Les TICs à La Réunion

Le Capital risque : un mode de financement pour les TPE et PME

Témoignages.re / 19 février 2008

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L’équipe de la SCR Réunion Développement.

La filière Tic réunionnaise compte actuellement plus de 400 entreprises et dispose d’une capacité d’exportation des services intensifs en compétences.
Les très petites entreprises (TPE, moins de 10 salariés) représentent un pourcentage important au sein de cette filière et l’Artic (l’Association Professionnelle des Technologies de l’Information et de la Communication) compte exactement 46% de TPE au sein de ses membres (au nombre de 91 à fin 2007).
La forte phase de croissance de la filière de ces dix dernières années (CA multiplié par 3 en 6 ans) a été principalement basée sur les opérateurs Télécom et de Télévision (dont le CA a été multiplié par 7 en six ans). Ce modèle de croissance devrait progressivement laisser place à un modèle plus endogène, où la valeur ajoutée de la filière reposera davantage sur la croissance de petites et moyennes entreprises ayant développé un savoir faire local.
La stratégie de développement de l’Artic prône notamment un développement de l’export des services, des produits et des contenus TIC afin de permettre aux entreprises de la filière de ne pas être limitées à un marché de la taille d’un département.
Soucieuse d’aider et soutenir la croissance des entreprises TIC, l’Artic à mis en place très récemment une commission Finances au sein de son organisation. L’idée générale est d’apporter aux TPE et PME de l’Artic une véritable expérience sur le financement de l’investissement que ce soit au niveau de la production ou du développement. Quels sont les outils existant aujourd’hui à la Réunion ? Quelles sont leurs performances et leurs pertinences ?
Parmi les outils de financement sur le marché, nous avons choisi de vous parler aujourd’hui du Capital Risque qui est un mode de financement en fonds propres des entreprises, sous la forme d’une prise de participation au capital.
Christine Niox-Château a interrogé Cyril Ducamin, Directeur de la société de capital risque Réunion Développement, ayant déjà à son actif plusieurs projets TIC.

CNC : Pouvez vous nous rappeler votre vocation ?

CD : La SCR Réunion Développement est une société de capital risque de proximité (créée par la Région et l’AFD), pour investir dans les entreprises qui ont besoin de fonds propres pour renforcer leur assise financière et du conseil pour réaliser au mieux leur projet.
La création d’emplois et d’entreprises pérennes est l’objectif prioritaire des actionnaires de la SCR Réunion Développement au premier rang desquels figurent la Région et Alyse Participation (détenue par l’AFD, la CDC et la CNCE)
La SCR Réunion Développement fait partie du réseau des sociétés de capital risque françaises et elle est gérée par Viveris Management, société de gestion spécialisée dans ce domaine avec de nombreux investissements dans les NTIC.
Notre rôle est donc d’identifier des dirigeants qui veulent ouvrir leur capital pour aller plus vite dans leur développement et bénéficier de notre expertise en amont (pendant l’élaboration du projet) et en aval (pendant sa mise en œuvre) sans néanmoins nous immiscer dans la gestion au quotidien.
Notre expérience d’investisseur dans de nombreuses entreprises nous permet d’apporter - en plus de la mise de fonds - un regard extérieur complémentaire lors du lancement, de la création ou du développement d’un nouveau produit/service ou enfin du rachat d’une entreprise.
Notre vocation est donc de sécuriser un projet en prenant un risque mesuré et partagé aux côtés des dirigeants.
Le capital risque est un secteur en fort développement et le nombre d’entreprises accompagnées en 2007 (environ 800) est à son plus haut niveau historique depuis 2001. 82% des entreprises soutenues sont des PME (moins de 250 salariés, moins de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires).
Le secteur des NTIC est un domaine d’activité privilégié par les investisseurs car il recèle un nombre important d’entreprises à fort potentiel dirigées par des entrepreneurs ouverts aux nouvelles formes de financement.

CNC : Quels sont vos modes d’intervention ? Et ses différentes formes ?

CD : Nous intervenons schématiquement de deux façons :

- en augmentation de capital sans dépasser 33 % du capital

- en prêt participatif ou obligations convertibles pour le solde de notre intervention.
Nos interventions sont sans demande de garantie et constituent donc des ressources permanentes qui favorisent un effet de levier auprès des banques notamment.
Nos moyens sont actuellement de 200.000 euros maximum par projet, mais nous réfléchissons à l’opportunité de les augmenter prochainement.
Par ailleurs, les acteurs économiques locaux - dont au premier rang la Région et l’AFD - réfléchissent à l’opportunité de renforcer les moyens du capital-investissement régional.
Concrètement, la SCR Réunion Développement est une équipe de trois personnes : Cyril Ducamin - Monique Turpin et Zaynah Auleear. Chacun initie puis suit pendant cinq ans les projets validés par le comité de décision où siègent la Région, l’AFD, la CCIR et des chefs d’entreprises locaux.
Nous ne nous contentons donc pas de financer un projet mais nous souhaitons apporter notre contribution à son développement sur une période de cinq ans en général.

CNC : Quelles sont les entreprises pouvant en bénéficier ?

CD : Nous recherchons des TPE et PME de la Réunion qui présentent les caractéristiques suivantes :

- entreprise saine sur le plan financier (en règle vis-à-vis des organismes sociaux, du fisc...)

- potentialité de création de valeur et d’emplois,

- équipe dirigeante en recherche de partenariats stratégique et financier,

- projet d’entreprise amorcé par le dirigeant.
Vous voyez, le secteur TIC de la Réunion est un domaine qui correspond bien à notre offre : c’est un secteur en croissance continue et donc en demande de financement, où les dirigeants sont en général aguerris aux techniques nouvelles de management et de financement.

CNC : Pouvez vous nous parler des projets TIC à votre actif et dans quels secteurs on les retrouve ?

CD : Il s’agit de projets de services ou de projets technologiques.
Tous présentent les caractéristiques décrites précédemment : la vision d’un marché par son dirigeant, une équipe soudée et désireuse de partager un projet avec l’investisseur financier, un projet esquissé que nous finissons de bâtir avec elle.
La SCR Réunion Développement a investi dans :

Stop Bugs qui fait du dépannage informatique pour les particuliers et les entreprises. Depuis notre intervention, cette entreprise a ouvert trois centres de dépannage (Saint Denis, Saint Paul et Saint André). Deux nouveaux centres en franchise (Ouest et Saint Pierre) seront ouverts courant 2008.

MicroNotes fournit des solutions nomades (MicroGMS - MicroCRM et MicroStock) et propose une plateforme EDI (Échange de Données Informatisé) à la GMS et aux industriels. Son CA a été multiplié par plus de deux depuis l’entrée de la SCR Réunion Développement dans son capital en 2006.

- La SCR a aussi investi dans la SAS BinarySEC qui est un éditeur de logiciels très innovant pour la sécurité des sites Web. BinarySEC a été lauréat du Concours du Ministère de la Recherche en 2007 et sort de l’incubateur de la Réunion.
Enfin, la SCR est actionnaire de la société Archirun, qui propose de l’archivage physique et numérique aux entreprises et aux administrations. Archirun est le premier tiers de confiance de l’océan indien. Dans le cadre de son développement, Reb Brochet envisage l’extension de son entreprise sur des locaux plus vastes à la Technopôle.
À ce titre, le partenariat avec l’équipe dirigeante d’Archirun est emblématique à bien des égards : participation à la réflexion stratégique, mise en place d’un reporting, travail en collaboration avec le banquier de référence....
Vous le savez comme moi, la réussite d’une entreprise est quelque part une alchimie et l’insertion réussie d’une entreprise dans son environnement en fait partie.
En conclusion, nous souhaitons deux choses :

- que les entreprises de la filière TIC aient connaissance de la valeur ajoutée que nous pouvons leur apporter.

- qu’elles nous intègrent comme faisant partie de leur environnement financier, à l’instar de leur banque, de l’AFD et des dispositifs d’aide de la Région.


Contacts :
La SCR Réunion Développement
Mail : reuniondeveloppement@wanadoo.fr
Tel : 02.62.92.10.59 / 02.62.92.10.63
Site : www.reuniondeveloppement.com


Rencontre avec Reb Brochet, Gérant de la Société Archirun et président de la Commission Finances de l’Artic

CNC : Vous êtes à l’initiative de la création de la commission finances, comment cette idée vous est-elle venue ?

Reb Brochet : Le constat de la difficulté pour les PME du secteur des TIC à avoir accès aux informations utiles en matière de financement et mon souhait de faire bénéficier les membres de l’ARTIC de mon expérience en matière de recherche de financement sont à l’origine de la création de cette commission. En effet, de par mon métier, je suis en contact avec tous les financeurs de la place et j’ai une vision globale des solutions de financement. J’ai ainsi pu tester un certain nombre de solutions : soutien de l’incubateur, accompagnement de l’Agence de Développement, investisseurs privés, financements bancaires, partenariat de la SCR Réunion Développement...

CNC : Pouvez vous nous préciser un peu les actions que vous souhaitez mener en 2008 pour le compte de la commission ?

RB : L’idée générale est d’apporter aux TPE et PME de l’Artic une véritable expérience sur le financement de l’investissement que ce soit de production ou de développement : Quels sont les outils qui existent aujourd’hui à la Réunion ? Quelles sont leurs performances et leurs pertinences ?
Enfin nous souhaitons établir un classement des établissements financiers sur divers critères totalement subjectifs comme l’accueil, la rapidité de réponse, le sourire, ou la pertinence du conseil, la meilleure agence ou le meilleur conseiller (les différentes catégories sont à affiner). Ce palmarès des établissements financiers sera réalisé sur la base des réponses des adhérents et pourra aussi se traduire en pourcentages de chiffres d’affaire dans les différentes banques et rappeler ainsi le poids de la filière.


Propos recueillis par Christine Niox-Château-Compin

Chargée de mission à l’ARTIC