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Face à la pénurie, des mesures visent à stopper quelques pratiques de gaspillage dans 7 communes
23 octobre 2023, par

7 communes de La Réunion, dont sa capitale Saint-Denis, sont concernées par un arrêté préfectoral restreignant l’usage de l’eau potable. Il est désormais interdit par exemple de laver voitures, trottoirs, cours et de remplir les piscines avec de l’eau potable. Comment rendre une telle décision pleinement efficace ? La coupure de l’accès au réseau d’eau potable est la meilleure mesure pour faire prendre conscience aux contrevenants des conséquences dramatiques du gaspillage de l’eau, mais est-elle envisageable dans un département français comme La Réunion ?
A La Réunion, la surconsommation d’eau potable conjuguée aux fuites dans le réseau met la ressource sous pression. En effet, en moyenne journalière par habitant, 180 litres d’eau potable sont consommés à La Réunion. C’est sans doute un record en Afrique. C’est même plus que la moyenne en France. L’explication est la suivante : le même système de consommation pensé pour un pays au climat tempéré humide est importé dans un pays tropical bien plus chaud et doté de beaucoup moins de cours d’eau. Comme l’eau potable est une marchandise, ceci fait la fortune des sociétés qui commercialisent cette eau et la retraitent pour qu’elle soit jetée dans la mer. Les compagnies françaises ont flairé le filon, elles dominent largement le marché créé par l’État.
Conséquence de la pression sur la ressource : les habitants de 15 communes sur 24 sont appelés à réduire leur consommation d’eau potable par décision de l’Etat. Dans 8 communes, c’est une sensibilisation. Aucune mesure de restriction n’est donc prise, ce qui limite d’emblée l’efficacité d’une telle mesure.
Dans 7 communes (Bras-Panon, Saint-André, Salazie, Saint-Denis, Sainte-Marie, Saint-Leu, Cilaos), des mesures de restrictions s’appliquent par arrêté préfectoral :
« L’interdiction d’arrosage des espaces verts publics et privés, ni des espaces sportifs entre 8h et 18h.
L’interdiction de lavage de véhicules, engins, bateaux à domicile.
L’interdiction de lavage des bâtiments, façades d’immeuble ou hangar, sauf si réalisé par une collectivité ou entreprise avec impératif sanitaire ou sécuritaire.
L’interdiction de lavage des espaces extérieurs, cours, voiries et trottoirs à grandes eaux, sauf si réalisé par une collectivité ou entreprise avec impératif sanitaire ou sécuritaire. La réduction des prélèvements à usages domestique dans le milieu naturel de 50 %.
L’interdiction de remplissage et du maintien du niveau des plans d’eau de loisirs et piscines privées. Sauf si le chantier avait débuté avant les premières restrictions (hors établissements touristiques). »
Reste à savoir comment sera respecté cet arrêté préfectoral. Il semble difficile de contrôler les usages, notamment chez les occupants de villas protégées des regards par de hauts murs. L’usage de drones pourrait donc être très utile et autorisé pour des opérations de contrôle. Compte tenu de l’extrême gravité de la situation, une telle exigence devrait être comprise par la population.
Au moins dans les 7 communes visées par un arrêté de restriction, les gros consommateurs doivent arrêter de gaspiller, c’est une question de solidarité. En effet, si la situation continue de s’aggraver, alors ce sera le temps des coupures générales pour des quartiers entiers. Ceux qui vivent dans un logement social collectif, ceux n’ont pas les moyens d’avoir rempli préalablement un réservoir, ceux qui ne peuvent s’acheter de l’eau potable à gogo seront les principales victimes. Cela veut dire une grande partie de la population, sachant que dans de nombreux quartiers, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Ce sont ces Réunionnais abandonnés par le système qui sont les plus grandes victimes des coupures d’eau, d’autant qu’ils sont ceux qui consomment le moins.
Ces contrôles et les sanctions visant les contrevenants aux mesures de restrictions sont indispensables. Des amendes ne sont pas suffisantes. En effet, un riche a les moyens de payer s’il veut continuer à gaspiller l’eau potable en remplissant sa piscine, en arrosant ses pelouses sous le soleil ou en lavant ses voitures. Ce n’est pas assez dissuasif. Sans aller jusqu’à la prison, une sanction est très éducative : l’arrêt de la fourniture d’eau potable au contrevenant, avec interdiction de remplissage de réserves par camion citerne.
C’est le seul moyen pour que le gaspilleur prenne vraiment conscience de ce qu’entraînera pour les pauvres la poursuite de ses méfaits. Gageons qu’ainsi, il cessera aussitôt de consommer plus de 180 litres d’eau par jour et par personne. En effet, le contrevenant sera contraint de transporter l’eau jusqu’à son domicile à partir d’un point d’eau potable.
La coupure de la fourniture d’eau au robinet ne le privera pas d’eau potable. Il devra juste faire comme la majorité de la population mondiale : aller à la fontaine et porter sur son dos l’eau qu’il veut consommer.
Mais malheureusement, l’importation de la société de consommation à La Réunion s’est traduite par la suppression des fontaines publiques et des lavoirs. Ainsi, c’est une concurrence de moins pour les sociétés qui vendent de l’eau potable. Ceci a laissé les Réunionnais sans alternative à l’eau du robinet, à moins de se déplacer jusqu’à une lointaine source dans les Hauts pour être sûr d’avoir une eau de qualité.
Avec ce le monopole de l’eau du robinet, il n’est donc pas humainement possible d’utiliser la sanction la plus éducative à l’encontre de ceux qui ne respectent pas les mesures de restriction d’eau au prétexte qu’ils ont de l’argent pour payer. La Réunion est donc prise au piège d’un système de distribution de l’eau inadapté à sa réalité géographique. Un important travail doit donc être fait pour remédier à cette situation.
M.M.
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