Le développement durable à Cilaos

Pour un tourisme participatif

2 juin 2006

Besoin d’oxygène ? À Cilaos, l’association des Trois Salazes accueille tous les publics sur trois sites et invite à une réflexion “transversale et interactive” sur le développement durable : ou comment concilier durablement fréquentation touristique, développement économique et respect du milieu naturel. La preuve par l’exemple.

La découverte du lieu de vie installé sur le plateau des Trois Salazes, à Cilaos, ne peut laisser indifférent tant la cohérence des actions et la réflexion des participants sur l’intégration de leurs actes au cadre de vie s’appuient sur une générosité de l’accueil et du sens de l’échange. L’aventure commence il y a dix ans avec l’arrivée d’un diable d’Irlandais, Ian Winkless, qui, derrière ses allures de loup de mer, cache un attachement profond au terroir.
La formation de l’association et du projet d’agriculture alternative est née de sa rencontre avec la famille de Christophe Hoarau, dit Loulou, sur le plateau des Trois Salazes. Aujourd’hui, Ian est le plus créole des Irlandais de La Réunion, marié à Nathalie (une fille Hoarau) et père de cinq enfants élevés dans le respect de la nature et la recherche d’un mode de vie durable.

Un chant d’amour à Cilaos

Tout a commencé avec la remise en question des pratiques culturales historiques qui ont abouti à l’érosion des sols, dans le cirque. L’exposition visible à la Maison du tourisme de Cilaos montre très clairement comment l’association, constituée en 1998, a réhabilité les sols principalement par des plantations d’arbres caducs, fruitiers ou non, qui ont régénéré l’humus et par de nouvelles techniques d’irrigation mettant fin au “lessivage” - l’un des premiers facteurs d’érosion horizontale. Ils ont ensuite planté de nombreuses espèces de plantes aromatiques et médicinales, créant à Cilaos une filière PAM, en coordination avec l’APLAMEDOM dont Ian Winkless est un des membres. À la Maison du tourisme, les visiteurs peuvent voir aussi cette semaine le film “Sur l’Ilet des Trois Salazes”, une très belle réalisation de jeunes de l’ILOI (Institut de l’image de l’océan Indien) avec Alain Dufaud. On y retrouve les acteurs du projet dans un échange à plusieurs voix : conçu comme un hommage au patrimoine culturel cilaosien, c’est aussi un chant d’amour à la terre de Cilaos et à ses habitants.

Le sourire de Bouddha

Le premier site visible à Cilaos, avant même d’arriver à la Maison du tourisme, est la Tisanerie : à l’entrée de la ville (à côté de la boulangerie du Cirque), Karl, large sourire sous son bonnet rasta, introduit les visiteurs dans une boutique sans pareille, avec son sol jonché de paille vétyver et sa statue de Bouddha au sourire énigmatique. C’est lui qui instruit les passants sur les vertus des plantes aromatiques et médicinales du Cirque. L’association est l’un des acteurs montés au créneau l’année dernière pour protéger les droits d’exploitation des cultivateurs réunionnais des appétits des consortiums pharmaceutiques mondiaux.
Au-dessus de la boutique, à l’étage, est le siège de l’association, le centre nerveux des nombreux programmes et projets déployés dans une logique de transversalité et d’interaction : transversalité par la solidarité que les différents secteurs (environnement, social, agriculture, culture et tourisme) entretiennent les uns avec les autres ; et interactivité par la relation que les bénévoles instaurent avec leurs publics.

Économie solidaire en actes

Et pour comprendre comment tout ce réseau s’est mis en place, rien de tel qu’une petite marche jusqu’au plateau des Trois Salazes, par la route de l’Ilet à Corde. Des panneaux ONF indiquent le chemin de randonnée (GR1) vers Mafate par le col du Taïbit. Après 30 à 45 minutes d’escalade, l’Ilet se signale par une petite guérite où Francky prépare les tisanes et oriente vers les activités de l’association : la serre, le compostage et les murs vivants, l’atelier anti-érosion et le séchoir des plantes aromatiques.
Pendant toute l’année, le site est visitable et visité par des collégiens, des élèves des lycées agricoles de Saint-Paul et Saint-Joseph, des classes HLM (Handicapés légers mentaux), des stagiaires du monde entier - ils ont reçu l’an dernier des Canadiens et des Bulgares.
Une quinzaine de bénévoles vivent et travaillent en permanence, dans une économie de subsistance et de solidarité. Les projets de l’association, notamment celui du tourisme participatif et celui rattaché à la filière des plantes aromatiques et médicinales - dont Ian Winkless est membre du comité régional scientifique et technique - devraient donner avec les années un vrai bon bol d’oxygène à l’association, qui a accueilli en 2005 près de 20.000 visiteurs et a été parmi les acteurs touristiques les moins touchés par la crise sanitaire du chikungunya, en raison de leur moindre dépendance envers les circuits touristiques extérieurs.
Depuis quatre ans en effet, le bouche à oreille leur a attiré une fréquentation majoritairement créole - un signe pour l’association que "le regard des Réunionnais sur leur patrimoine naturel est en train de changer".

P. David


Le programme de la semaine

- Découverte de la vie des habitants de l’Ilet : visites pédagogiques des ateliers pratiques, éducatifs et ludiques sur les thèmes de la fabrication des tisanes, de l’agriculture durable et des énergies renouvelables.

- Exposition “Vivre ensemble autrement” à la Maison du tourisme de Cilaos (aux horaires d’ouverture) ; projection du film “Sur l’Ilet des Trois Salazes”.

- Exposition “La tisanerie à travers le temps, une tradition durable” à la Tisanerie de Cilaos (9h-12h et 13h30 -16h30)

- Dimanche 4 juin, à partir de 9h : conférence-débat animée par Ian Winkless sur “Le développement durable : l’avenir de La Réunion”, à la salle multimédia de Cilaos.


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Témoignages - 82e année


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