Alternative crédible à l’incinération

Oser le Calcior

14 octobre 2006

Le Calcior apparaît comme une alternative crédible à l’incinération pour traiter tous les déchets ultimes qui ne peuvent être valorisés.

Présenté voici deux ans à La Réunion, le procédé “Calcior” est, selon son inventeur, capable de traiter 100% des déchets ménagers, des boues et des graisses avec un minimum de pollution, en utilisant un réactif chimique naturel.
Ce procédé s’appuie sur une exposition des déchets à la chaux vive qui permet d’évaporer l’eau, de bloquer les métaux lourds. Au bout de quatre heures, les déchets traités sont transformés en Calcior. Composé en moyenne de 36% de matière organique et 64% de matière minérale, le Calcior peut servir d’engrais agricole, de remblais routier ou de combustible pour les cimenteries.
Max Dezier est l’auteur de ce procédé. Il a été récompensé en 2001 par la médaille d’or au concours Lumière. C’est le prix le plus couru dans le domaine de l’innovation industrielle. Il a ainsi mis au point une unité, fixe ou mobile, de traitement Calcior composée d’un bâtiment de 3.000 m2 pour un traitement de 10 à 15 tonnes par heure, en fonction du tri initial, soit 50.000 à 75.000 tonnes de déchets par an à un coût de 5,2 millions d’euros. "Pour une même quantité de déchets, le coût de l’incinération est d’environ 56 millions d’euros", estime-t-il. Ce type d’usine est totalement modulable. Outre ses qualités environnementales, ce procédé se montre aussi très économique et rapidement opérationnel. Les coûts d’exploitation et l’investissement sont faibles. L’utilisation d’une machinerie simple et fiable permet l’emploi d’un personnel non hautement qualifié.

Un procédé déjà opérationnel

Malgré un certain succès international avec la vente d’une quinzaine d’unités en Italie, au Bénin, en Côte d’Ivoire, en Roumanie, en Chine, en Ukraine, en Lituanie, en Yougoslavie, en Libye, en Tunisie, Calcior France ne se développe pas sur son territoire. Les promoteurs de l’invention expliquent ces difficultés par la concentration dans les mains de deux multinationales de la gestion des déchets en France, et aussi par un désintérêt de l’ADEME.
Mais pour la CNIID (Centre National d’Information Indépendante sur les Déchets), des réserves s’imposent sur le Calcior qui n’est pas, selon elle, une solution non polluante. La première pollution vient du réactif utilisé, à savoir la chaux. Son extraction est énergivore, elle contribue à rejeter du CO2 dans l’atmosphère et par conséquent contribue à l’effet de serre. Il est aussi nécessaire d’apporter 3 tonnes de réactifs pour traiter 15 tonnes de déchets qu’il faut transporter sur le site, affirme la CNIID.
Autre grief : la température atteinte au cours de la réaction chimique est insuffisante pour détruire tous les déchets toxiques. Et selon la CNIID, les métaux lourds vont se retrouver dans le produit final qui est destiné à être réutilisé dans le BTP.

Quelques réserves

Troisième remarque de la CNIID : "Ce procédé consiste à traiter les déchets en mélange et n’implique aucun tri en amont, ce qui est déresponsabilisant pour les citoyens et contraire à l’esprit d’un traitement écologique". L’organisation préconise un tri préalable à toute opération de traitement plus sophistiquée, ce qui d’une part rend le traitement plus efficace, et d’autre part rend le citoyen acteur de la protection de l’environnement.
En conclusion, la CNIID estime que le Calcior doit être réservé à la gestion des déchets ultimes. Le compostage pour les déchets verts, le réemploi et le recyclage doivent remplir leur rôle dans la valorisation.
Au-delà de ces réserves, le procédé Calcior apparaît de toute façon bien plus respectueux de l’environnement que l’incinération. De plus, il est sur le papier bien plus économique. C’est donc une alternative crédible à promouvoir.


Le procédé Calcior

Le procédé consiste à incorporer aux déchets préalablement triés et broyés, des boues et graisses de stations d’épuration ainsi que, par une adjonction mécanique, un mélange d’oxyde, d’hydroxyde de calcium et d’un adjuvant réactif liquide, permettant d’opérer sur les déchets une déshydratation et un blocage des métaux lourds ainsi que le traitement des ammoniaques. Ce mélange crée une réaction physico-chimique, exothermique naturelle, pouvant atteindre 250 à 300° C, sans lumière et sans oxygène et ce en 20 minutes.
Après un second broyage ainsi qu’une seconde granulométrie, on obtient au bout de 4 heures un produit solide, hydrophobe et inerte : le Calcior. Le procédé provoque une réduction de volume de 50% et une réduction du poids de 25%. Le procédé élimine les germes pathogènes, ne produit aucune pollution liquide ou gazeuse et bloque les métaux lourds par modification moléculaire et encapsulage. Composé en moyenne de 36% de matière organique et 64% de matière minérale, le Calcior peut servir d’engrais agricole, de remblais routier ou de combustible pour les cimenteries.
Max Dezier fournit une usine clé en main.


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