Un accord insuffisant selon les ONG

Le secteur maritime possède un nouvel accord international pour réduire la pollution

8 juillet 2023, par temoignagesceline

Un accord pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du fret maritime, secteur très polluant, a été conclu par les pays membres de l’Organisation maritime internationale (OMI), mais le nouveau plan de réduction des émissions du secteur du transport maritime ne satisfait pas les ONG de protection des océans et de l’environnement.

"La 80e Commission de protection de l’environnement marin (MEPC) de l’Organisation maritime internationale (OMI) adopte une stratégie de réduction de gaz à effet de serre" a tweeté le 7 juillet l’OMI.

Cette instance de l’ONU a indiqué que l’accord affiche l’ambition de réduire les émissions de CO2 "d’une moyenne d’au moins 40% d’ici 2030 comparé à 2008". Le texte du compromis, consulté par l’Agence France Presse, prévoit des objectifs "indicatifs" (donc non contraignants) de réduction des émissions polluantes d’au moins 70% d’ici 2040, avec en ligne de mire au moins 80%, comparé à 2008.

Plusieurs ONG estiment le texte décevant comparé aux objectifs qui étaient visés par de nombreux pays avant la rencontre, et insuffisant pour mettre le secteur sur la trajectoire d’une réduction des émissions de CO2 dans le cadre de l’accord de Paris de 2015.

En 2018, l’OMI avait donné aux transporteurs l’objectif de réduire leurs émissions de CO2 de 50% en 2050 par rapport à 2008, ce qui était largement jugé insuffisant.

L’Union européenne a demandé lors des négociations cette semaine au siège de l’OMI à Londres un objectif plus ambitieux de zéro émission nette en 2050 avec deux étapes intermédiaires : réduction de 29% en 2030 et 83% en 2040.

La Commission européenne a salué l’accord, soulignant l’augmentation importante du niveau d’ambition par rapport à la stratégie existante de 2018. "Maintenant que l’accord est conclu, il est important de commencer la mise en œuvre dès que possible", note le communiqué.

La Belgique et les Pays-Bas, qui ont définit les ambitions européennes, ont salué l’accord. "Notre pays défend un plan ambitieux de réduction des émissions de CO₂ pour le transport maritime au niveau international", a souligné Vincent Van Quickenborne, Ministre de la Mer du Nord.

"Nous ne devons pas chercher loin les solutions pour réduire les émissions. Bien au contraire. Nous les trouvons tout près de nous, là où notre industrie belge est fortement impliquée. L’adoption de nouveaux objectifs climatiques internationaux pour le transport maritime est une étape importante vers un avenir plus vert pour le secteur maritime".

À l’inverse, nombre de gros exportateurs comme la Chine, le Brésil, l’Argentine, entre autres, ont freiné les négociations, car ils affirment que des objectifs trop stricts profiteraient aux pays riches, aux dépens des pays en développement.

Ils s’opposaient notamment au projet d’une taxe carbone, soutenu entre autre par le géant du fret maritime Maersk. Une éventuelle taxe apparait dans le projet d’accord à travers un éventail de mesures proposées pour réduire les émissions du fret.

La très grande majorité des 100.000 navires du secteur, qui transportent 90% des marchandises dans le monde, sont propulsés par du fioul lourd. Le secteur est responsable de près de 3% des émissions de CO2 mondiales, d’après l’ONU.

Le représentant au MEPC des Iles Marshall, Albon Ishoda, a estimé que la nouvelle stratégie de réduction des gaz à effet de serre "garde possible un réchauffement climatique limité à 1,5 degré, et engage le secteur vers une transition énergétique équitable". "Il reste toutefois beaucoup de travail pour s’assurer que le réchauffement plafonné à 1,5 degré (...) devient une réalité", insiste-t-il.

Les ONG écologistes critiquent cet accord. "Le niveau d’ambition de l’accord est très inférieur à ce qui est nécessaire pour garder le réchauffement climatique planétaire sous 1,5 degré, et la formulation du texte est vague et non contraignante", a déploré l’ONG Clean Shipping Coalition.

"Les représentants de la société civile sont profondément inquiets que l’OMI ait échoué à aligner le fret maritime mondial sur la limite à 1,5 degré de hausse de la température" planétaire, a souligné l’ONG Ocean Campaigns.


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