Economie

CGPER : Emmanuel Macron ne verra pas la vraie agriculture réunionnaise

Une fois de plus, un modèle à bout de souffle sera mis en avant

Manuel Marchal / 21 octobre 2019

La CGPER organisait hier une conférence de presse à quelques jours de la visite du président de la République. Le syndicat constate qu’une fois de plus, la visite officielle d’un des responsables de l’État se limitera à rencontrer les représentants des coopératives, ignorant au passage 70 % des agriculteurs qui sont indépendants et travaillent donc sans les aides. Pour la CGPER, ceci a pour conséquence de montrer au président de la République une image de l’agriculture qui ne correspond pas à la réalité. La CGPER a donc annoncé qu’elle ne participera pas au pique-nique organisé par les coopératives vendredi.

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Hier à Bras-Panon en présence d’une quinzaine d’agriculteurs et de la presse, la CGPER a fait un tour d’horizon de la situation de l’agriculture réunionnaise à quelques jours de la visite d’Emmanuel Macron. Jean-Bernard Maratchia, président du syndicat, a annoncé que la CGPER ne sera pas présente au pique-nique organisé par les sociétés coopératives vendredi à Grand-Anse, et a expliqué les raisons de cette décision. Le syndicat rappelle que moins d’un tiers des agriculteurs sont affiliés à une de ces sociétés. 70 % des agriculteurs réunionnais sont indépendants, ce qui signifie qu’ils ne touchent pas les aides versées aux sociétés coopératives et à leurs adhérents.

Ce n’est pas la première fois qu’une telle affaire se produit. A chaque séquence agriculture d’une visite officielle d’un ministre, ce sont toujours des membres de coopératives qui sont placés sous les feux des projecteurs. Pour la CGPER, ceci a pour conséquence de montrer au président de la République une image de l’agriculture qui ne correspond pas à la réalité.

Planteurs pénalisés

La conférence de presse du syndicat a lancé aussi une alerte au sujet de la filière canne. Dans le Sud, les prévisions de campagne faisaient état d’un potentiel de plus de 800.000 tonnes de cannes traitées. A 10 semaines de la fin de la coupe, les planteurs en ont livré à peine 500.000 tonnes. Il semble difficile de faire entrer 300.000 tonnes en 10 semaines dans l’usine du Gol.

Pour la CGPER, la responsabilité de ce retard incombe au manque de main d’oeuvre, et à la formule de calcul de la richesse en sucre de la canne. Isidor Laravine rappelle que les planteurs qui utilisent une coupeuse mécanique canne entière sont lourdement pénalisés. Ils récoltent une masse importante de fibres, ce qui diminue la proportion du sucre. Si la totalité des fibres sont valorisés, la formule de calcul se base sur le taux de sucre, et pas sur la masse présente dans le chargement. En conséquence, les planteurs préfèrent recourir à la coupe manuelle mais les coupeurs manquent.

La CGPER craint donc que des milliers de tonnes de cannes restent sur pied.

Indemniser les éleveurs

Au sujet de la crise de l’élevage, la CGPER propose une mesure pour mettre fin à coup sûr à l’épidémie de leucose, à l’origine de la crise de confiance du consommateur réunionnais envers la viande de bœuf produite à La Réunion. Elle demande de créer un vide sanitaire, et que tous les éleveurs concernés soient indemnisés de la perte de leur cheptel. C’est la seule façon de repartir avec des bêtes exemptes de leucose, souligne la CGPER.

Les difficultés pour l’export de fruits vers l’Europe étaient aussi à l’ordre du jour de la conférence de presse de la CGPER. Elles trouvent leur explication dans un nouveau règlement européen qui impose un double contrôle sanitaire aux fruits réunionnais. Ce double contrôle est spécifique aux produits d’outre-mer et ne concerne donc pas des pays comme l’Espagne, concurrente de La Réunion. La CGPER s’étonne que les agriculteurs réunionnais, produisant selon les normes européennes, se voient imposés une barrière supplémentaire. Elle dénonce le manque d’anticipation de l’État sur cette question. Cela fait en effet 2 ans que ce projet de nouveau règlement est connu. Il a fallu attendre d’être à quelques semaines de l’échéance pour que la DAF organise une première réunion avec les acteurs concernés. Ce manque d’anticipation coûte cher, car c’est l’État qui est responsable de l’application de ce nouveau règlement, et l’État n’a pas préparé les producteurs à ce changement.

Exportateurs de fruits menacés

Ceci n’est pas sans rappeler la manière dont la DAF a traité la question de la leucose. Alors que ce problème aurait pu être réglé rapidement, il a amplifié la crise subie par les éleveurs.
Si la situation des producteurs de fruits se dégrade comme celle des éleveurs, alors la DAF portera une lourde responsabilité, estime la CGPER.

Enfin, la CGPER s’étonne qu’avec tous les moyens dont il dispose, le CIRAD n’est pas encore trouvé une solution au problème de la mouche d’Orient. Cela fait 2 ans que la présence de cet insecte est connue. Comment expliquer que tous les moyens ne soient pas mis en œuvre pour éradiquer la mouche d’Orient de La Réunion, puisque l’Europe considère ce problème suffisamment grave pour interdire les importations de mangue de La Réunion ?

Autrement dit, le CIRAD est au pied du mur, tout comme la DAF. Ils doivent travailler d’urgence à rétablir une situation normale, faute de quoi ce sera la même crise que pour l’élevage.

M.M.