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Illustration de la faillite causée par le néocolonialisme français dans notre pays, La Réunion
10 février, par

Bien avant la finalisation de l’Accord de partenariat économique UE–Madagascar, de grands groupes comme la BRED ou le groupe Bernard Hayot ont anticipé ses effets. Leurs stratégies à Madagascar révèlent les véritables enjeux de l’APE : profits, délocalisations et mise en concurrence des travailleurs de la région. Cette situation n’est pas une fatalité économique, mais un choix politique. Elle s’inscrit dans la continuité de l’assimilation imposée par le néocolonialisme français, qui pousse La Réunion à se tourner exclusivement vers la France, à en faire un modèle unique, et à ignorer ses voisins naturels. Or, le co-développement est une nécessité vitale. Il suppose de rompre avec la logique de concurrence sociale et d’engager un dialogue respectueux d’égal à égal entre Réunionnais et Malgaches, deux peuples ayant subi la colonisation française et aspirant aujourd’hui à un développement durable, solidaire et de qualité. Le développement de La Réunion ne peut pas reposer sur l’exploitation de la pauvreté malgache, pas plus que le développement de Madagascar ne doit servir de variable d’ajustement aux profits du patronat réunionnais et français.
L’Union européenne et Madagascar s’apprêtent à conclure un Accord de partenariat économique (APE) élargi après seize rounds de négociations. Présenté comme un outil de développement, cet accord s’inscrit en réalité dans une logique néolibérale déjà à l’œuvre sur le terrain. Car pendant que la population réunionnaise n’est ni informée ni consultée, certains grands groupes capitalistes ont, eux, depuis longtemps anticipé les opportunités offertes par l’APE.
Le groupe Bernard Hayot (GBH) en fournit un exemple emblématique. Le rachat de Vindemia à Casino n’avait pas pour principal objectif La Réunion et ses quelques hypermarchés et supermarchés. L’enjeu stratégique est ailleurs : Madagascar. Avec 33 millions d’habitants, un marché en forte croissance et une implantation massive des enseignes Score dans toutes les grandes villes, des Supermaki jusque dans des communes rurales, et des Jumbo Score longtemps sans concurrence réelle dur fond de départ de l’enseigne Shoprite, Madagascar constitue le véritable levier de développement du groupe. L’APE permettra à GBH de mutualiser ses moyens humains, logistiques et financiers entre Madagascar et La Réunion, en jouant sur les écarts de coûts salariaux.
U qui a racheté Shoprite à Madagascar suit la même stratégie que GBH, tout comme Leaderprice, déjà présent dans nos deux pays
La même logique est à l’œuvre dans le secteur bancaire. L’an dernier, la BRED, banque française du groupe Caisse d’Épargne, a racheté la Société Générale Madagascar. Les enseignes ont déjà changé. Cette banque, historiquement prisée des fonctionnaires malgaches, est désormais intégrée au réseau BRED. Avec un APE ouvert aux services, la banque pourra réaliser d’importantes économies d’échelle dans une zone de libre-échange régionale, en rationalisant ses activités entre Madagascar et La Réunion.
C’est précisément l’extension de l’APE aux services qui constitue le cœur du problème. Comptabilité, informatique, services financiers ou administratifs : autant de secteurs où les délocalisations depuis La Réunion vers Madagascar deviendront la norme. Les travailleurs malgaches sont au moins aussi compétents que les travailleurs réunionnais, mais ils sont contraints d’accepter des salaires très inférieurs, parfois autour de 100 euros par mois, sans droits sociaux comparables, sans Sécurité sociale digne de ce nom. Face à cette réalité, La Réunion est perdante d’avance dans toute mise en concurrence des travailleurs.
Cette situation n’est pas une fatalité économique, mais un choix politique. Elle s’inscrit dans la continuité de l’assimilation imposée par le néocolonialisme français, qui pousse La Réunion à se tourner exclusivement vers la France, à en faire un modèle unique, et à ignorer ses voisins naturels. Cette aliénation empêche toute réflexion sérieuse sur un co-développement régional fondé sur la complémentarité et la solidarité.
Or, le co-développement est une nécessité vitale. Il suppose de rompre avec la logique de concurrence sociale et d’engager un dialogue respectueux d’égal à égal entre Réunionnais et Malgaches, deux peuples ayant subi la colonisation française et aspirant aujourd’hui à un développement durable, solidaire et de qualité. Le développement de La Réunion ne peut pas reposer sur l’exploitation de la pauvreté malgache, pas plus que le développement de Madagascar ne doit servir de variable d’ajustement aux profits du patronat réunionnais.
Même si les maires et les élus communaux n’ont pas le pouvoir d’influer directement sur la signature d’un APE négocié à Bruxelles, ils ont une responsabilité politique essentielle. Les candidats à ces fonctions devraient, au minimum, informer leurs électeurs sur les enjeux réels de cet accord et plaider pour une autre voie : celle du rassemblement autour du co-développement régional.
Ce mutisme est encore plus grave du côté des trois députés réunionnais au Parlement européen. Alors que l’APE engage l’avenir économique et social de La Réunion, ils n’informent pas la population, n’organisent aucun débat public et ne défendent aucune alternative. À quoi servent-ils, sinon à cautionner par leur silence des décisions favorables aux grands groupes capitalistes étrangers ?
Il est temps de se réveiller. Si rien ne change, La Réunion risque d’être réduite à un simple territoire consommateur de produits importés, financé uniquement par les transferts publics français, sans production propre de biens ni de services, totalement sous dépendance alimentaire, énergétique, financière, intellectuelle et culturelle du néocolonialisme français. Refuser l’APE tel qu’il est conçu, exiger la transparence et défendre le co-développement avec Madagascar ne sont pas des options idéologiques : ce sont des conditions de survie pour l’avenir de notre île et pour l’émancipation des peuples de l’océan Indien.
M.M.
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