Les TICs à La Réunion

Outremer : Non à l’apartheid numérique !

Témoignages.re / 4 août 2008

A l’heure où la Métropole profite de connexion à 30 mégas pour 29,90 euros et bientôt 100 mégas au même prix, tout en étant illimité en téléchargement, les habitants et entreprises des DOM paient un accès Internet surtaxé. Par exemple, chez Orange, l’abonnement Internet au 8 mégamax est proposé à 69,90 euros, limité à 3GO de téléchargement. L’accès le moins cher s’annonce à 29,90 euros pour du 512KO, toujours limité à 3GO. Et il faut compter en plus un abonnement pour le téléphone et la télé puisque, dans les DOM, ces options ne sont pas comprises dans l’abonnement Internet. À ce tarif, personne en Métropole n’accepterait de payer une telle somme pour accéder à Internet avec une bande passante aussi faible, une limitation de téléchargement telle qu’elle est et parfois une qualité du réseau déplorable.

Certes, d’autres fournisseurs proposent des accès Internet moins chers tels que Only et Mediaserv (Izi, implantée depuis peu à La Réunion, n’a pu être prise en compte), mais force est de reconnaître que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous et que l’assistance laisse à désirer et, dans certains DOM, elle est quasi inexistante. Dans les DOM, tout le monde ne passe pas sa journée "sur la plage sous les cocotiers". Il existe de nombreux professionnels et entreprises qui se battent pour l’économie de leur pays et ont évidemment besoin de connexions fiables avec une large bande passante afin de travailler efficacement et de s’ouvrir au monde entier. Il y a également une majorité des Domiens de tous âges qui surfent sur le web et ont besoin de suivre l’actualité, communiquer, se divertir, travailler, faire des démarches administratives et bien plus encore...

Les DOM comptent également beaucoup d’amateurs de jeux en réseau et tous ces joueurs se voient être handicapés par des pings monstrueux pouvant aller jusqu’à 5000ms sur des serveurs français. Pire encore, puisqu’ils ne peuvent télécharger les dernières démos, allant de 500mo à plus de 2Go, mises en ligne par les éditeurs de jeux. Pour information, la démo de Crysis pèse à elle seule 1.77GO. Impossible donc de vivre sa passion ou de participer aux nombreux concours sur Internet ou de découvrir les nouveautés, et ce, même en payant 100 euros par mois. Pendant que la fibre optique se propage massivement sur tout le territoire de la Métropole, beaucoup de Domiens sont condamnés à se contenter de connexion bas débit (RTC) à 20 euros par mois. Soyons réalistes, aujourd’hui tous les sites sur la toile possèdent un contenu assez lourd (vidéos, musique, animations flash, photos etc...), et avec les nouvelles connexions "très haut débit" qui commencent à se banaliser dans les foyers sur l’hexagone, les utilisateurs RTC sont obligés d’attendre des heures entières pour afficher quelques pages ou télécharger des données. Par exemple, le logiciel Winamp, dans sa version 5.5, pèse 9,81mo et, en RTC, il se télécharge en 1 heure et 22 minutes. De même, les connexions 512ko, 1Méga et 2Méga commencent à montrer leur faiblesse sur certains sites comme Youtube, Dailymotion, etc... 

La majorité des Domiens se retrouve en fait avec des débits inférieurs à ceux promis par leur abonnement. Les déconnexions sont fréquentes, des ports volontairement bloqués par le fournisseur d’accès pour ne pas surcharger la bande passante, des factures affolantes ou encore une assistance technique incompétente. Quant à l’opérateur historique, il ose affirmer à ses clients pro qu’ils peuvent être privés 3 jours consécutifs de tout accès Internet sans pouvoir légalement se plaindre.

D’après les statistiques de XiTi, et cela n’étonnera personne, en 2005, les Domiens sont ceux des Français qui utilisent le plus Internet. Cela montre clairement le formidable besoin de désenclavement des DOM. Et ce sont les régions les moins peuplées qui accèdent le plus à l’Internet. Les DOM occupent les premières places avec la Guyane (1er avec 5,59%) suivie de la Guadeloupe (2ème avec 5,53%) et La Réunion (7ème avec 5,09%). Seul DOM à ne pas figurer dans les 10 premiers, la Martinique (2,46%).
En Métropole, c’est la Normandie qui, après la Guyane et la Guadeloupe, est en tête (Basse-Normandie : 5,34% et Haute-Normandie:5,33%). Les régions les plus peuplés, Ile de France, Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes et PACA-Corse, sont moyennement classés, respectivement 6ème (5,15%), 11ème (4,55%), 13ème (4,38%) et 10ème (4,66%). Les régions les moins peuplées de Métropole ferment le tableau (Franche-Comté, Limousin et Auvergne).

Les Domiens voudraient qu’on les entende enfin et leurs souhaits sont simples : obtenir le respect des promesses présidentielles, une baisse sensible du prix des accès Internet, des abonnements au très haut débit avec des lignes enfin compatibles sur tous les territoires des DOM et TOM, un réseau de qualité, un service technique compétent et, s’il le faut, réservé spécialement aux DOM. Même si les DOM se situent bien loin de la Métropole, ce sont des territoires de la République, et l’Etat doit se préoccuper sérieusement des moyens qui sont indispensables à notre désenclavement pour communiquer à travers le monde.

 Les Domiens invitent tous les élus des DOM à se faire les porte-parole déterminés de leurs revendications, car les internautes sont décidés à ne plus se laisser vider les poches en baissant la tête. De la qualité et du prix des connexions dépend la création de milliers d’emplois dans les NTIC et il n’y a aucune raison qui puisse justifier cet apartheid informatique dont les Domiens sont aujourd’hui les victimes.

(Sources : Échos du Net, Assemblee Martinique.com, Karukera Micro System.com)