Economie

CGPER : le POSEI pour tous les agriculteurs

Le syndicat contre la baisse de l’aide européenne et pour une meilleure utilisation de ces fonds publics

Témoignages.re / 5 octobre 2020

« Une baisse inacceptable mais une meilleure redistribution nécessaire et une meilleure utilisation », telle est la position de la CGPER au sujet du débat autour de la baisse annoncée du POSEI, une aide européenne dont sont exclus 70 % des agriculteurs réunionnais. Voici le texte de la tribune libre du syndicat diffusé hier sous la signature de son président, Jean-Michel Moutama.

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« Nous avons montré ces derniers jours notre mécontentement suite à l’annonce de la baisse de l’enveloppe financière allouée au POSEI. Il est anormal de souhaiter le développement de l’économie circulaire, de parler de localisme et de baisser les aides destinées à ces développements.
Mais il est aussi nécessaire de travailler sur une distribution plus égalitaire de ces aides. Tous les agriculteurs reconnus doivent y avoir accès sans distinction. Dans le cas contraire, ce qui existe actuellement, nous avons un fonctionnement discriminatoire injuste. Cela divise la profession.

Tous les agriculteurs ont le droit aux subventions car ils respectent tous les normes européennes

Plutôt que de limiter l’accès aux aides européennes aux seuls agriculteurs adhérents à une organisation de production, la CGPER revendique une redistribution ouverte à tous les agriculteurs réunionnais, car tous produisent selon les mêmes normes européennes.
Tous les jours, des maraîchers, des éleveurs et des transformateurs vendent dans des marchés ou livrent des grandes surfaces selon les mêmes cahiers des charges que les adhérents des coopératives. Ils ont donc les mêmes contraintes, mais ils n’ont pas les mêmes droits.
Nous sommes pour utiliser le POSEI et la nouvelle PAC en soutien des exploitations familiales qui concourent à l’autosuffisance alimentaire locale.
La CGPER rappelle que durant le confinement, il a été nécessaire de faire appel aux producteurs non éligibles au POSEI pour livrer aux plus démunis les paniers de fruits et légumes. Et cela face à la défaillance des sociétés coopératives qui s’étaient engagées auprès du Conseil Général.

Durant cette période de quasi-fermeture de La Réunion, ce modèle traditionnel d’exploitation familiale indépendante a répondu présent. Il a assuré les marchés de producteurs, les livraisons aux magasins et à domicile. Tout ceci montre que tous ces producteurs exclus des aides POSEI sont des acteurs essentiels pour assurer l’autosuffisance alimentaire de La Réunion.
Ce sont des milliers d’emplois qui pourraient être créés, notamment dans des petites unités de transformation de proximité.
Pour la CGPER, le cœur du futur modèle agricole pour La Réunion doit rassembler l’ensemble des agriculteurs en garantissant un traitement égalitaire de tous. Ce modèle doit assurer l’autosuffisance alimentaire, le respect de l’environnement et des revenus respectables pour tous les agriculteurs qui nourrissent la population.

Des aides européennes qui profitent aux structures qui étouffent la production locale

Ces mêmes structures coopératives organisées profitent des aides européennes pour la production locale de fruits et légumes et obtiennent simultanément d’autres aides européennes pour financer leurs sociétés d’importation. Ceci, trop souvent sous couvert d’une insuffisance de production locale et de nécessité de couvrir les besoins de la grande distribution. Cela n’est plus acceptable.
Pourquoi ne pas utiliser cette manne financière pour aider de jeunes agriculteurs à s’installer plutôt que de demander à l’Europe de financer l’importation.
La problématique est d’avoir de grands groupes qui maîtrisent les deux parties de l’approvisionnement, local et d’importation.
Les jeunes agriculteurs volontaires à l’installation vont-ils longtemps continuer à attendre le bon vouloir des acteurs économiques organisés locaux ?
Ce système clientéliste est à bout de souffle car trop injuste permettant aux bénéficiaires de s’enrichir aux dépens finalement de ceux (agriculteurs) à qui on refuse injustement les aides européennes.

Le président de la CGPER
Jean-Michel Moutama