"Pendant que les pays continuent à parler, les océans et ceux qui en dépendent souffrent"

Toujours pas d’accord pour protéger la haute mer

29 août 2022

Après deux semaines de négociations, les Etats membres de l’ONU se sont séparés le 26 août sans parvenir à finaliser le traité pour protéger la haute mer. Selon certains diplomates, plusieurs contentieux majeurs restent à dépasser pour arriver à un accord crucial pour protéger les océans.

Après plus de 15 années de discussions informelles puis formelles pour élaborer un texte contraignant visant à sauvegarder cette vaste zone maritime, "nous n’avons jamais été aussi proches de la ligne d’arrivée dans ce processus", a assuré la présidente de la conférence Rena Lee, relevant d’"excellents progrès".

Pourtant la 5ème session des Etats membres de l’ONU devait être la dernière afin de déterminer le sort de l’océan, qui couvrent près de la moitié de la planète. Mais "nous avons encore besoin d’un peu de temps", a-t-elle ajouté.

Les travaux ont donc été suspendu, et l’Assemblée générale de l’ONU va désormais être saisie de la demande de reprendre cette 5e session à une date non déterminée.

"Malgré la déception de ne pas avoir finalisé le traité, nous jugeons encourageants les progrès réalisés", a indiqué à l’Agence France Presse, Liz Karan, de l’ONG Pew Charitable Trusts. Cette dernière a appelé à une nouvelle session d’ici la fin de l’année.

Greenpeace a été plus sévère, accusant les Etats-Unis et les pays de la Coalition pour une haute ambition, emmenées par l’UE, d’avoir attendu le dernier moment pour faire preuve de cette ambition "autoproclamée".

La Coalition de la Haute Ambition pour la Nature et les Peuples (ou HAC – High Ambition Coalition for Nature and People) est un regroupement d’Etats, coprésidé par la France et le Costa Rica. Le but est de soutenir l’adoption d’une cible ambitieuse visant à protéger 30% des terres et 30% des mers de la planète d’ici 2030, dans le cadre mondial de la protection de la biodiversité de la Convention sur la diversité biologique (CDB) qui sera adopté à la COP15.

Trop tard pour Greenpeace, qui estime que "le temps est écoulé", a dénoncé Laura Meller, responsable Océans de l’ONG. "Pendant que les pays continuent à parler, les océans et ceux qui en dépendent souffrent", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Parmi les sujets les contentieux, la répartition des possibles bénéfices issus de l’exploitation des ressources génétiques de la haute mer. En effet, les industries pharmaceutiques, chimiques et cosmétiques veulent y découvrir des molécules miraculeuses.

Les pays occidentaux craignent de passer à côté de retombées financières conséquentes, le dernier projet de texte laisse donc sur la table la redistribution initiale de 2% - et à terme jusqu’à 8% - des futures ventes de produits issus de ces ressources qui n’appartiennent à personne. Mais sans accord.

Ces questions d’équité Nord-Sud sont très présentes dans de nombreuses négociations internationales, en particulier celles sur le climat où les pays en développement victimes mais pas responsables du réchauffement exigent en vain aux pays riches de respecter leurs promesses d’aide financière.

Or ce futur traité vise spécifiquement la haute mer qui commence où s’arrêtent les zones économiques exclusives (ZEE) des Etats, à maximum 200 milles nautiques (370 km) des côtes. Elles sont donc pas sous la juridiction d’un pays.

La bonne santé des écosystèmes marins est cruciale pour l’avenir de l’humanité, notamment afin de limiter le réchauffement de la planète, seulement 1% de cet espace, qui représente 60% des océans, est protégé.

Un des piliers du traité sur "la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale" est de pouvoir y créer des aires marines protégées.

"Une étape cruciale dans les efforts pour protéger au moins 30% de la planète d’ici 2030", a indiqué Maxine Burkett, une responsable pour les océans au département d’Etat américain. Cependant, certains experts craignent que sans accord sur le traité sur la haute mer d’ici la fin de l’année, cet objectif soit impossible.

Les délégations s’opposent aussisur le processus de création de ces aires protégées, ainsi que sur les modalités d’application de l’obligation d’études d’impact environnementales avant une nouvelle activité en haute mer.


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