Economie

CNUCED : les économies africaines menacées par le coronavirus

Lutte contre l’épidémie de COVID-19

Témoignages.re / 31 mars 2020

La crise sanitaire mondiale liée au Covid-19 s’accompagne d’ores et déjà de graves conséquences économiques pour l’Afrique, alerte la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED).

JPEG - 69.6 ko

C’est le scénario tant redouté sur le continent africain depuis le début de la propagation du coronavirus dans le monde. La croissance du produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique pourrait passer de 3,2 % à 1,8 % en 2020, estime la CNUCED. L’agence onusienne justifie cette forte baisse par l’impact de la pandémie sur le commerce mondial et ses répercussions pour les économies africaines.
Cette révision à la baisse du PIB en Afrique tient toutefois compte de tous les impacts du ralentissement de l’économie mondiale sur la croissance africaine, a précisé l’agence onusienne. « En revanche s’il y une expansion importante de la pandémie en Afrique, ce qui n’est pas le cas pour l’instant, les projections, voire une récession, pourraient s’aggraver », a déclaré Rolf Traeger, chef de la section sur les pays les moins avancés (PMA) à la CNUCED, dans un entretien accordé à ONU Info.

Les pays africains producteurs d’hydrocarbures fragilisés par la chute des prix

Si les prévisions économiques initiales dans la plupart des pays sont, en moyenne, revues à la baisse cette année en raison de la pandémie de Covid-19, la CNUCED rappelle que la situation n’était pas déjà favorable en Afrique.
« Etant donné qu’en 2019, la croissance économique mondiale a été la plus faible depuis une décennie, on s’attendait à un ralentissement de l’activité économique sur le continent », a rappelé M. Traeger. « Maintenant, à la suite des conséquences de la pandémie sur la récession mondiale qui se profile partout, pour l’année 2020 au moins pour le deuxième et troisième trimestre, ça aurait un impact négatif très direct sur les exportations, sur la croissance économique et sur les emplois en Afrique », a insisté l’économiste onusien.
Autre hypothèse avancée par la CNUCED, les pays exportateurs de pétrole risquent d’être les plus durement affectés alors que les cours de l’or noir sont en chute libre. « Il s’agit en particulier des pays exportateurs de pétrole et en premier chef le Nigéria - premier exportateur de pétrole en Afrique - mais aussi l’Algérie, l’Angola et la Libye », a précisé M. Traeger.
La Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) estime, pour sa part, que le Covid-19 pourrait entraîner une baisse des recettes d’exportations de l’Afrique de plus 100 milliards de dollars en 2020. Selon la CEA, rien que les pertes des exportations totales du Nigéria de pétrole brut seraient estimées cette année entre 14 et 19 milliards de dollars.

Le manque de diversification des économies africaines pourraient aggraver les pertes

La CNUCED estime que des pays africains comme la Guinée équatoriale, la République du Congo et le Gabon - qui ne sont pas de grands exportateurs en volume - risquent également d’être touchés par cette éventuelle chute du commerce extérieur. « Ce ne sont pas de grands exportateurs de pétrole mais leurs économies sont très fortement tributaires des exportations de pétrole. Or la demande mondiale du pétrole et des produits énergétiques chute à cause de la récession mondiale », a fait remarquer M. Traeger.
Avec le manque de diversification des économies africaines, la CNUCED prévient que les pertes pourraient ne pas s’arrêter là. Au-delà du pétrole, l’agence onusienne souligne que d’autres pays africains sont tributaires des exportations d’autres produits de base et de métaux tels que le cuivre. En Afrique de l’Ouest, des pays comme le Mali et le Burkina Faso sont ainsi dépendantes de certaines exportations agricoles telles que le coton. Pour tous ces pays, le Covid-19 rime aussi avec l’impact de la chute des cours mondiaux des matières premières et de la réduction de la demande internationale qui est provoquée par la récession mondiale. Une situation aggravée par la chute de la production industrielle dans des pays fortement industrialisés telle que les États-Unis, la Chine et ceux de l’Europe.
Si ces schémas ne semblent pas prometteurs, des pistes sont avancées sur l’éventualité d’une reprise de l’activité économique en Chine, premier importateur mondial de matières premières. « Ça peut limiter la casse, mais du fait de la récession dans les pays industrialisés, ça aurait un impact sur les prix des matières premières et la demande sur les produits de base », a indiqué M. Traeger. D’autant que la CNUCED note qu’il faudra plusieurs mois pour que la Chine revienne à son niveau d’activité d’avant Covid-19. De plus, Beijing n’est pas à même de tirer seul l’économie mondiale alors que « d’autres économies importantes telles que l’Amérique du nord et l’Europe entrent en récession ». Pour l’agence onusienne, cela aura « un impact négatif sur la Chine », et par ricochet pour « le reste du monde ».

Le Sénégal plaide pour l’annulation de la dette du continent africain

Dans la perspective d’un scénario rapprochant l’Afrique de la « ligne rouge », certaines voix s’élèvent pour demander un allégement ou une annulation de la dette africaine.
« L’Afrique, à l’image du monde, est gravement atteinte par la pandémie du Covid-19 qui va durablement impacter son économie », a alerté mercredi le Président du Sénégal, Macky Sall, sur Twitter. Le chef d’Etat sénégalais a demandé aux partenaires bilatéraux et multilatéraux de l’Afrique d’accompagner la résilience du continent en annulant sa dette. Un appel qui trouve un écho favorable à la CNUCED qui se dit « complètement d’accord ».
Plus largement, l’agence onusienne souscrit aux mesures d’allégement de la dette car elle observait déjà bien avant le début de la crise du Covid-19, une aggravation de la situation d’endettement dans plusieurs africains et donc un alourdissement de la charge des services de la dette.
En novembre dernier, la CNUCED estimait que l’encours total de la dette extérieure des pays les moins avancés (PMA) a plus que doublé entre 2007 et 2017, passant de 146 à 313 milliards de dollars. Or pour l’agence onusienne, ces ressources, qui sont dédiées notamment au paiement d’intérêt de la dette, « sont plus précieuses et encore plus importantes pour les budgets nationaux ». Surtout que tous les pays devront faire face d’une part, à l’augmentation des dépenses de santé et d’autre part aux besoins de simulation fiscale de leur économie, vu la décélération de l’activité économique internationale.
Pour la CNUCED, il est donc très important que la communauté internationale réduise le fardeau du service de la dette et mette à disposition des pays africains des financements en soutien aux activités économiques.

La Banque mondiale et le FMI demandent au G20 d’alléger la dette des pays les plus pauvres

La Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont appelé conjointement mercredi le G20 - forum rassemblant les 19 premières écononies du monde et l’Union européenne - à alléger la dette des pays les plus pauvres afin de les aider à surmonter les défis posés par le Covid-19.
Mais pour la CNUCED, le meilleur scénario serait évidemment « une annulation importante de la dette extérieure des pays africains ainsi qu’une augmentation du financement, en mettant à disposition des fonds, des nouveaux crédits ».
« Mais ce n’est pas le moment de mettre en place certaines conditionnalités. Il est important de garantir l’accès à ces fonds additionnels sans conditionnalité, notamment celles touchant à la libéralisation du commerce extérieure », a précisé l’agence onusienne.