Economie

Baisse du POSEI : depuis quand La Réunion est-elle une priorité pour l’Union européenne ?

Illustration d’un système à bout de souffle

Manuel Marchal / 2 octobre 2020

Le précédent de la suppression du quota sucrier de La Réunion rappelle que le statut de région ultrapériphérique n’offre aucune protection aux agriculteurs réunionnais quand des intérêts plus prioritaires pour les Européens sont en jeu. Le débat autour de la baisse annoncée du POSEI insiste de nouveau sur la prise en compte de la spécificité de La Réunion et sur la quantité négligeable que représente cette ligne de crédit dans le budget de la PAC. Autant d’arguments qui avaient été balayés par la France et la majorité des Etats-membres de l’UE quand il s’est agi de voter en 2013 pour la suppression du quota sucrier et du prix garanti.

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D’après Production locale réunie, la baisse annoncée par la Commission européenne de l’enveloppe POSEI destiné aux agriculteurs adhérents des coopératives correspond à 0,023 % du budget total de la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne.
D’où l’idée selon laquelle l’Union européenne pourrait bien revenir sur sa décision eu égard à la faiblesse de la somme par rapport à la PAC.
Ce n’est pas la première fois qu’un tel problème se pose et qu’une ligne de défense analogue est choisie.
En 2001, l’Union européenne avait lancé l’initiative « Tout sauf les armes », qui a ouvert sans quota ni droit de douane l’ensemble du marché européen aux marchandises en provenance des PMA, le groupe de pays dits les moins avancés. Un moratoire pour le sucre était prévu jusqu’en 2009. Cette décision entraîna la restructuration de l’industrie sucrière de Maurice en raison de la fin du quota dont ce pays bénéficiait en Europe.

Précédent de la suppression du quota sucrier

Dans le même temps, l’Union européenne avait été sommée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de revoir l’organisation communautaire de marché du sucre (OCM Sucre), attaquée avec succès par plusieurs importants exportateurs de ce produit. Ceci eut pour effet un démantèlement progressif des quotas et des prix garantis à partir de 2006. La transition s’est terminée en 2017, avec la fin des quotas et des prix garantis.
En 2006, l’ancienne direction du Syndicat du Sucre tenait un discours rassurant en direction des planteurs. Les 300.000 tonnes du quota réunionnais étaient comparés aux 16 millions de tonnes consommées en Europe chaque année. Ce qui voulait dire que l’Union européenne n’allait pas remettre en cause ce quota réunionnais, car il était quantité négligeable dans le marché global et que son maintien n’allait pas bouleverser le marché européen du sucre.
Par ailleurs, ce discours pouvait trouver un appui dans le Traité de l’Union européenne, où un article permet l’adaptation des politiques européennes dans les régions dites ultrapériphériques dont fait partie La Réunion.
Au moment du vote en 2013, la France et une large majorité des Etats membres de l’UE étaient pour la suppression des quotas et des prix garantis. Aucun traitement de faveur n’a été accordé au quota réunionnais. L’adaptation des politiques européennes a permis aux industriels de bénéficier d’une aide spécifique à la restructuration, qui a été utilisée à La Réunion pour compenser la baisse du prix du sucre sur le marché européen.

L’occasion de reconstruire

7 ans plus tard, le même problème se pose. L’Union européenne établit un nouveau budget prenant en compte deux facteurs nouveaux : le retrait du Royaume-Uni et la crise causée par la pandémie de COVID-19. En conséquence, l’UE a perdu un des plus importants contributeurs à son budget, alors que dans le même temps elle s’est engagée à débloquer massivement des fonds pour soutenir les plans de relance des gouvernements.
Il est évident que dans ces conditions, la priorité des dirigeants européens ne soit pas le POSEI, une aide publique pour des coopératives situées dans des pays distants de plusieurs milliers de kilomètres de leur continent.
La France dit s’opposer à cette baisse du POSEI, car le gouvernement sait très bien que si elle est effective, les bénéficiaires du POSEI se tourneront vers Paris pour demander de mettre sur la table l’argent manquant. L’année dernière, lors de l’assemblée générale de la CGPER, le Directeur régional de l’Agriculture et de la Forêt avait souligné que si des aides d’État supplémentaires sont accordées aux Réunionnais, alors ce sont autant d’aides en moins pour les agriculteurs de France. Une position aussitôt combattue par l’intervenant suivant, représentant la Confédération paysanne.
C’est donc bien l’occasion de remettre en cause un modèle dominant où les aides publiques dans l’agriculture ne sont pas au service de l’autosuffisance alimentaire de La Réunion, mais sont utilisées pour faire tourner un système qui ne place pas l’agriculteur réunionnais en son centre.

M.M.