Les richesses créées par les travailleurs réunionnais alimentent des amis de Trump

Bourbon vendu à des fonds d’investissement américains : illustration de la faillite du capitalisme réunionnais

23 décembre 2025, par Manuel Marchal

Le groupe Bourbon s’est construit grâce au travail des Réunionnais dans l’industrie sucrière. Ce capital, fruit de décennies d’exploitation, a été détourné vers la grande distribution puis la finance mondiale. Aujourd’hui, avec l’entrée de fonds américains à sa tête, Bourbon incarne l’échec d’un capitalisme réunionnais dépossédant son pays de ses propres richesses.

Photo Alan Jamieson from Aberdeen, Scotland, CC BY 2.0 <https://creativecommons.org/license...> , via Wikimedia Commons

L’histoire du groupe Bourbon est indissociable de celle de La Réunion. Pendant des décennies, ce sont les travailleurs réunionnais de l’industrie sucrière qui ont produit la richesse initiale ayant permis l’essor du groupe. Une richesse arrachée au prix du labeur, de la pénibilité et d’un rapport de force historiquement défavorable aux salariés. Ce capital n’a jamais été redistribué équitablement à celles et ceux qui l’ont créé.

Ventes à Casino et Tereos, groupes français

Au lieu de servir au développement de La Réunion, Bourbon a utilisé cet argent pour se diversifier, notamment dans la grande distribution. Cette branche stratégique a ensuite été revendue au groupe français Casino, confirmant une logique bien connue : produire localement, exporter les profits, et laisser sur place précarité et dépendance économique. Les derniers actifs dans l’industrie sucrière furent vendus au groupe français Tereos, ce qui offrit à ce dernier une tête de pont pour prendre le contrôle de la totalité de l’industrie de transformation de la canne à sucre à La Réunion.

Des capitalistes étasuniens raflent ce qu’il reste

Le capital accumulé a ensuite servi à investir dans une compagnie maritime de services, inscrivant Bourbon dans les circuits mondialisés du capitalisme financier. L’annonce, par un communiqué publié ce lundi 22 décembre sous le titre « Nouvelle phase de développement pour BOURBON : Davidson Kempner et Fortress deviennent actionnaires majoritaires » , de la finalisation de la restructuration financière et capitalistique du groupe marque un tournant brutal., les fonds d’investissement américains Davidson Kempner Capital Management et Fortress Investment Group, après avoir racheté une grande partie de la dette, deviennent aujourd’hui actionnaires majoritaires.
Cette prise de contrôle étrangère n’est pas un simple épisode financier. Elle est le symbole éclatant de la faillite du capitalisme réunionnais, incapable de protéger les outils économiques issus du travail des Réunionnais. Une fois encore, la valeur créée par les Réunionnaises et les Réunionnais échappe au territoire, aspirée par des logiques financières lointaines, déconnectées des réalités sociales de l’île.

La richesse crée par les Réunionnais vendue à des étrangers

Que reste-t-il aujourd’hui pour La Réunion ? Des emplois fragilisés, des décisions stratégiques prises hors du pays, et une dépendance accrue à des intérêts étrangers. Les travailleurs qui ont permis à Bourbon de prospérer n’ont aucun droit de regard sur l’avenir du groupe, ni sur l’utilisation des richesses qu’ils ont produites.

Cette situation pose une question politique fondamentale : combien de temps encore La Réunion acceptera-t-elle que son travail finance la prospérité d’actionnaires étrangers, pendant que le chômage, la pauvreté et les inégalités persistent ? L’exemple de Bourbon démontre l’urgence de repenser la maîtrise collective des outils économiques, afin que la richesse produite ici serve enfin au développement et à l’émancipation du peuple réunionnais.

M.M.

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