Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
180 litres d’eau potable par jour et par personne : droit dans le mur
27 mai, par

Les premières coupures d’eau de la saison sèche touchent déjà Cilaos, Saint-Joseph et bientôt Les Avirons. Si la sécheresse aggrave la situation, elle révèle surtout les limites d’un système où chaque habitant consomme en moyenne 180 litres d’eau potable par jour, tandis que 35 % de l’eau produite se perd dans les fuites. Il faut ainsi produire près de 250 litres par personne quotidiennement. Cette pénurie interroge le modèle de gestion de l’eau confié principalement à des sociétés étrangères.
Les coupures d’eau se multiplient dans plusieurs communes de La Réunion. Derrière les annonces techniques et les travaux programmés se cache une réalité : la ressource en eau devient insuffisante pour alimenter durablement un système fondé sur une consommation très élevée d’eau potable et sur des pertes importantes dans les réseaux. Chaque habitant consomme en moyenne 180 litres d’eau potable par jour, un record en Afrique alors que 2 litres suffisent, tandis que 35 % de l’eau produite se perd dans les fuites. Il faut ainsi produire près de 250 litres par personne quotidiennement.
À Cilaos, la distribution d’eau potable sera interrompue ce mercredi 27 mai à partir de 8 heures à Palmiste Rouge afin de permettre des travaux de réhabilitation. Le retour à la normale est annoncé en fin de matinée.
Dans le Sud, Sudéau a également annoncé une modification des tours d’eau à Saint-Joseph. Depuis ce mardi 26 mai, plusieurs secteurs de Petite-Crête sont privés d’eau chaque nuit entre 21 h 30 et 4 h 30. Comme lors de nombreuses interruptions de service, le marchand d’eau recommande de ne pas consommer immédiatement l’eau du robinet lors du rétablissement de la distribution. Pour la boisson et la préparation des repas, il est conseillé d’utiliser de l’eau embouteillée ou de faire bouillir l’eau pendant au moins trois minutes. Donc l’eau vendue à prix d’or n’est plus potable.
Aux Avirons enfin, des perturbations, voire des interruptions de distribution, sont prévues à partir du 3 juin dès 6 heures du matin.
Ces annonces interviennent dans un contexte particulièrement tendu. La saison des pluies 2025-2026 a été classée par Météo France comme la deuxième plus sèche depuis le début des relevés. Les rivières voient leurs débits diminuer, les nappes souterraines baissent rapidement et plusieurs communes de l’Ouest sont désormais soumises à des restrictions renforcées.
Mais la pénurie ne s’explique pas seulement par le manque de pluie. Elle révèle également les limites d’un modèle de gestion de l’eau importé d’Europe et appliqué à un territoire insulaire tropical aux caractéristiques très différentes.
À La Réunion, chaque habitant consomme en moyenne environ 180 litres d’eau potable par jour. En tenant compte des pertes dans les canalisations, estimées à près de 35 %, il faut produire environ 250 litres d’eau potable quotidiennement pour satisfaire les besoins créés par le système actuel. Un tel niveau de production est un record en Afrique.
Pour mesurer l’ampleur de cette consommation, il suffit d’imaginer qu’une seule personne utilise chaque jour l’équivalent de neuf bidons de 20 litres d’eau potable. Pour une famille de quatre personnes, cela représente trente-six bidons quotidiens. Pourtant, les besoins vitaux d’un être humain sont évalués à seulement quelques litres d’eau potable par jour.
Le problème est que cette eau traitée à grands frais est utilisée pour presque tout : évacuation des toilettes, nettoyage des sols, lavage des véhicules, arrosage des jardins ou remplissage des piscines. Dans le même temps, une part considérable de la ressource disparaît dans les fuites des réseaux avant même d’arriver au robinet.
La multiplication des coupures apparaît ainsi comme le symptôme d’une crise plus profonde. La Réunion détient des records mondiaux de pluviométrie. Mais l’essentiel de cette eau gratuite rejoint rapidement l’océan faute de dispositifs suffisants de stockage et de récupération.
Les coupures annoncées à Cilaos, Saint-Joseph et aux Avirons pourraient donc n’être qu’un avertissement. Face à la sécheresse et à l’augmentation des besoins, la question n’est plus seulement de produire davantage d’eau potable, mais de repenser les usages, réduire les pertes et valoriser les ressources alternatives comme la récupération des eaux de pluie.
Car sans changement profond, les restrictions d’aujourd’hui seront le quotidien de demain, accentuant les inégalités entre les riches qui gaspillent et les pauvres privés d’eau ce qui ne manquera pas de provoquer de légitimes révoltes contre le système néocolonial.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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