Quel avenir

Il était une fois le père Laulanié, il était une fois le SRI

Georges Gauvin / 3 février 2021

Il était une fois père Laulanié, prêtre et ingénieur agronome et de ses compagnons malgaches venu à Madagascar pour développer la méthode SRA (système de riziculture améliorée). Cette méthode consistait à repiquer les plants e riz dès leur trentième jour après la sortie de terre. Avec cette nouvelle méthode au début des années 1960 la productivité atteinte est de 2,5 tonnes à l’hectare-une bonne productivité pour l’époque mais une découverte ou invention va permettre de booster la productivité des rizières.

Une découverte due en bonne partie au hasard

L’année de la découverte, les pluies étaient en retard et le père inquiet de risquer de voir ses semis succomber avant le trentième jour, d’accord avec ses compagnons, a décidé qu’on allait repiquer le riz au quinzième jour des semailles, espérant voir la pluie arriver au (ou un peu avant) le trentième jour et relancer la croissance des plants repiqués. Pure folie selon les je-sais-tout de l’endroit. Mais les résultats obtenus sont inattendus 20 à 30 épis par plant au lieu des 10 obtenus habituellement, donc un rendement qui avait plus que doublé. Hasard a-t-on pensé mais les compagnons ont continué l’expérience repiquant au bout de 12, 10 ou même 8 jours .Il n’y avait pas de hasard mais une vraie découverte. C’est bien avant le trentième jour qu’il faut repiquer.

Les améliorations s’enchaînent l’une après l’autre

Le choix des graines : on trempe la semence dans l’eau tiède et l’on enlève les graines qui remontent à la surface comme impropre à être semées.
On enveloppe les graines dans un torchon mouillé à plusieurs reprises que l’on met au soleil pendant deux jours pour créer un environnement tiède et humide pour commencer la germination des graines.

Au troisième jour les graines sont semées dans une pépinière à la marge du champ. On recouvre les graines de terre et de sable fin pour éviter que les oiseaux viennent les picorer. La pépinière est également paillée pour protéger les graines contre es pluies violentes.

Au bout de quatre jours les plantes sortent de terre. Quatre jours encore les plants à deux feuilles sont bonnes pour le repiquage en terre pâteuse..

Puis vient le repiquage dans le champ en lignes à raison d’un plant par trente-cinq centimètres et un espace entre les lignes permettant le passage de la houe : la houe permet de désherber, et une préparation de graines d’avocat permet de lutter contre les méfaits des rats.

Autre résultat la quantité de graines semées :750 grammes pour 400 m2 au lieu de deux kilos traditionnellement.4,5 kilogrammes de riz pour 4 m2.Le rendement est désormais compris entre 12 et 20 tonnes à l’ha suivant que l’on assure une ou deux rotations.

Changement de mentalité nécessaire

Ce sont ci-dessus les résultats acquis si l’on applique les méthodes imaginées par le père Laulanié et ses collaborateurs. A défaut si l’on persiste à appliquer la méthode traditionnelle on se con tentera de 2,5 tonnes ha.

Après le décès du père l’association Tefy Saïna et Cornell university ont installé des écoles dans toutes les régions afin de populariser la méthode SRI mais disons-le tout de suite cette méthode n’est pas restée enfermée au e dans de frontières de la grande île. Elle s’est exportée en Afrique de l’ouest, au Vietnam, à Cuba sans que cela ne coûte aux hébergeurs qui ont vu leurs rendements en riz multiplier par presque dix. Notons que pour les malgaches cette méthode est propriété de l’humanité, aucun brevet n’a été vendu et les moniteurs malgaches sont allés de par le monde pour populariser leur invention.

Un mot de philosophie...

Le riz est une plante qui doit être respectée et entretenue comme un être vivant ;La plante n doit pas être forcée ni contrainte mais mise en situation de donner son maximum. Pas d’engrais, pas d’insecticides chimiques pas de désherbants, mais des insecticides naturels, du compost et le respect pour les plantations.

Messieurs Mesdames, la société, mes amis cette histoire mérite d’être rapportée car elle relate une démarche humaniste inventive de l’humanité. Le père Henri Laulanié n’est plus et nombre de ses premiers collaborateurs sont passés d’un monde à l’autre, mais les résultats acquis à Madagascar et étendus au monde extérieur auront à mon avis le mérite de combattre la faim dans le monde. Souhaitons qu’appliquée à La Réunion elle nous permette de gagner en partie la bataille de l’autonomie alimentaire en ce qui concerne notre nourriture de base.

Georges Gauvin



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Messages






  • Très beau témoignage, qui explique très bien, donne de l’espoir. Il y a peu de temps, concernant le riz, j’ai appris que les spécialistes de cette plante oh combien appréciée, partaient de part le monde à la recherche de variétés anciennes, jugées non rentables car pas assez productives, une collection qui va se transformer en véritable trésor, mais qui pourraient apporter des solutions dans le futur avec la surpopulation d’un côté de l’Humanité et de l’autre, la disparition à grande vitesse des terres agricoles, l’équivalent d’un département français tous les 7 ans, c’est énorme, dingue ! Des champs qui se retrouvent bétonnés, goudronnés pour y construire des lotissements, des routes, centres commerciaux, des ronds-points, comme à la Réunion, avec par exemple, le quartier Beau séjour où les champs de canne, ont disparu pour "le progrès"

    Concernant toujours la culture du riz, savez-vous qu’un riziculteur, pour son exploitation de riz de Camargue en Provence, n’utilise pas de produits chimiques désherbants car il a voulu faire du Bio, sa solution, c’est de faire gambader des canards en liberté, dans les rizières, ils vont nagés au milieu des plants en croissance pour manger les "mauvaises herbes" qui poussent entre eux ! Génial non ?.

    A quand l’autonomie alimentaire dans les îles, bio, encore mieux en lieu et place de produits importés qui ont donc à la fois pollués la planète pour leur transport jusqu’ici, supprimer des emplois locaux et remplit les caisses de l’Etat entre la TVA,l’octroi de mer, une spécificité réunionnaise ? Des repas familiaux à ceux des professionnels à ceux distribués dans les écoles, les hôpitaux et les prisons, qui ne seraient pas d’accord ? Sans oublier le sel, lui aussi importé, important, avec modération pour relever le goût et retenir l’eau dans nos corps, il est lui aussi à produire localement, puisque nous sommes entourés de l’océan, logique non ? En attendant, on continue à ne pas être raisonnable, on pollue, on perd son temps en attendant les tramways, les téléphériques, et le TER péi "Ste Rose-St Joseph", enfin. Il est largement temps, non ?

    Dans un autre registre mais qui est tout de même lié à ça, France 5 a diffusé hier une émission sanitaire sur les ravages des plastiques , les micro et nano plastiques qui nous envahissent jusque dans nos corps, l’équivalent d’une carte de crédit selon Greenpeace que l’on ingère chaque semaine ! Une honte et et cadeau empoisonné pour nos enfants, nés ou à naitre ! Arthur.

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