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Blocage du détroit d’Ormuz : vers une crise alimentaire et industrielle mondiale

24 mars, par Manuel Marchal

L’ancien Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a lancé une alerte que trop peu de capitales semblent prendre au sérieux : le véritable désastre lié au blocage du détroit d’Ormuz ne se mesurera pas seulement en barils de pétrole manquants. Le choc le plus violent est ailleurs, invisible pour le grand public, mais déjà bien réel pour : il frappe les engrais, l’aluminium et la pétrochimie.

Depuis les sanctions contre la Russie en 2022, une partie du commerce mondial s’est redirigée vers le Golfe persique. Une proportion majeure des engrais azotés et phosphatés transite désormais par Ormuz. Or, depuis sa fermeture, les prix ont déjà bondi de 35 %. Moins d’engrais, c’est mécaniquement moins de rendements agricoles. Et moins de récoltes, c’est une pression immédiate sur les prix alimentaires mondiaux. Le spectre d’une crise alimentaire globale se rapproche, frappant d’abord les pays les plus dépendants des importations comme La Réunion.

Deuxième onde de choc : l’aluminium. Les fonderies de Bahreïn, des Émirats arabes unis et du Qatar jouent un rôle clé dans l’approvisionnement des industries automobile et aéronautique. Tout transite par Ormuz. Résultat : les cours de l’aluminium atteignent leur plus haut niveau depuis quatre ans. Derrière les chiffres, ce sont des chaînes de production entières qui vacillent. La prochaine voiture, le prochain avion, coûteront plus cher. Et avec eux, l’ensemble des biens manufacturés dépendants de ce métal stratégique.

Troisième bombe à retardement : le plastique. Près de 10 % de l’éthylène mondial — base de la plupart des emballages, pièces industrielles et produits du quotidien — sort du Golfe via ce passage maritime. Si l’éthylène flambe, c’est toute la chaîne qui suit : emballages alimentaires, matériel médical, composants électroniques. Rien n’échappe à cette dépendance.

Les experts parlent d’une « falaise inflationniste ». L’expression n’est pas excessive. Même si le détroit rouvrait demain, réparer des chaînes d’approvisionnement mondiales fracturées prendrait des mois. Les stocks sont limités, les contrats renégociés à prix fort, les délais rallongés.

Ce qui se joue à Ormuz révèle une vérité brutale : la mondialisation a concentré des fonctions vitales dans quelques goulets d’étranglement. Notre nourriture, nos transports, nos objets du quotidien dépendent d’artères maritimes vulnérables. Le choc caché est déjà enclenché. Et si rien ne change dans l’organisation de ces dépendances, ce ne sera pas une simple crise passagère, mais un basculement durable du coût de la vie.

M.M .

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