La CTAP pour régler la précarité
27 juillet, parCrise des PEC à La Réunion
Pénurie d’eau à La Réunion
27 juillet, par

Les coupures d’eau nocturnes décidées à Saint-André ne constituent pas un simple épisode lié au déficit de pluie. Elles révèlent une transformation profonde du climat réunionnais, mais aussi les limites d’un modèle de développement fondé sur le gaspillage d’une ressource devenue précieuse.
Les communes de l’Est — Saint-André, Bras-Panon, Salazie, Saint-Benoît — ainsi que le Sud sauvage, notamment Saint-Joseph, ont toujours été considérées comme le « château d’eau » de La Réunion. Arrosés par les alizés, ces territoires alimentaient les nappes phréatiques, les rivières et les captages qui fournissent une grande partie de l’île en eau potable. Aujourd’hui, ils figurent pourtant parmi les secteurs les plus touchés par les restrictions.
Le préfet a placé Bras-Panon, Saint-André, Saint-Benoît et Saint-Joseph en alerte renforcée, tandis que Salazie est désormais en alerte. Voir les principaux réservoirs naturels de l’île manquer d’eau montre l’ampleur de la crise.
Cette situation résulte de plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement. Le dérèglement climatique modifie le régime des pluies et réduit la recharge des nappes souterraines. À cela s’ajoutent des décennies de sous-investissement dans les réseaux : plus de 30 % de l’eau potable produite disparaît dans des canalisations vétustes avant même d’arriver chez les usagers.
Mais la crise est aussi celle d’un modèle de consommation. Chaque Réunionnais utilise en moyenne près de 180 litres d’eau potable par jour, alors que les besoins physiologiques d’une personne sont de l’ordre de deux litres quotidiens pour boire. Une eau traitée à grands frais jusqu’à atteindre la qualité potable sert pourtant massivement à des usages qui ne l’exigent pas : évacuation des toilettes, nettoyage des sols, lavage des véhicules, arrosage des jardins ou encore remplissage des piscines. Cette utilisation d’une ressource de haute qualité pour des usages ne nécessitant pas une eau potable illustre les contradictions d’un système qui privilégie l’abondance apparente plutôt que la sobriété.
Les appels à économiser l’eau sont nécessaires, mais ils ne suffiront pas. Réduire les fuites, développer la réutilisation des eaux usées traitées, récupérer les eaux de pluie et réserver l’eau potable aux usages qui l’exigent réellement sont devenus des impératifs. Lorsque le « château d’eau » de La Réunion est lui-même confronté à la pénurie, c’est toute l’organisation de la gestion de cette ressource essentielle qui doit être repensée à la lumière du changement climatique.
M.M.
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