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Accord de partenariat économique : nouvelles négociations sans les Réunionnais

Nouveau round de discussions entre l’Union européenne et les Comores, Madagascar, Maurice, les Seychelles, et le Zimbabwe

jeudi 21 mars 2024, par Manuel Marchal


Le 13e round de Négociation pour l’approfondissement de l’accord de partenariat économique « APE » entre l’Union européenne et 5 pays de l’Afrique australe a débuté lundi à Moroni. Comme à chaque fois, aucun Réunionnais n’est admis à participer par l’Union européenne pour défendre les intérêts de notre pays. L’accord intérimaire existant entre l’UE et les Comores, Madagascar, Maurice, les Seychelles, et le Zimbabwe est déjà défavorable aux producteurs réunionnais sacrifiés au profit des intérêts des Européens.
Les élections européennes sont l’occasion de changer ce fonctionnement. Une des revendications portées par la candidature d’Ary Yée Chong Tchi Kan, du PCR, sur la liste d’union conduite par le PCF est la présence de Réunionnais autour de la table de négociation d’accords commerciaux engageant l’avenir de La Réunion. A la différence des Européens, les Réunionnais font partie de la grande famille des peuples de l’océan Indien. Entre membres d’une même famille, on recherche la complémentarité plutôt que la concurrence où le Réunionnais sera toujours perdant.


Le Bureau Comores de la Délégation de l’Union européenne a annoncé, ce lundi 18 mars, l’« ouverture à Moroni du 13e round de Négociation pour l’approfondissement de l’accord de partenariat économique « APE » entre l’Union européenne et 5 pays de l’Afrique australe : Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles, Zimbabwe.
Manifestement sur les photos qui ont été diffusées sur la page Facebook de la Délégation de l’UE aux Comores, aucun Réunionnais n’est autour de la table. Ce n’est pas sans conséquence négative pour La Réunion. Une des revendications portées par la candidature d’Ary Yée Chong Tchi Kan, du PCR, sur la liste d’union conduite par le PCF est la présence de Réunionnais autour de la table de négociation d’accords commerciaux engageant l’avenir de La Réunion. Voici pourquoi.

Le précédent de la suppression du quota sucrier

Aux côtés des représentants de nos voisins immédiats et du Zimbabwe, c’est une délégation de fonctionnaires de l’Union européenne.
Paris a en effet donné mandat à l’Union européenne de discuter des accords commerciaux. Quant à l’Union européenne, elle considère que c’est à Paris de lui faire remonter les revendications de La Réunion pour qu’elle en tienne compte.
Le résultat d’une telle politique est le suivant : en 2017, l’Union européenne a décidé de supprimer le quota sucrier et le prix garanti de rachat du sucre invendu jusqu’à ce quota. Cette décision faisait suite à une plainte de plusieurs grands pays exportateurs de sucre auprès de l’Organisation mondiale du Commerce. Depuis, la production sucrière a chuté à La Réunion tout comme le nombre de livreurs de canne à sucre. Les intérêts des Réunionnais n’ont pas été pris en compte.

L’accord en négociation

L’accord de partenariat économique entre l’Union européenne et 5 pays de notre région vise à pérenniser l’accord intérimaire. Cet accord commercial a été signé par Maurice, les Seychelles, le Zimbabwe et Madagascar en août 2009 et a été appliqué à titre provisoire en mai 2012. En janvier 2013, le Parlement européen a approuvé l’accord. Les Comores ont signé l’accord en juillet 2017 et ont commencé à l’appliquer en février 2019.
L’Union européenne précise les conditions de l’accord :

« L’UE accorde un accès à 100 % en franchise de droits et sans contingent à toutes les importations en provenance des pays de l’AfOA. L’accès au marché de l’UE est permanent, complet et gratuit pour tous les produits.
Les pays AfOA suppriment progressivement les droits en partie, conformément à leurs calendriers respectifs annexés à l’APE intérimaire, comme suit :
Madagascar libéralise 81 % des importations de l’UE ;
Maurice 96 % ;
Seychelles 98 % ;
Zimbabwe 80 %.

Les produits sensibles peuvent être totalement exclus de la libéralisation. Les principales exclusions de la libéralisation sont les suivantes :
Madagascar : viande, lait et fromage, pêche, légumes, céréales, huiles et graisses, préparations alimentaires, sucre, cacao, boissons, tabac, produits chimiques, articles en plastique et en papier, textiles, articles métalliques, meubles ;
Maurice : animaux vivants et viandes, produits comestibles d’origine animale, graisses, préparations alimentaires et boissons, produits chimiques, matières plastiques et ouvrages en caoutchouc en cuir et peaux de pelleteries, fer et produits électroniques de consommation ;
Seychelles : viande, pêche, boissons, tabac, articles en cuir, produits et véhicules en verre et en céramique ;
Zimbabwe : produits d’origine animale, céréales, boissons papier, plastique et caoutchouc, textiles et vêtements, chaussures, verre et céramique, électronique grand public et véhicules. »

Accord intérimaire déjà très défavorable à La Réunion

La Réunion étant une région de l’Union européenne, cet accord intérimaire s’y applique. La seule différence est l’existence, à La Réunion, d’une taxe douanière à l’intérieur du marché de l’Union européenne : l’octroi de mer.
A la différence des régions de l’UE située en Europe, La Réunion est à la frontière de ces pays, et son agriculture est également tropicale. Les produits agricoles exportés par ces 5 Etats à La Réunion sont en concurrence avec la production locale.
La dernière barrière est celle des normes européennes. Si les produits exportés vers La Réunion ne respectent pas ces normes, alors ils ne peuvent pas entrer.
Globalement, l’accord intérimaire est très défavorable à La Réunion dont la production est déjà concurrencée par les marchandises européennes qui ne paient que l’octroi de mer. Il ajoute une nouvelle concurrence, avec des marchandises analogues à celles de la production locale.
D’un autre côté, les pays signataires de l’accord intérimaire peuvent exclure des productions de l’accord afin de se protéger de la concurrence des Européens. Les Réunionnais n’ont pas cette possibilité vis-à-vis de la concurrence européenne et de celle de ses voisins.
Tant que l’Union européenne n’acceptera pas que les Réunionnais puissent avoir leur mot à dire dans les négociations commerciales avec les pays voisins, les producteurs réunionnais n’auront aucune chance de voir leur intérêt défendu.

Les Réunionnais font partie de la famille

Pourtant, la présence de Réunionnais comme négociateurs à la place d’Européens fraîchement débarqués de Bruxelles pourrait avoir un impact positif. Réunionnais, Comoriens, Seychellois, Malgaches, Mauriciens, Zimbabwéens, nous avons une histoire commune de peuples sous le joug de la colonisation française ou britannique. Nous sommes aussi membres d’une grande famille, celle des peuples de l’océan Indien, ce qui n’est pas le cas des Européens qui restent perçus comme des étrangers avec la persistance de contentieux à cause d’une décolonisation inachevée : les Chagos, les îles malgaches du Canal du Mozambique, Mayotte.
Ainsi l’intégration de La Réunion dans sa région se ferait dans la complémentarité et non pas dans la concurrence où les Réunionnais seront forcément perdants à cause d’un coût de production plus élevé.

M.M.


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Messages

  • Akwèt a raison, ça suffit les réunionnaises, les réunionnais ont leur place dans ce genre d’accord de partenariat économique
    Force est de constater, que nos dits "Elites" ne sont que des polichinels de bas niveau médical économique ...
    Amen !

  • Le problème ne vient pas des "élites", c’est le cadre qui permet à l’Union européenne de négocier sans être obligée de prendre en compte les intérêts de La Réunion. Une autre Europe est possible, où les droits des Réunionnais seront respectés. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire lors des prochaines élections européennes.


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