Economie

1 % des plus riches ont capté 27 % des richesses mondiales

Augmentation des inégalités, appauvrissement des États et enrichissement des plus nantis

Témoignages.re / 16 décembre 2017

Entre 1980 et 2016, le 1 % le plus riche a capté 27 % des richesses mondiales produites ; les plus pauvres ont capté seulement 12 %. Entre les deux, pour une partie des classes moyennes, les revenus ont stagné autour de 9 %. C’est ce que souligne le Rapport sur les inégalités mondiales 2018. Voici un résumé de ce document publié sur le site « Ressources en Sciences économiques et sociales » de l’École Normale Supérieure de Lyon.

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Le Rapport sur les inégalités mondiales 2018 (World Inequality Report 2018) présente et analyse la répartition des richesses et l’évolution des inégalités économiques dans le monde depuis 1980. Il s’appuie sur la Base de données mondiale sur les patrimoines et les revenus, la World Wealth and Income Database (WID.world), alimentée par le travail d’un vaste réseau international de chercheurs, plus d’une centaine couvrant près de soixante-dix pays sur tous les continents. Ce rapport est le premier du Laboratoire sur les Inégalités Mondiales (World Inequality Lab) basé à l’École d’Économie de Paris. Il sera actualisé tous les deux ans. Auteurs et coordonnateurs du rapport : Facundo Alvaredo, Lucas Chancel, Thomas Piketty, Emmanuel Saez, Gabriel Zucman.

La croissance profite aux plus riches

Le rapport 2018 montre que les inégalités de revenus ont augmenté dans toutes les régions du monde depuis 1980, mais « à des rythmes différents » selon les pays. Leur croissance a été rapide en Amérique du Nord, en Chine, en Inde et en Russie, mais plus modérée en Europe. Sur la période citée, les 10 % des Russes les plus aisés sont passés de 21 % à 46 % des richesses captées, de 27 % à 41 % pour les Chinois. Les plus riches États-Uniens et Canadiens sont passés de 34 % à 47 %, tandis que l’Europe a connu une hausse « plus modérée », de 33 % à 37 %. Ainsi, l’Europe est aujourd’hui la région la moins inégalitaire et le Moyen-Orient la plus inégalitaire : le décile supérieur perçoit 37 % du revenu national en Europe contre 61 % au Moyen-Orient en 2016.

Par ailleurs, les plus hauts revenus sont ceux qui ont le plus profité de la croissance entre 1980 et 2016. Les populations les plus pauvres du monde (les 50 % du bas de la distribution des revenus) ont vu leur revenu augmenter de manière significative, grâce à l’essor des émergents. Mais les plus riches (les 1 % du haut de la distribution) ont capté deux fois plus de croissance du revenu mondial que la moitié des plus pauvres (27 % contre 12 %). En revanche, la « classe moyenne mondiale », dans laquelle on retrouve les classes moyennes et populaires nord-américaines et européennes (les 90 % du bas de la distribution des revenus), n’ont connu qu’une faible progression de leur revenu sur cette période.

Transfert de richesse du public vers le privé

Autre résultat du rapport : les détenteurs de patrimoine privé se sont enrichis, tandis que les États se sont appauvris. La valeur du patrimoine privé net, en pourcentage du revenu national, a doublé ou presque dans pratiquement tous les pays riches. Elle a triplé en Russie et quadruplé en Chine. A l’inverse, la richesse publique a diminué presque partout dans le monde. Elle est aujourd’hui négative ou proche de zéro dans les pays riches. Cette situation, notent les auteurs du rapport, « limite vraisemblablement la capacité d’action des États contre les inégalités ». L’accroissement des inégalités de revenus et les transferts de patrimoine public au secteur privé ont entrainé une aggravation des inégalités de patrimoine entre individus, de manière importante en Russie et aux États-Unis, mais plus modérément en Europe. Les inégalités de patrimoine n’ont cependant pas retrouvé les niveaux records atteints au début du XXe siècle dans les pays riches.

Situation qui va s’aggraver

Le rapport finit par des projections sur les inégalités de revenus et de patrimoine dans le monde jusqu’en 2050, en fonction de plusieurs scénarios. Si les tendances actuelles sont prolongées, les inégalités économiques vont encore s’aggraver. Ce n’est cependant pas une fatalité pour les auteurs du rapport. Si, dans l’avenir, tous les pays suivent la trajectoire de l’Europe des dernières décennies, les inégalités pourraient diminuer et la pauvreté s’amenuiser. Mais, pour remédier aux inégalités actuelles, de nombreux pays devront redéfinir leurs politiques en matière de fiscalité, d’éducation, de salaires et de gouvernance des entreprises.