La lutte contre gaspillage sous toutes ses formes doit être un combat constant.
Le système capitaliste a trop duré, car il condamne l’humanité à disparaître. Il doit être remplacé par un autre système de développement et de gestion qui respecte la Terre, mais cela ne sera pas suffisant s’il n’intègre pas l’objectif de réduire partout les inégalités sociales. On appelle cela le développement durable.
Les politiques, les médias, les associations, l’école… doivent inlassablement informer sur les dangers des modes actuels de production et de vie, agir pour préserver les générations futures. Chacun de nous, à sa manière, peut apporter sa contribution à l’émergence d’une nouvelle civilisation mondiale.

Jean-Michel Folio (section communiste de Saint-Pierre)