Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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2008 : mort du libéralisme théorique
18 octobre 2008

Paul Krugman Prix Nobel d’économie, c’est excellent. Cependant, il faudrait dire : prix donné par la Banque de Suède en la mémoire d’Alfred Nobel. Nobel n’a jamais voulu de prix Nobel d’économie, car il réservait son prix aux sciences dures, susceptibles d’expérimentation, en tête desquelles, la reine des sciences, la physique. Il n’a jamais voulu non plus de prix Nobel de mathématiques, mais pour des raisons personnelles beaucoup plus obscures. La Banque de Suède aurait pu donner un prix en la mémoire d’Alfred Nobel d’histoire et géographie, ou de psychologie pourquoi pas ? Deux économistes auraient pu prétendre au prix Nobel de la paix, et ont canditaté pour ce prix Nobel : le Français Léon Walras et l’Anglais John Maynard Keynes. Le premier parce qu’il fut le théoricien de la concurrence, et que la concurrence, comme la musique, adoucit les mœurs, le second parce qu’il fit les accords de Bretton Woods. Mais revenons à Krugman, qui est un économiste et un chroniqueur, un éditorialiste.
Krugman, l’anti Merton et Scholes
Il n’est pas un grand novateur, pas plus que Stiglitz, il est plutôt, comme Stiglitz : un critique de la notion même de concurrence. Il démontre fort bien que le commerce international est soumis à des conditions politiques, géographiques humaines, très complexes, et que la vieille règle du libéralisme (laissez faire, laissez passer) est en général une baliverne et que les nations ont tantôt intérêt à ouvrir, tantôt intérêt à protéger. Pourquoi les nations ne se spécialisent-elles pas ? Pourquoi exportent-elles autant qu’elles importent des voitures ? Il répond à ce genre de questions.
Et au sujet de la crise financière, que dit-il ? Pas grand-chose de théoriquement original. Les deux derniers "Nobel" sacrés pour avoir théorisé la finance étaient Merton et Scholes, qui avaient participé à la fondation d’un "hedge fund" qui avait fait faillite, et dont la faillite avait presque causé la mort du système financier international : le fonds LTCM, sauvé en 1998. Merton et Scholes étaient de grands théoriciens de la mesure du risque. On a vu ce que cela a donné. Merton et Scholes avaient mis en équation la vieille idée de l’infaillibilité des marchés, de l’efficience des marchés, du laissez faire, et l’idée que le hasard et le risque puissent se mettre totalement en équation avait fini par s’ancrer dans la tête des spéculateurs, qui spéculaient sans risque. (voir Jérome Kerviel). En fait, la récompense de Krugman est un désaveu de l’économie libérale orthodoxe. Le libéralisme théorique a vécu.
Bernard Maris, France Inter et Marianne2
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