Quel avenir

Le sommet de l’ONU sur les systèmes alimentaires, le coup pour rien

LE GREENWASHING INVITÉ D’HONNEUR DES NATIONS UNIES

David Gauvin / 23 septembre 2021

Près de 20 ans après le dernier sommet sur l’alimentation de l’ONU, c’est l’ouverture ce jeudi 23 septembre du sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires à New York. En toile de fond, un des enjeux immenses : les systèmes alimentaires sont jugés responsables d’environ un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et la faim continue de progresser dans le monde. Plus de 85 chefs d’État et de gouvernement devraient participer à ce sommet en virtuel. Certaines ONG et des scientifiques critiquent les modalités d’organisation de ce sommet, les jugeant « opaques ». Ils redoutent que les pistes retenues ne fassent la part belle à « l’agrobusiness » au détriment de l’agriculture paysanne.

Dans le monde, il existe de multiples types de systèmes alimentaires, qui varient selon les conditions géographiques et climatiques, la culture, les contextes politiques et économiques…Mais l’un d’entre-deux est dominant du fait de son poids économique et de son influence sur les politiques  : c’est le système agro-industriel. C’est aussi lui qui domine l’utilisation des ressources naturelles et pèse le plus sur la crise climatique. Au bout du compte les systèmes agro-industriels produisent beaucoup d’inégalités et peu de nourriture.

Dix-huit mois de préparation et un programme ambitieux, puisqu’il s’agit de s’interroger sur la façon dont la nourriture est produite dans le monde ainsi que sur les inégalités qui en découlent. Pour la première fois, la totalité de la chaîne alimentaire est représentée, des producteurs aux distributeurs, en passant par les industries alimentaires, ou encore les fabricants d’intrants. Ça, c’est ce qui est sur le papier.

Dans la réalité, les choses sont plus polémiques. Certaines ONG dénoncent l’invisibilité de la société civile et des petits producteurs et l’omniprésence des multinationales. Et pour cause, c’est la première fois qu’un sommet de l’ONU sur l’alimentation n’est pas initié par les États, mais est issu d’un partenariat avec le forum économique de Davos.

L’AGRO-INDUSTRIE : UN SYSTÈME ALIMENTAIRE DÉFAILLANT

Les systèmes alimentaires agro-industriels sont basés sur une production en monoculture, caractérisée par l’utilisation massive d’intrants chimiques (engrais, pesticides, herbicides), de longues chaînes de production mondialisée avec une forte concentration des pouvoirs (quelques acteurs maitrisant une grande partie de la chaîne de valeur) au détriment des petits producteur.ice.s.

Les systèmes agro-industriels présentent de nombreux impacts négatifs. Les monocultures réduisent la biodiversité cultivée, et les pesticides affectent beaucoup d’espèces  : les oiseaux, les abeilles ou tous les microorganismes des sols. La déforestation associée à l’agriculture industrielle contribue aussi largement au déclin de la biodiversité sauvage. L’utilisation abusive d’engrais épuise les terres qui deviennent moins productives.

Les systèmes alimentaires industriels aggravent la crise climatique puisqu’ils sont très émetteurs de gaz à effet de serre  : environ 1/3 du CO2 soit le deuxième secteur le plus émetteur, sans compter le méthane (élevage) et protoxyde d’azote (engrais chimiques).

Associés à des cas d’accaparement de terres et de ressources, les systèmes agro-industriels ne marquent pas non plus de points du point de vue des de droits humains.

De plus les travailleur.euse.s des systèmes alimentaires industriels comptent parmi les plus mal payés, travaillent parfois sans protection alors qu’ils.elles manipulent des substances dangereuses, et sont peu reconnu.e.s par les régimes de droits du travail et les systèmes de protection sociale.

LES FAUSSES SOLUTIONS PROPOSÉES PAR LES MULTINATIONALES

Par exemple le Sommet fait la promotion de l’agriculture de précision, une approche qui n’a pas vocation à transformer profondément les systèmes alimentaires, mais plutôt à limiter à la marge les impacts de l’agriculture industrielle.

Elle consiste à réduire les doses d’engrais et de pesticides appliqués sur les cultures, notamment au moyen de nouvelles technologies (drones, GPS…) qui indiquent quand et où précisément appliquer les produits. Cette forme d’agriculture high tech n’est pas toujours adaptée aux petits producteur

.ice.s, qui sont forcés à investir dans ces équipements et technologies et peuvent être maintenus dans une situation de dépendance vis-à-vis de fournisseurs extérieurs.

Si réduire l’utilisation d’intrants chimiques n’est pas en soi une mauvaise chose, c’est la logique de l’approche qui pose problème : elle vise à rendre « plus acceptable » le modèle d’agriculture industriel, en conservant les principaux intérêts de ses principaux promoteurs (fournisseurs d’intrants, de semences standardisées, de machines…).

Le Sommet se focalise de façon disproportionnée sur des approches technologiques, et les données dans l’agriculture. Or certaines nouvelles technologies n’ont pas prouvé leur efficacité et pertinence pour les petit.e.s producteur.ice.s. Il faut donc toujours se demander quels acteurs contrôlent les données, et si les entreprises agri-tech ont un fort intérêt financier.

L’AGROÉCOLOGIE PAYSANNE : UNE SOLUTION D’AVENIR

L’agroécologie paysanne a de multiples facettes  : agronomique, économique, sociale, et politique. Elle offre donc des solutions pour une grande partie des enjeux auxquels sont confrontés les systèmes alimentaires (inégalités, crise climatique, nutrition et santé…) et est porteuse d’alternatives face aux systèmes alimentaires industriels dominants.

L’agroécologie regroupe des pratiques agricoles qui respectent les saisons et les territoires, permettent de cultiver sans intrants chimiques, en travaillant avec les écosystèmes et en tirant bénéfice des interactions entre les plantes, les animaux, les sols. L’agroécologie est ainsi une science des écosystèmes, qui met notamment en valeur les connaissances du terrain, les savoirs paysans.

C’est aussi un mouvement social, qui remet les paysan.ne.s, les citoyen.ne.s au cœur des systèmes alimentaires : pour qu’ils soient maîtres de décider ce qu’ils cultivent et ce qu’ils consomment  !

L’agroécologie permet à la fois de lutter contre la crise climatique, et de s’y adapter, tout en produisant une alimentation diversifiée et nutritive et en valorisant la rémunération des petit.e.s producteurs et productrices  : une solution gagnante sur tous les tableaux.