Initiative prioritaire sur les espèces envahissantes

Pour l’avenir de notre biodiversité ultramarine

19 novembre 2005

Il faut préserver la diversité de la nature en Outre-mer. Hier, la question se portait essentiellement sur les espèces envahissantes, qui menacent notre biodiversité.

Doit-on s’inquiéter pour notre biodiversité ? Alors que les Régions ultrapériphériques françaises (RUP) comptent 80% de la biodiversité française, les experts constatent l’éminente disparition de certaines espèces. Pourtant, nos régions ultramarines concentrent un patrimoine naturel d’importance mondiale, avec "3.450 plantes vasculaires et 380 vertébrés unique au monde". Hier, une réunion technique s’est tenue au Conseil régional, réunissant universitaires, techniciens et politiques, pour la mise en œuvre d’un programme outre-mer 2005-mi 2008 du Comité français pour l’union internationale pour la conservation de la nature (UICN), afin de répondre aux invasions biologiques à La Réunion (voir encadré) . C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la Région Réunion apporte son soutien à ce projet, aux côtés des Ministères de l’Ecologie et de l’Outre-mer.
Pour Philippe Berne, vice-président du Conseil régional, président de la Commission du développement durable, il importe de dresser l’état des lieux général des espèces envahissantes dans les collectivités d’Outre-mer, en veillant à "améliorer la connaissance et la sensibilisation sur les menaces liées aux espèces exotiques envahissantes ; proposer des méthodes de prévention, réglementaire et organisationnel, et de réaction rapide ; proposer des avancées opérationnelles sur le plan juridique ; et fournir aux acteurs de terrain un outil de travail de référence, incluant une base de données et des fiches de méthodes pour l’évaluation des impacts, l’intervention et la réhabilitation", comme l’indique un document de la collectivité. Selon lui, une quinzaine d’espèces d’oiseaux, de chauve-souris ont disparu de La Réunion, et donc du monde entier.

En association avec des chercheurs réunionnais

C’est Yohann Soubeyran, du comité français de l’UICN, qui aura en charge d’étudier les “espèces envahissantes d’Outre-mer”. Basé à Saint-Pierre de La Réunion, grâce à la Région Réunion, qui est la seule collectivité d’Outre-mer à financer, cet expert fera appel aux experts réunionnais qui travaillent sur le sujet.
On sait que le Conseil régional met un point d’honneur à soutenir la recherche dans le domaine des invasions biologiques, en attribuant des bourses de doctorants ou en finançant des programmes de recherche (CIRAD, ONF, Cabi Bioscience). Les études se sont portées sur l’élimination de plantes exotiques, comme les Raisin marron, Troène de Ceylan, Frêne, Longose, Ajonc d’Europe, menaçant nos espèces endémiques, pour un montant total de 877.988,94 euros.
En créant un réseau d’action à l’échelle de l’Outre-mer, la collectivité souhaite ralentir, voire mieux éradiquer les espèces les plus dangereuses. Bien évidemment, l’instance élargira ces recherches scientifiques à la faune introduite. Nos pétrels, nos tuit-tuit, nos papangues, nos papillons, et encore tant d’autres ne s’en porteront que mieux. Il est impératif de dire que ces espèces endémiques, et notamment le tuit-tuit, sont dans une situation critique de disparition. Il prime, pour nos paysages authentiques, notre faune riche, d’identifier les espèces envahissantes et d’établir un dispositif juridique ferme, pour préserver notre biodiversité réunionnaise.

Bbj


Définitions

UICN
Créée en 1949, à Fontainebleau, cette instance, reconnue mondialement pour son action en faveur de la nature, a dressé une liste rouge des espèces les plus menacées et détient une base de données mondiales sur les espèces envahissantes. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) compte en son sein de nombreux scientifiques, chacun tout autant éminent. 75 d’entre eux viennent d’ailleurs de l’Outre-mer. En 2003, l’UICN rendait un rapport sur la biodiversité de l’Outre-mer. Sans cesse réactualisées, ses données seront à moyenne échéance mises en ligne sur Internet. Par ailleurs, ce réseau de spécialistes constitue une force de recommandations auprès des pouvoirs publics, des associations et du secteur privé. La population est particulièrement concernée, notamment celle qui importe des espèces potentiellement nuisibles pour notre biodiversité. Comme les furets, et diverses espèces d’oiseaux. Il y a plus d’une vingtaine d’années, personne ne s’était préoccupé de l’arrivée du merle de Maurice sur notre île. Aujourd’hui, c’est le calvaire des producteurs fruitiers.

Espèce exotique envahissante
Selon la Liste Rouge de l’UICN, les espèces exotiques envahissantes constituent la 3ème menace sur la biodiversité mondiale. À La Réunion, 2.200 plantes ont été introduites, dont plus de 100 particulièrement envahissantes. Mais qu’est-ce qu’une espèce exotique envahissante ? C’est une espèce "dont l’introduction, l’installation et la propagation menacent les écosystèmes, les habitats ou les espèces indigènes avec des conséquences environnementales et/ou économiques et/ou sanitaires négatives. Introduites volontairement ou accidentellement, elles concernent l’ensemble des domaines terrestres et marins, avec une gravité particulière pour les écosystèmes terrestres insulaires", indique un document du Comité français de l’UICN.


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