Environnement

Un appel à dire « non à la carrière de Bellevue ! »

À la Nuit de la Méditation

Témoignages.re / 3 octobre 2018

Dans la nuit de samedi à dimanche dernier à la salle polyvalente de la mairie de Saint-Denis, l’ARCC (Association Réunionnaise des Relations et Créations Culturelles), présidée par Sabine Armoudom-Paulic, a organisé avec divers partenaires la 8ème édition de sa Nuit de la Méditation pour la Paix sur le thème de « l’Ahimsa (la non-violence) et la Santé mentale ».

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Gilles Sagodira, Régine Armoudom et Swami Atmananda Udasin lors de la Nuit de la Méditation pour la Paix 2018.

Lors de cette rencontre, animée par Régine Armoudom, professeure de yoga dans les écoles, de nombreuses personnalités du monde culturel et invités d’honneur ont fait part de nombreuses réflexions très intéressantes sur ce sujet.
On peut citer par exemple Swami Atmananda Udasin, directeur du Centre Abhishiktananda du Dialogue Inter-religieux à Delhi, et Omar Issop-Banian, secrétaire du Groupe de Dialogue Inter-religieux de La Réunion. Nous voudrions également citer le Docteur Gilles Sagodira, poète, philosophe et activiste de la paix, qui a transmis au public un message de son ami Guy Ancel, professeur à l’Université de La Réunion et membre du groupe ECOMAR (écologie marine), de la part de l’association Détrui Pa Nout Bellevue, une association de citoyens opposés à la carrière de Bellevue, à La Saline les Bains.
Voici de larges extraits de ce message : « Dans le cadre du projet pharaonique de construction d’une nouvelle route sur la mer pour relier La Possession à Saint-Denis, dont une partie (6 km) doit être construite en digue, il faut trouver quelques 19 millions de tonnes de matériau, dont la moitié en roches massives. Pour cela, le maître d’ouvrage (la Région Réunion) et les géants français du BTP qui se sont partagés ce chantier hors norme n’ont rien trouvé de mieux que d’ouvrir des méga-carrières d’extraction de roches, sur le littoral, à proximité des populations et dans des zones protégées.
Après l’avis favorable "sans aucune réserve" donné suite à l’enquête publique à la carrière de Bois Blanc (côte Ouest), qui deviendra la plus grande carrière d’extraction de roches en France et Outre-Mer, c’est maintenant le tour de la carrière dite de "Bellevue", à quelques km plus au Nord, dans le village de La Saline les Bains, et dont l’enquête publique doit démarrer en octobre.
Prévue sur quelques 16 hectares, dans une zone de savane préservée, cette carrière est située à moins de 800 mètres de la Réserve Marine de La Réunion et à moins de 300 mètres de la plus grande colonie d’une espèce de chauves-souris endémique et menacée : le Petit Molosse de La Réunion.
Cette carrière c’est : 1 t 250 d’explosif par jour, 540 camions circulant tous les jours sur une petite route départementale, un trou béant de 70 m de profondeur, des nuées de poussières portées par le vent, ou s’écoulant dans le lagon pendant la saison des pluies...
Ce projet, s’il se réalise, menace directement la biodiversité à proximité du site : 9 espèces d’oiseaux protégées, 3 espèces de chauves-souris, 1 espèce de reptile, mais aussi la faune marine : les récifs coralliens, et les mammifères marins (baleines à bosses, dauphins) sensibles aux vibrations des tirs de mines. La santé des riverains (poussières...), l’eau potable (un captage à quelques centaines de mètres de la zone d’extraction) sont aussi menacées par ce projet absurde et démesuré.
Mais le plus étonnant est que ce projet de carrière est situé au beau milieu d’une station balnéaire. Les enjeux de la politique locale comme les intérêts de groupes industriels supranationaux semblent plus importants que la biodiversité, la santé des populations ou l’économie réunionnaise. Loin des grands médias de France, il est en effet plus facile de passer au-dessus des lois et des règlementations, à l’instar d’autres grand projets industriels en Guyane ou en Nouvelle-Calédonie, des projets qui ne pourraient probablement pas voir le jour sur le sol métropolitain... ».

À ce propos, Gilles Sagodira a présenté un poème en créole et en français, dont voici quelques extraits :
« Alon mèt la main ensemb’ pou karinn’ ban batailèr
Allon mèt la main ensemb’ pou kal’ ban kapayèr
Alon mèt la main ensemb’ pou kapot’ ban profitèr
Alon mèt la main ensemb’ pou sauv’ nout lidentité.
(…)
Avant que nous dépérissions dans la misère du cœur
Avant que nous chavirions dans les querelles fratricides
Avant que nous soyons terrorisés par la douleur de la mort
Avant de commencer arrêtons de palabrer
Donnons-nous la main pour corriger les querelleurs
Donnons-nous la main pour stopper les voleurs
Donnons la main pour renverser les profiteurs
Donnons-nous la main pour sauver notre identité.
Lentement mais sûrement nous y arriverons ».