Plaidoyer du Professeur Benedict Oramah, président d’Afreximbank

« La ZLECAf doit être complétée par la libre circulation des Africains à travers le continent »

27 février

La façon dont l’Afrique et le reste du monde en développement manœuvrent pour relever les défis émergents présentés par la démondialisation sans précédent du monde pourrait potentiellement favoriser ou gâcher leurs progrès économiques dans les années à venir, a déclaré vendredi le Professeur Benedict Oramah, président d’Afreximbank.
Citant des estimations de la Banque mondiale, le Président a déclaré que la ZLECAf devrait sortir 30 millions d’Africains de l’extrême pauvreté tout en augmentant les revenus de près de 68 millions d’autres personnes qui vivent avec moins de 5,50 dollars par jour.
Le Président Oramah a soutenu que pour éviter d’être victime du malaise qui a eu un impact négatif sur la mondialisation, la ZLECAf doit être complétée par la libre circulation des Africains à travers le continent, avec le droit de travailler.

Lors d’un exposé intitulé « The Trade Route to Poverty Reduction in Africa in a De-globalising World » (La voie commerciale vers la réduction de la pauvreté en Afrique dans un monde en voie de démondialisation), à l’occasion de la huitième Conférence biennale de la Fondation Goddy Jidenma à Lagos, le Professeur Oramah a fait remarquer que l’économie mondiale avait changé de manière significative ces dernières années et était devenue plus fracturée et fragmentée, tandis que les piliers fondamentaux qui soutenaient la croissance mondiale et la réduction de la pauvreté avaient presque été démantelés.

« En effet, le monde se démondialise à un rythme sans précédent et les conséquences pour les pays en développement pourraient être désastreuses », a-t-il averti.

Le Professeur Oramah a expliqué aux invités que l’Accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offrait à l’Afrique l’occasion de prendre son destin en main en ouvrant des chaînes d’approvisionnement régionales qui favoriseraient la croissance économique et le développement.

La ZLECAf devrait sortir 30 millions d’Africains de l’extrême pauvreté

Citant des estimations de la Banque mondiale, le Président a déclaré que la ZLECAf devrait sortir 30 millions d’Africains de l’extrême pauvreté tout en augmentant les revenus de près de 68 millions d’autres personnes qui vivent avec moins de 5,50 dollars par jour. De même, selon le Professeur Oramah, la ZLECAF devrait accroître les revenus de l’Afrique de 7 % pour atteindre 450 milliards de dollars US d’ici 2035 ainsi que les exportations du continent de 560 milliards de dollars US, essentiellement dans le secteur manufacturier. Il ajoute que la ZLECAf devrait également favoriser une hausse des salaires de 10,5 % pour les femmes et de 9,9 % pour les hommes ; et faire grimper les salaires des travailleurs qualifiés et non qualifiés.

Notant que 54 pays et 47 pays ont respectivement signé et ratifié l’accord, il a annoncé qu’Afreximbank et le Secrétariat de la ZLECAf ont créé un Fonds d’ajustement de la ZLECAf afin de compenser les pertes de recettes tarifaires subies par les pays éligibles à la suite de la mise en œuvre de la ZLECAf. Le fonds d’ajustement fournira en outre des fonds aux pays et aux entreprises pour leur permettre de s’adapter de manière ordonnée au nouveau régime commercial.

Libre circulation des Africains en Afrique

Le Président Oramah a soutenu que pour éviter d’être victime du malaise qui a eu un impact négatif sur la mondialisation, la ZLECAf doit être complétée par la libre circulation des Africains à travers le continent, avec le droit de travailler. Il a ajouté que pour faire face aux obstacles posés par le manque d’accès aux informations sur le commerce et l’investissement, Afreximbank a mis à disposition une plate-forme d’information commerciale basée sur l’intelligence artificielle sous le nom de Tradar Intelligence. Pour la même raison, la Banque collabore avec la Commission de l’Union africaine (CUA), le Secrétariat de la ZLECAf et d’autres partenaires pour accueillir la Foire commerciale intra-africaine biennale dont les trois premières éditions tenues depuis 2018 ont attiré plus de 70 000 visiteurs, 4 000 exposants et environ 120 milliards de dollars US.

S’appuyer sur le numérique et la téléphonie mobile

Par ailleurs, en guise de solution aux 42 systèmes de paiement éparpillés à travers l’Afrique, Afreximbank, en partenariat avec la CUA et le Secrétariat de la ZLECAf, avait lancé le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), qui domestique tous les paiements commerciaux intra-africains. Afreximbank soutient ce système avec un fonds de règlement de 3 milliards de dollars US. D’ici mai 2024, une plateforme d’échange de monnaies africaines sera également lancée sous les auspices du PAPSS.

La Banque soutient en outre l’émergence de sociétés de commerce d’exportation (ETC) à travers l’Afrique pour agir en tant qu’agrégateurs afin de créer un volume important d’échanges permettant d’attirer une plus grande valeur et de résister à la concurrence, a-t-il fait savoir. Étant donné que les PME d’Afrique et d’autres régions en développement qui participent directement au commerce mondial doivent rivaliser avec les multinationales et les grandes entreprises, leurs chances de réussite ou de survie sont marginales, voire nulles, a-t-il expliqué.

« Il est désormais possible pour un petit agriculteur du Malawi d’utiliser son téléphone portable pour acheter un film de Nollywood en streaming et de payer en kwacha malawien tandis que le vendeur au Nigeria reçoit des nairas », s’est réjoui le Professeur Oramah. « Nous arrivons au stade où un Égyptien pourra acheter des actions à la bourse nigériane en payant en livres égyptiennes ».

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