Ceux qui nourrissent le pays vivent dans la pauvreté

42,1 % des agriculteurs sous le seuil de pauvreté à La Réunion

24 avril, par Manuel Marchal

Selon une enquête INSEE-Agreste publiée le 22 avril, 42,1 % des personnes vivant dans un ménage agricole à La Réunion sont sous le seuil de pauvreté, un record bien supérieur à la moyenne française (16,3 %). Ce chiffre révèle l’échec d’un modèle où ceux qui nourrissent la population vivent dans la précarité. Pour les agriculteurs réunionnais, cette réalité renforce l’exigence d’un autre partage des richesses et d’une politique agricole fondée sur la justice sociale.

Les chiffres publiés le 22 avril par l’INSEE, en partenariat avec l’Agreste, confirment une réalité que les agriculteurs réunionnais dénoncent depuis longtemps : le monde agricole est frappé de plein fouet par la pauvreté. Selon cette enquête fondée sur les données du recensement agricole de 2020, 16,3 % des personnes vivant dans des ménages agricoles en France sont sous le seuil de pauvreté, soit 3,5 points de plus que la moyenne des ménages actifs.

Record de pauvreté à La Réunion

Mais à La Réunion, la situation est d’une toute autre gravité. Ici, 42,1 % des personnes vivant dans un ménage agricole sont concernées par la pauvreté. Près d’un sur deux. Un chiffre sidérant, bien au-dessus de la Martinique (31,4 %) ou de la Corse (30 %), et qui dit l’ampleur du scandale social.
Comment accepter que celles et ceux qui produisent la nourriture, entretiennent les terres, préservent les paysages et participent à la souveraineté alimentaire soient parmi les plus pauvres du pays ? Comment tolérer qu’un agriculteur sur deux ou presque vive dans des conditions précaires pendant que d’autres captent la valeur créée par son travail ?

Le produit d’un système

Ces chiffres ne relèvent pas de la fatalité. Ils sont le produit d’un système. À La Réunion, les petits planteurs, les éleveurs, les maraîchers subissent depuis des décennies la domination de filières organisées au bénéfice des grands groupes et des intermédiaires. Dans la canne, les planteurs dénoncent depuis longtemps une répartition injuste des richesses. Dans d’autres productions, les coûts explosent pendant que les revenus stagnent.
Cette pauvreté agricole est aussi la conséquence d’un modèle économique imposé, fondé sur la dépendance, les importations et la concentration du pouvoir économique. Le monde agricole réunionnais paie le prix fort d’un système où les producteurs sont souvent relégués au bout de la chaîne, sans maîtrise sur les prix, sans poids réel dans les décisions.
Et pourtant, sans eux, pas de production locale, pas de sécurité alimentaire, pas de vie dans les hauts, pas d’entretien des territoires. Les agriculteurs ne demandent pas l’assistance ; ils demandent justice.

Illustration du sous-développement causé par la « départementalisation »

Ces chiffres renforcent les revendications portées depuis des années pour une autre politique agricole : prix rémunérateurs, juste partage de la valeur, soutien renforcé aux petites exploitations, accès au foncier, maîtrise publique des choix stratégiques.Peut-on parler de développement quand ceux qui nourrissent le peuple sont condamnés à la pauvreté ? La Réunion est bien un pays sous-développé, conséquence de la « départementalisation ».
À La Réunion, cette réalité rejoint le combat plus large pour l’égalité réelle et la souveraineté. Sortir les agriculteurs de la pauvreté, ce n’est pas seulement répondre à une urgence sociale. C’est défendre un projet de société où le travail paysan est reconnu, respecté et rémunéré à sa juste valeur.

M.M.

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