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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Étude de l’IRD, du CNRS et du MNHN
14 juin 2024

Une étude internationale coordonnée par des scientifiques de l’IRD, du CNRS et du MNHN, révèle l’augmentation massive du coût économique mondial des moustiques envahissants Aedes aegypti et Aedes albopictus, vecteurs de la dengue, du chikugunya et du virus Zika au cours des dernières décennies. Entre 1975 et 2020, le total des coûts recencés s’élève à 94,7 milliards de dollars.
Bien que sous-estimés car encore rarement chiffrés et déclarés dans de nombreux pays, les coûts liés aux pertes et dommages induits par ces moustiques et les maladies qu’ils transmettent ont littéralement explosé depuis le début des années 2000, alors que les investissements dédiés à la gestion et à la prévention de ces maladies restent stables, ne représentant qu’une fraction des coûts totaux. Les bénéfices attendus de la mise en place de stratégies de prévention efficaces et durables sont colossaux.
Fondée sur un jeu de données et une typologie de coûts spécifiques liés aux dommages et aux pertes – coûts médicaux directs, coûts non médicaux directs et coûts indirects – causés par la dengue, le chikungunya et le Zika, cette étude constitue la compilation la plus récente, la plus complète, la mieux standardisée, la plus robuste et la plus précise des coûts associés aux espèces invasives d’Aedes et aux maladies transmises par ces moustiques, rapportés dans le monde entre 1975 et 2020. Elle a couvert 166 pays et territoires sur une période de 45 ans.
Si le total cumulé des dépenses liées aux Aedes et aux maladies qu’ils transmettent s’élève, pour la période 1975-2020, à au moins 94,7 milliards de dollars – soit un coût annuel moyen de 3,29 milliards avec un maximum de 20,9 milliards en 2013 – ce chiffre reste néanmoins largement sous-estimé, puisqu’étant uniquement basé sur les coûts réels rapportés dans la littérature scientifique. Les chercheurs démontrent que, tout comme l’incidence de ces maladies, ces coûts ont massivement augmenté au cours des trois dernières décennies et qu’ils auraient été multipliés par 14 au cours de la période qui a suivi l’émergence du Zika et du chikungunya. Les coûts rapportés sont principalement liés aux dépenses médicales directes dues à la dengue transmise par Aedes aegypti, suivies par les pertes et les coûts indirects, qui sont eux largement absorbés par les individus ou la communauté. L’étude indique par ailleurs que les coûts sont les plus élevés dans les zones où les deux espèces d’Aedes sont présentes ensemble, ce qui est le cas des Amériques et de l’Asie, plutôt que dans les zones où l’on trouve uniquement Aedes aegypti ou Aedes albopictus.
Alors que les coûts liés aux pertes et aux dommages induits par ces moustiques et ces maladies ont considérablement augmenté au cours des dernières décennies, les investissements dédiés à la prévention et à la gestion de ce risque sanitaire émergent (surveillance, lutte antivectorielle et autres actions préventives, notamment le développement de vaccins) ont quant à eux très peu évolué sur la même période. Ils sont restés constamment inférieurs aux coûts des dommages, jusqu’à dix fois moins élevés. Les auteurs de l’étude mettent ainsi en évidence le sous-financement chronique de la lutte anti-vectorielle, identifié comme un facteur favorisant la dispersion des Aedes et la transmission des maladies. Ils suggèrent que des investissements dédiés au développement et à la mise en œuvre d’actions de prévention efficaces et durables doivent permettre de réduire sensiblement ces impacts économiques, et sont nécessaires pour gérer le risque sanitaire lié aux moustiques Aedes sur le long terme.
L’analyse des coûts induits par les moustiques Aedes et les virus qu’ils transmettent plaide pour la mise en place de stratégies de gestion préventive du risque sanitaire qu’ils représentent. La diversité des coûts induits et l’identification des différents acteurs directement concernés doit permettre de mobiliser l’ensemble des parties prenantes vers un objectif commun de gestion durable et intégrée du risque vectoriel, tel que recommandé par les instances internationales. Des études de « coût-efficacité » couplées à des analyses d’acceptabilité sociale doivent permettre d’orienter les décisions pour combiner les méthodes et outils les mieux adaptés au contexte local.
Les auteurs affirment que seuls des changements sociétaux et une collaboration internationale très engagée permettront la mise en œuvre d’actions de prévention, visant à limiter la dispersion des Aedes envahissants et des maladies qu’ils transmettent dans le monde. Cette étude représente une opportunité d’agir pour la préservation de la santé mondiale et la réduction des inégalités de santé. Les auteurs préconisent également d’intensifier les efforts dans la gestion des risques associés à d’autres espèces exotiques envahissantes ainsi qu’à d’autres maladies émergentes.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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