180 litres d’eau potable par jour et par personne : droit dans le mur

Sécheresse précoce : les limites d’un modèle occidental de consommation de l’eau à La Réunion

19 mai, par Manuel Marchal

À La Réunion, chaque habitant consomme en moyenne 180 litres d’eau potable par jour, alors que 2 litres suffisent aux besoins vitaux. Avec les pertes dans les réseaux, il faut produire environ 250 litres par personne quotidiennement. Ce modèle de gaspillage montre ses limites au moment où notre pays subit une sécheresse historique. Face à des réserves en baisse et des restrictions renforcées, la question d’une gestion plus sobre et adaptée devient incontournable.

Alors que La Réunion fait face à une sécheresse exceptionnelle, une question devient incontournable : comment une île aux ressources limitées peut-elle continuer à fonctionner avec un modèle de consommation aussi élevé ? En moyenne, chaque habitant utilise environ 180 litres d’eau potable par jour. Si l’on tient compte des pertes dans les réseaux — près de 35 % de l’eau produite disparaît dans les fuites — il faut en réalité produire près de 250 litres d’eau potable quotidiennement par personne pour satisfaire les besoins du système actuel.

Qui porterait 36 jerricans de 20 kilos par famille par jour ?

Ces volumes donnent la mesure du problème. Cent quatre-vingts litres correspondent à neuf bidons de 20 litres d’eau transportés chaque jour pour une seule personne. Pour une famille de quatre personnes, cela représenterait 36 bidons à porter quotidiennement. Cette image illustre l’ampleur d’un gaspillage devenu banal.
Or les besoins vitaux d’un être humain sont estimés à environ deux litres d’eau potable par jour. Tout le reste sert à des usages qui ne nécessitent pas forcément une eau traitée à un niveau aussi élevé : toilettes, nettoyage, arrosage, lavage ou remplissage de piscines. Ce système, hérité d’un modèle importé fondé sur l’abondance et la vente de volumes d’eau, montre aujourd’hui ses limites.

Intrusion d’eau salée dans les nappes

Dans ce contexte, la sécheresse actuelle agit comme un révélateur. Alors que la saison des pluies, de novembre à avril, est normalement celle où les réserves se reconstituent, La Réunion connaît depuis le début de l’année 2026 un déficit pluviométrique exceptionnel. Les cours d’eau du Nord et de l’Est voient leurs débits chuter, les nappes souterraines atteignent des niveaux critiques dans l’Ouest et les réserves superficielles diminuent rapidement.
Selon Météo France, la saison des pluies 2025-2026 est la deuxième plus sèche enregistrée depuis 1960, avec près de 45 % de pluie en moins par rapport aux normales. Malgré les fortes précipitations de fin 2025, les réserves n’ont pas pu se reconstituer durablement. L’absence de dépressions tropicales importantes et des épisodes pluvieux trop irréguliers ont aggravé la situation.
L’Ouest est particulièrement touché. La nappe du Port se recharge trop lentement et les premiers signes d’intrusion d’eau salée apparaissent déjà. Si les seuils critiques étaient franchis, la qualité de la ressource pourrait être durablement compromise.

Lutte immédiate contre les grands gaspillages

Face à cette situation, le préfet de La Réunion a renforcé les restrictions d’usage de l’eau. Le niveau d’alerte renforcée est activé au Port et à La Possession, tandis que plusieurs autres communes sont placées en alerte ou en vigilance.
Pour les particuliers et les collectivités, certaines pratiques sont désormais interdites : arrosage des jardins, lavage des véhicules ou remplissage des piscines. Les agriculteurs doivent également réduire leurs prélèvements.
Mais ces mesures d’urgence ne suffiront pas si le modèle de consommation reste inchangé. Car derrière la sécheresse, c’est aussi la question du gaspillage structurel qui est posée.

Suivre l’exemple des Comoriens pour gérer notre eau

Dans le même temps, La Réunion fait pourtant partie des territoires détenant des records mondiaux de pluviométrie. Chaque année, des quantités considérables d’eau tombent gratuitement du ciel. Mais une grande partie de cette ressource est perdue : elle ruisselle sur les routes, les parkings et les surfaces bétonnées avant de rejoindre la mer, sans être réellement récupérée ni valorisée.
Or l’eau de pluie pourrait couvrir de nombreux usages du quotidien. Elle peut être utilisée pour le nettoyage, l’arrosage, les sanitaires ou encore la douche. Avec des précautions simples comme l’ébullition, elle peut également servir à certains usages domestiques complémentaires. Dans tous les pays voisins, cette pratique fait déjà partie du quotidien.
Aux Comores notamment, de nombreuses habitations sont équipées de systèmes de récupération des eaux de toiture. L’eau est stockée dans des citernes installées sous les maisons. Il suffit ensuite d’ouvrir une trappe pour disposer d’une réserve utilisable gratuitement pour la plupart des besoins. Un fonctionnement simple, adapté au climat tropical et permettant de réduire fortement la dépendance à l’eau potable traitée et payée très cher.
À l’échelle de La Réunion, d’autres solutions existent également. Depuis longtemps, ple PCR propose la création de retenues collinaires dans les hauts de l’île. Ces infrastructures permettraient de stocker une partie des eaux de pluie qui se perdent aujourd’hui dans l’océan. Les volumes ainsi récupérés pourraient être utilisés pour l’agriculture, l’arrosage ou d’autres usages ne nécessitant pas d’eau potable.
L’intérêt de ces réserves est majeur : elles constitueraient une ressource complémentaire sans ponctionner davantage les nappes ou les rivières déjà fragilisées. Dans un contexte de changement climatique et de sécheresses plus fréquentes, ces solutions pourraient contribuer à sécuriser sans continuerà enrichir des sociétés étrangères.

M.M.

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