Environnement

Seulement 13% d’autonomie énergétique à La Réunion : l’urgence d’une autre politique

Semaine du développement durable

Manuel Marchal / 5 juin 2019

Dans le domaine de l’autonomie énergétique, La Réunion ne progresse plus depuis 2010, date de la fin de la présidence de Paul Vergès à la Région. En effet, moins de 15 % de l’énergie consommée dans notre île provient de sources renouvelables, indique le Bilan énergétique de La Réunion pour 2018. Le reste, ce sont les carburants importés pour les centrales d’EDF, les automobiles et les avions ainsi que le charbon utilisé par Albioma dans ses centrales. C’est la conséquence d’une politique qui tourne le dos au développement durable pour favoriser d’autres intérêts. Il est grand temps de rattraper le temps perdu en relançant la marche vers l’autonomie énergétique, créatrice de milliers d’emplois et qui remettra La Réunion à la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter : celle d’un exemple international dans le domaine de la transition énergétique. Dans ce sombre tableau, la politique menée à Sainte-Suzanne appliquant le concept de « ville à énergie positive » est une lueur d’espoir.

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La part des énergies renouvelables (en vert) dépassait à peine 15% à La Réunion en 2017. L’essentiel de la consommation énergétique est assurée par des sources polluantes : pétrole et charbon.

Quand il est question d’autonomie énergétique, un chiffre supérieur à 30 % est souvent annoncé. Bien qu’il paraisse élevé par rapport à d’autres pays ce chiffre stagne et ne reflète pas la réalité car il se limite au taux de couverture de la production d’électricité par les énergies renouvelables. La réalité est toute autre car il faut prendre en considération la consommation d’énergie par les transports. Et d’après le Bilan énergétique de La Réunion 2018, seulement 13 % de l’énergie consommée à La Réunion vient des énergies renouvelables. Le reste est du pétrole et du charbon importés qui coûtent chaque année plusieurs centaines de millions d’euros qui seraient mieux dépensés en investissements créateurs d’emplois à La Réunion.

Jusqu’en 2010, La Réunion était sur la voie de l’autonomie énergétique pour 2025. Le tram-train et la couverture de la route des Tamarins par des panneaux solaires devaient amorcer une nouvelle politique des transports, avec des véhicules fonctionnant à l’électricité. Cette électricité devait être produite par des énergies renouvelables.

Plusieurs projets étaient sur les rails pour atteindre cet objectif. Il était notamment question de remplacer les centrales polluantes d’EDF et d’Albioma par l’énergie thermique marine et la géothermie. La diffusion de technologies de stockage sous forme de batteries ou de retenues d’eau devait améliorer l’efficacité des énergies intermittentes que sont le soleil, le vent et la houle.

La Réunion avait « un siècle d’avance »

En 2008, la Région Réunion avait organisé deux événements majeurs autour de cette question. Tout d’abord un séminaire sur le co-développement durable dans l’océan Indien. Ses conclusions préconisaient de créer sur le modèle de l’ARER une Agence de l’énergie océan Indien, avec des transferts de technologie vers d’autres îles dont Madagascar. C’était un colloque en partenariat avec l’UICN et l’Union européenne sur le thème de la biodiversité et du changement climatique dans les îles.

Venu pour l’ouverture, Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, avait vu des initiatives soutenues par la Région et pris connaissance du projet d’autonomie énergétique. Il n’avait pas hésité à dire que La Réunion avait « un siècle d’avance ». La conclusion du colloque avait réaffirmé l’autonomie énergétique de La Réunion pour 2025, et lancé l’idée de l’autonomie énergétique des autres îles pour 2050. Un an plus tard à la COP15, Conférence de Copenhague sur le climat, le président du GIEC avait souligné que ce qui se faisait à La Réunion est formidable.

En 2010, les dirigeants de la Fédération socialiste ont préféré donner la présidence de la Région à l’UMP Didier Robert plutôt que d’appliquer la règle de la fusion ou du désistement républicain au profit de l’Alliance qui était en tête au 1er tour des régionales avec plus de 30 % des suffrages. Didier Robert n’avait pas fait mystère de sa volonté de démolir des projets. De ce choix a découlé un changement radical de politique. Une fois élu, Didier Robert a fait stopper le chantier du tram-train, un projet qui bénéficiait d’un réel soutien populaire.

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87 % de dépendance au pétrole et au charbon

L’argent prévu pour financer le tram-train a été détourné vers un projet de route en mer qui est aujourd’hui dans l’impasse faute de matériaux de construction disponible. Le prototype de centrale devant produire de l’électricité à partir de l’énergie thermique de la mer a été transféré en Martinique. Les importations d’automobiles battent des records, auxquelles s’ajoutent celles de camions achetés par ceux qui ont cru qu’ils allaient pouvoir faire d’important profits grâce au chantier de la route en mer. Un élan s’est brisé. Et ce n’est pas la centrale thermique lancée par Albioma et le projet de remplacement du charbon par de la biomasse qui va relancer l’autonomie énergétique. En effet, dans les deux cas, la matière première est importée puis amenée à la centrale par des moyens de transport fonctionnant avec des énergies fossiles.

Le bilan énergétique 2018 de La Réunion met donc en évidence le résultat d’une politique tournant le dos à l’autonomie énergétique, avec seulement 13 % de taux de couverture de la consommation par des énergies renouvelables. La Réunion est donc dépendante à 87 % des énergies fossiles, qui polluent l’atmosphère et contribuent au réchauffement climatique.

Dans ce sombre tableau, la politique menée à Sainte-Suzanne appliquant le concept de « ville à énergie positive » est une lueur d’espoir.

M.M.



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Messages






  • Vivement l’autonomie énergétique sur l’île de la Réunion, cela servira d’exemples pour les autres, voisines et plus lointaines, il y en a pas mal de part le monde. Corse comprise. Quand on pense qu’on préfère, continue d’importer, donc de polluer pour importer du fioul que l’on va bruler, donc polluer encore un peu plus mais cette fois sur place, pour transformer sa chaleur en énergie électrique qui va être en partie perdue en ligne pour au final chauffer de l’eau, dans des cumulus ou des marmites à riz ! Sans oublier les 4X4, suv qui fument, polluent envoient leurs micro particulescancérigènes dans nospoumons ! A quand les vélibs, les trottinettes électriques ici ?

    Vraiment, ce n’est pas raisonnable de poursuivre ainsi. Vive les énergeis renouvelables, locales, gratuites, propres et inépuisables. Maintenant et de plus en plus, on sait faire. C’est comme pour les transports publics, seuls 5% des gens les prennent, soit dix fois moins que la moitié, qui dit mieux pour protéger la planète ? Ils devraient être gratuits, ce serait encore mieux, comme pourquoi pas les futurs téléphériques et les trains et autres tramways en projets. C’est possible.

    Soyons optimistes quand on pense à l’avenir même si certains sont résignés ou pire encore, assez individualistes, narcissiques, quel dommage, Demain jeudi, (jour du débarquement en Normandie), il y aura une des rencontres prévues au sujet du tramway, ce sera au Lycée Leconte de Lisle. C’est gratuit et sans doute interessant. En savoir davantage et pouvoir donner son avis, n’est-ce pas ? Arthur.

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  • Peut-on croire à ce rêve ? Qu’est ce qu’on entend par énergie renouvelable ? Hydraulique la totalité exploitable déjà atteinte, la bagasse ! on ne produira pas plus au fil du temps le part bagasse sera en baisse proportionnellement à l’évolution de la consommation. Eolienne qui ne tient que grâce aux aides de l’état, subventions régionales, prix d’achat énergie fournie imposé par l’état soit supérieur au prix de vente d’edf. Ceci idem pour les panneaux solaires ou dans une vingtaine d’années si cela tient aux intempéries on va se demander que et comment faire pour éliminer les déchets des matériaux composites. au sujet des éoliennes si on veut parler en même temps du réchauffement de la planète. Le choix non critiqué à ce jour soit depuis environ 40 ans de l’emplacement de la centrale hydraulique "Rivière de l’Est" . Là ou est jetée à la mer toute cette eau et contribuant à l’assèchement des sols des eaux de la rivière, soit l’anéantissement des végétaux et animales (A un plus de 50 ans demandez donc c’était quoi les bichiques de cette rivière). Entre le choix de la centrale à une altitude pour rendre cette eau à la terre et tout ce qui vivent plantes et animaux et un groupe diesel ou autres. Quelle aurait été la solution la plus verte. Géothermique des millions dépensés pour les prospections, c’est la Région même qui a jeté l’éponge il y a cela environ de 20 ans. Aussi bien les trois éoliennes qui étaient au site « les Vergers à Ste Marie »
    Deux chercheurs d’Harvard ont calculé qu’alimenter l’ensemble des Etats-Unis en électricité d’origine éolienne conduirait à réchauffer la température au sol de 0,54 degré dans la partie du pays qui serait recouverte d’éoliennes, et de 0,24 degré sur l’ensemble continental des Etats-Unis, selon une étude publiée jeudi dans la revue scientifique Joule
    Ne rien faire NON, Rêver NON ! Si on regardait ce qui se fait ailleurs dans le sens positif dans les pays de notre environnement. La Télé a été avant que chez nous et surtout le moyen de transport Tramways ou autres sera en fonction alors qu’ici on en discutera encore.
    Aussi prendre que les questions et problèmes sont ailleurs dans les soucis de réunionnais et ceci souvent incompris ou pour ceux du domaine se poser des questions. Tout cela va dans le sens de "perdre-pied" dans la motivation des électeurs lors des élections.

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