Politique africaine de la Chine

Clarification idéologique et économique à Dakar

16 février 2008

La Chine est une opportunité et non une menace pour l’Afrique, a dit l’ambassadeur chinois au Sénégal. Il a également donné un point de vue sur l’argumentation invoquée par les anciennes puissances coloniales contestant l’action de la Chine en Afrique. C’est « un jugement moral basé sur une notion des valeurs occidentales, sous les influences des propagandes idéologiques de l’Occident ». Une idéologie que l’ambassadeur chinois a démonté, chiffres à l’appui.

« La Chine est une opportunité au lieu d’être une menace pour l’Afrique », a déclaré l’ambassadeur de Chine au Sénégal, Lu Shaye, au cours d’un colloque international qui s’est déroulé en janvier dernier à Dakar sous le thème : "l’Afrique et l’Europe dans la nouvelle géopolitique mondiale", a constaté l’Agence de presse Xinhua.

Le diplomate chinois a lancé à cette occasion un véritable pamphlet contre les "points de vue négatifs" aux relents occidentaux sur les sujets aussi divers que les échanges commerciaux sino-africains, l’exploitation par la Chine de produits miniers dans le continent africain, l’impact de la présence d’entreprises chinoises sur l’environnement de l’Afrique, le respect des critères internationaux du travail, les conséquences des prêts chinois sur l’endettement de l’Afrique ainsi que les sempiternelles critiques à l’encontre de la Chine en matière de démocratie et de Droits de l’Homme.

Lu Shaye n’a pas manqué de relever que cette théorie de la "menace chinoise" était également répandue chez certains Africains qui, selon lui, ignorent l’histoire des relations sino-africaines nouées depuis un demi-siècle et qui ont "formé un jugement moral basé sur une notion des valeurs occidentales, sous les influences des propagandes idéologiques de l’Occident".

Des chiffres et des faits

L’ambassadeur chinois s’est étendu sur ces questions avec chiffres et faits à l’appui.
A propos de l’exploitation par la Chine de ressources pétrolières africaines, Lu Shaye a fait remarquer que la Chine n’est pas la première à venir exploiter des ressources en Afrique, car celles-ci avaient déjà été accaparées par des pays occidentaux.

« Au lieu d’avoir recours à la force et à la duperie qui étaient familières aux colonisateurs occidentaux dans l’acquisition des ressources en Afrique, la Chine a choisi d’en exploiter par voie de négociations commerciales normales, d’achats à des prix raisonnables et de coopération mutuellement bénéfique », a-t-il affirmé.

« Selon une enquête menée en 2006, le pétrole importé par la Chine de l’Afrique représentait 8,7% dans l’exportation pétrolière africaine, alors que les importations des Etats-Unis et de l’Union européenne en représentaient respectivement 33% et 36%. Si on considère les 8,7% comme étant un "pillage des ressources", de quoi qualifiera-t-on les 33% et 36% », s’est interrogé le diplomate chinois.

Contre une « logique hégémonique »

« Pour une même d’exploitation de ressources, il s’agira d’une activité commerciale normale si ce projet est appliqué par une entreprise occidentale, tandis qu’il deviendra "un pillage des ressources" et une "destruction de l’environnement" s’il est mis en valeur par une entreprise chinoise. Quelle est cette logique ? C’est une logique insensée, hypocrite et hégémonique », a martelé l’ambassadeur.

Et d’ajouter en ce qui concerne l’environnement : « Le gouvernement chinois, soucieux de la protection de l’environnement dans le pays, a élaboré une série de politiques et lois pour régulariser les activités d’exploitation ayant un impact sur l’environnement. De même, il demande aux entreprises chinoises d’accorder une importance particulière à la protection de l’environnement dans l’exploitation de ressources à l’étranger et de respecter les lois et règlements régissant le secteur environnemental dans les pays où elles s’installent ». (...)


Abdoulaye Wade : « L’Europe a perdu »

Au sujet des relations entre l’Europe et l’Afrique, Lu Shaye a estimé que l’arrivée des pays émergents comme la Chine, l’Inde et le Brésil permet aujourd’hui aux pays africains d’avoir de nouveaux partenaires et de discuter les prix pour ce qu’ils veulent acheter ou vendre.
A ce propos, l’ambassadeur chinois a cité le président Abdoulaye Wade qui a dit dernièrement que « dans la coopération avec les pays africains, l’Europe parle plus qu’elle n’agit et elle a perdu sa compétition avec la Chine ».

« Ils (les Africains) sont capables de dire non à des conditions et exigences injustes. En un mot, ils peuvent se comporter avec la tête levée. Récemment, des pays africains se sont dressés contre les APE proposés par l’UE. C’est en quelque sorte une manifestation de la prise de conscience de l’autonomie économique africaine », a conclu le diplomate chinois.


Darfour : la Chine lutte pour la paix

Sur la question du Darfour, Lu Shaye, ambassadeur de Chine au Sénégal, s’est montré critique à l’endroit de ceux « qui ne connaissent guère l’origine et la vérité de cette crise et qui suivent les autres seulement pour faire du chahut ». Après avoir visité à plusieurs reprises cette région soudanaise, M. Lu a affirmé que l’origine du conflit du Darfour est imputable à la « calamité naturelle » et à la « catastrophe humaine », « sans compter les ingérences des puissances extérieures », a souligné l’ambassadeur chinois.
Il a également indiqué que c’est notamment grâce aux méthodes de travail chinoises que le gouvernement soudanais a fini par accepter le déploiement d’une force hybride UA-ONU au Darfour.


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus